
L’Arabie saoudite, nouvel acteur dans la guerre contre l’Iran : risque d’embrasement ?
Les rebelles Houthies, soutenus par l’Iran, ont revendiqué des attaques de missiles et de drones sur le territoire saoudien. Ils ont également ciblé des pétroliers saoudiens en mer Rouge, dans une tentative de verrouiller le détroit de Bab al-Mandeb. La réponse de l’Arabie saoudite ouvre aujourd’hui un nouveau front, marquant un tournant dans le conflit.
Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris, observe : « C’est l’entrée en guerre, cette fois-ci de façon active, de la part des Saoudiens. Et nous savons que les Saoudiens, c’est une puissance incontournable de la région, qui est dotée d’un fort potentiel militaire, qui n’est pas toujours totalement opérationnel, mais qui pourrait être déterminant comme appui aux bombardements des États-Unis. »
Des images amateurs montrent le site de la raffinerie Saudi Aramco de Jazan, en Arabie saoudite.
Selon Didier Billion, « dans la première phase de la guerre, les Saoudiens avaient fait preuve d’une très grande retenue. Leur intérêt, bien évidemment, était de calmer le jeu, et de convaincre leurs amis américains de cesser les bombardements contre l’Iran. »
Cependant, les négociations entre les belligérants s’enlisent. Les Iraniens sont inflexibles sur la question du détroit d’Ormuz, qu’ils souhaitent contrôler à tout prix, ce qui suscite l’opposition d’une grande partie de la communauté internationale.
« C’est pourquoi, dans une deuxième phase, celle que nous vivons actuellement, » poursuit Didier Billion, « nous avons un nouvel acteur, les Saoudiens, qui refusent absolument ce blocage du détroit d’Hormuz par les Iraniens, et qui n’ont pas hésité à participer à des bombardements. Donc, la retenue dont faisaient preuve les Saoudiens, c’est désormais derrière nous. »
Didier Billion évoque également les négociations politiques et diplomatiques, même si elles stagnent pour l’instant : « Pour autant, soulignons que le Premier ministre irakien qui devait se rendre en visite officielle en Arabie saoudite, s’est vu notifier l’annulation de cette visite. Donc ça prouve qu’un nouvel acteur rentre dans le jeu compliqué de la région, que des bases en Jordanie ont été ciblées, qu’au nord de l’Irak, des bases kurdes ont été touchées. Donc tout cela indique qu’il y a un danger d’embrasement. Nous n’en sommes pas encore là, mais incontestablement, les pays qui jusqu’alors avaient voulu rester neutres, par prudence, vont être probablement poussés, obligés à riposter, parce qu’ils ne peuvent se laisser bombarder en restant les bras croisés. »
Selon Didier Billion, l’Iran, qui pense avoir les cartes en main, fait une erreur de calcul avec cette tentative de régionalisation du conflit.
Il est également important de prendre en compte les divisions internes au sein des équipes dirigeantes en Iran : « Et ce qui inquiète beaucoup, c’est que c’est sûrement la fraction la plus dure des dirigeants iraniens aujourd’hui qui est à la manœuvre, ce qui ne nous rend pas totalement optimistes. »
La plupart des dirigeants souhaitent ardemment parvenir à un accord sur la gestion du détroit d’Hormuz. Les intérêts économiques pourraient éventuellement favoriser un compromis, selon Didier Billion.
« On sait très bien que le blocage du détroit d’Hormuz et désormais le potentiel risque du détroit de Bab al-Mandeb, qui ouvre sur la mer Rouge et sur le canal de Suez, sont d’une importance considérable. Le fait que la plupart des dirigeants de ladite communauté internationale soient favorables à la réouverture pour des raisons économiques est plutôt un atout pour les Iraniens, qui devrait les amener à accepter un compromis. »
La suite dépendra donc de la flexibilité des négociateurs iraniens, selon Didier Billion.
« Je pense, » conclut-il, « que nous allons vivre quelques jours d’affrontements militaires et de renchérissement des bombardements de part et d’autre, ce qui, évidemment, dans la situation régionale, implique de très grands risques d’embrasement. Nous n’en sommes pas là, encore une fois, je le souligne. »
