La wasserette mobile de Bulle lave le linge des sans-abri à Bruxelles depuis 8 ans.
Depuis 2018, une wasserette mobile gérée par l’ASBL Bulle parcourt Bruxelles du lundi au vendredi pour proposer aux personnes sans-abri de laver leurs vêtements. En 2024, à Bruxelles, il y avait 9777 personnes sans domicile fixe, avec 992 vivant dans la rue, 2532 dans un hébergement d’urgence et 1539 chez des tiers.
Les habitants de Bruxelles ont peut-être déjà croisé la wasserette mobile à la place Flagey, à la Gare Centrale ou sur la Place de la Reine. Depuis 2018, cette initiative parcourt la capitale du lundi au vendredi pour permettre aux personnes sans-abri de laver leurs vêtements. Gérée par l’ASBL Bulle, en partenariat avec Rolling Douches, la démarche a considérablement évolué en huit ans, se transformant en un véritable petit village solidaire, offrant des services de coiffure, une douche mobile, de l’aide sociale d’urgence, une médiathèque mobile et la présence d’une infirmière.
C’est près de la gare de Bruxelles-Midi que l’on retrouve cette petite équipe. Ironiquement, le même jour, des militaires sont déployés dans la gare pour « renforcer la sécurité ». Pourtant, ici, il n’est pas question de présence militaire. « Ce que j’adore ici, c’est le côté village », explique Anne-Sophie, une bénévole régulière depuis le COVID. « On est sur ce lieu très impersonnel et je trouve qu’on l’embellit. » Hugues, le coordinateur, abonde dans ce sens : « Au-delà des services d’hygiène, il y a l’idée de créer du lien. Boire un café, manger un biscuit… »
Selon l’ASBL, entre 40 et 120 personnes fréquentent le village solidaire tout au long de la permanence, avec une moyenne de 84 machines à laver lancées par semaine.
Ce matin-là, les machines fonctionnent à plein régime. Certains jouent au Uno, d’autres aux échecs. Jean-Michel, présent comme tous les vendredis, témoigne : il a vécu dans la rue pendant six ans. Aujourd’hui amputé des deux jambes, il a trouvé un logement, mais continue de venir saluer ces visages familiers. « Quand j’étais à la rue, j’avais l’impression que je n’étais plus personne. Mais ici, j’ai côtoyé des gens et j’en ai aussi amené beaucoup. Je me suis un peu intégré dans le système, » raconte-t-il. D’autres, comme Samir, tirent profit de la présence de personnel qualifié pour demander conseil. Après s’être cassé le talon en tombant d’une échelle lors d’un job non déclaré, il déclare : « Je viens ici pour voir l’infirmière. Je ne sais pas si je vais pouvoir me faire opérer. Sans les papiers, on n’a pas beaucoup de droits. »
### Une augmentation visible du sans-abrisme
En 2024, à Bruxelles, l’agence régionale Bruss’Help recensait 9777 personnes sans domicile fixe. Parmi elles, 992 vivaient dans la rue, 2532 dans un hébergement d’urgence et 1539 chez des tiers. Ce sont les derniers chiffres disponibles, qui montrent une hausse significative par rapport au recensement réalisé deux ans plus tôt.
Divers acteurs présents au village solidaire ce jour-là témoignent d’une détérioration de la situation. « C’est évident que de mois en mois, il y a plus de monde. Et les nouveaux sont de plus en plus jeunes », note Anne-Sophie en aidant à remplir les machines. « Celles et ceux qui travaillent dans le secteur vous diront qu’il y a de plus en plus de monde à la rue. On voit tous les jours des nouvelles têtes », confirme Hugues. Pourtant, les financements se raréfient. « Aujourd’hui, on a appris que le foodtruck qui nous accompagne chaque vendredi pour donner des repas gratuits ne viendra plus pendant six mois, faute de budget. Et pour les bénéficiaires, c’est pareil : beaucoup craignent de ne plus toucher d’aide sociale. »
Le village de Bulle, cependant, continue de fonctionner. Du lundi au vendredi, depuis huit ans, l’équipe sillonne la ville pour apporter une aide à ceux qui en ont besoin. « Qui que tu sois, on t’accueille », affirme Vincent, bénévole au salon de coiffure, dans la bonne humeur et par tous les temps.

