Belgique

La « mémoire » des catastrophes naturelles ne doit pas disparaître

Il fait déjà plus de 40 degrés au Bangladesh et il a neigé en Grèce. La base de données EM-DAT, créée en 1998, recense plus de 27.000 catastrophes liées à des phénomènes naturels depuis 1900.


Il fait déjà plus de 40 degrés au Bangladesh, il a neigé en Grèce, un incendie de forêt progresse dans le sud de la Californie et en Alsace, l’eau a atteint 1m50 par endroits. Ces événements sont autant de nouvelles climatiques révélant que les catastrophes naturelles touchent le monde entier de manière quasi continue, un constat qui n’est pas nouveau.

Pour mieux les comprendre et les anticiper, une base de données, l’EM-DAT, a été créée en 1998. Son rôle est de surveiller les dangers et catastrophes à l’échelle mondiale, ainsi que leurs impacts humains et économiques.

Cette base recense plus de 27 000 catastrophes liées à des phénomènes naturels depuis 1900. Par exemple, y figurent les inondations de Liège en 2021 et les différentes vagues de chaleur ayant frappé notre pays en 2020 et 2024, avec le nombre de victimes et les pertes économiques engendrées.

C’est donc une source précieuse d’informations. Quatre experts internationaux expliquent dans une tribune que « elle est nécessaire pour comparer les événements au-delà des frontières et des décennies, dans un domaine où les statistiques nationales restent souvent inégales, fragmentaires et difficiles à rapprocher ».

Cette base de données, accessible librement, compte 110 000 utilisateurs à travers le monde, y compris la Banque mondiale qui l’utilise pour identifier les pays vulnérables aux chocs climatiques, ou les gouvernements pour leur évaluation des risques.

Niko Speybroeck, épidémiologiste à l’UCLouvain, donne d’autres exemples concrets : « Récemment, l’EM-DAT a documenté le fardeau climatique disproportionné des petits états insulaires, ce qui a poussé les Nations Unies à débloquer davantage de fonds pour ces pays. En Indonésie, ils ont basé leur stratégie nationale de lutte contre les catastrophes sur EM-DAT ».

Pour la Belgique, EM-DAT est aussi un outil indispensable : « Ça permet à la Belgique de replacer ses catastrophes naturelles dans une histoire plus longue et de mieux comprendre les risques futurs. Il faut savoir que notre pays ne dispose pas d’une base centralisée sur les catastrophes. Elle l’utilise aussi pour répondre à des obligations de reporting international. Donc EM-DAT ne sert pas juste à des pays lointains ».

Cependant, les experts d’EM-DAT s’inquiètent et l’ont exprimé sur leur site, affirmant que cette « mémoire » des catastrophes naturelles est en danger. La cause ? L’arrêt de l’USAID. En 2025, le président des États-Unis a dissous cette agence de développement international, laissant son site vide. Or, depuis près de 30 ans, une part considérable des financements d’EM-DAT provenait de cette agence : « Ça a créé un trou de plus de 300 000 euros par an. C’est de l’argent qui sert à maintenir une petite équipe, à vérifier les données, à encoder les événements, à mettre la base à jour », explique Nico Speybroeck.

Ce montant ne semble pas inabordable et l’épidémiologiste a eu des discussions ces mois derniers avec des institutions internationales : « Le paradoxe, c’est que tout le monde reconnaît l’importance d’EM-DAT, mais beaucoup attendent que quelqu’un d’autre le sauve. Ils se disent que c’est une base de données tellement importante que tôt ou tard, quelqu’un va quand même intervenir ».

Des signaux positifs existent, mais jusqu’à présent, aucun financement n’est garanti. Cette somme peut sembler dérisoire sachant qu’en 2025, les catastrophes naturelles ont causé des pertes estimées à 170 milliards d’euros.

Alors la question se pose : que se passerait-il si EM-DAT venait à disparaître ? Les experts signataires de cette tribune lancent un cri d’alerte : « La suppression d’une telle ressource scientifique aura pour impact direct l’impossibilité de lancer des alertes précoces. Elle coûtera des vies que des données de qualité auraient pu sauver ». Ils ajoutent : « Sans cette base de données, les décideurs seraient contraints de naviguer dans le flou, dans un paysage de risques de plus en plus instable, avec moins de données factuelles et donc un impact direct sur leurs actes ».

Actuellement, cette base de données, située en Belgique et gérée par l’UCLouvain, a le budget nécessaire pour fonctionner jusqu’à fin 2026. Si aucune solution financière n’est trouvée, elle continuera d’exister, mais ne sera plus mise à jour.