La Coupe du monde 2026, la pire jamais pour l’ingérence politique ?
La Coupe du monde de 2026 sera organisée conjointement entre les États-Unis, le Mexique et le Canada. François Graas, coordinateur campagnes et plaidoyer d’Amnesty International, a déclaré que « tous les engagements sur les droits humains qui ont été pris par la FIFA sont passés au second plan et sont oubliés. »
Non-respect des droits de l’homme, tendance à une sécurité renforcée, mépris des droits LGBTQIA +, recours à l’armée, contrôles d’identité et ingérences politiques dans le tournoi. Non, il ne s’agit pas du Mondial au Qatar, qui avait suscité de nombreuses controverses. Nous sommes en 2026 et la Coupe du monde débute bientôt, organisée conjointement par les États-Unis, le Mexique et le Canada.
Il est rare de constater autant d’ingérences politiques dans une compétition sportive. « On peut imaginer que ça soit le cas, mais c’est vraiment à l’issue de cette Coupe du Monde qu’il faudra tirer des conclusions », précise Carole Gomez, chercheuse à l’Université de Lausanne, spécialisée en géopolitique du sport.
Pourtant, la FIFA « est très vigilante sur la non-ingérence du pouvoir politique dans les fédérations. Il y a toute une série d’États qui sont parfois sanctionnés ou exclus de la FIFA parce que le président local a décidé d’intervenir », ajoute Jean-Michel De Waele, professeur de sciences politiques à l’ULB.
François Graas, coordinateur des campagnes et plaidoyer d’Amnesty International, déclare que « tous les engagements sur les droits humains pris par la FIFA sont relégués au second plan et sont oubliés. C’est un message particulièrement lamentable, car nous parlons du sport le plus populaire au monde. On a l’impression que la FIFA ne suit pas ses règles, que l’arbitre a perdu ses cartons rouges. »
Deux autres Coupes du monde ont également été marquées par des ingérences politiques : celle de 1934 en Italie, où Mussolini a utilisé le Mondial comme une vitrine pour légitimer le fascisme et présenter une image d’une nation forte et moderne, et celle de 1978 en Argentine, organisée par la junte militaire du général Jorge Rafael Videla, qui a servi de propagande pour le régime et pour masquer la répression brutale.
Jean-Michel De Waele estime que « c’est pire ici. Car l’Italie fasciste en 1934 n’a pas eu l’impact voulu. Quant à l’Argentine de 1978, la mondialisation n’était pas aussi avancée. » Aujourd’hui, le football est un sport totalement mondialisé, et il se déroule dans la plus grande puissance du monde. « Les États-Unis ont la plus grande influence sur les réseaux sociaux, contrôlent la communication et disposent de moyens d’intervention colossaux, sans aucune résistance », ajoute-t-il.
Derrière tous ces problèmes, un nom émerge plus que les autres : Donald Trump. La personnalité du président américain est centrale dans cette dynamique. Au départ, il ne s’intéressait guère au Mondial, mais désormais son ingérence soulève beaucoup de questions. Jean-Michel De Waele souligne que « Donald Trump intervient et donne son avis sur tout, et la FIFA se tait. »
Carole Gomez ajoute : « L’ingérence de chefs d’État et de gouvernement dans les compétitions sportives se réalise et est toujours plus ou moins présente et sanctionnée. Ce qui est différent ici, c’est que cela se fait au grand jour. »
Ce climat d’incertitude s’accompagne d’interrogations sur la prise de parole de la FIFA face aux provocations de Trump. « Cela pose la question de l’absence de déclarations de la part de la FIFA qui pourraient tenter d’apaiser Donald Trump », explique-t-elle, en rappelant la réaction de la FIFA en 2018 face aux menaces de Boris Johnson sur un boycott du Mondial en Russie, où celle-ci avait dénoncé l’ingérence.
Cependant, l’attention ne doit pas se limiter aux États-Unis. « Il est nécessaire de rester vigilant sur ce qui se passe au Mexique et au Canada », souligne Carole Gomez. François Graas insiste sur la situation inquiétante au Mexique, où le gouvernement a prévu d’envoyer 100 000 militaires pour assurer la sécurité, malgré la réputation de violence excessive de l’armée. Au Canada, des inquiétudes subsistent concernant l’expulsion des sans-abri pour embellir les centres-villes. De manière générale, dans les trois pays, et surtout aux États-Unis, il subsiste un risque pour les personnes LGBTQIA +.
Derrière l’omniprésence de Donald Trump se trouve Gianni Infantino, président de la FIFA. « Il est ce qui est arrivé de pire au football depuis son arrivée à la tête de la FIFA. Il ne défend pas le football, et ne pense qu’à ses intérêts financiers. En soutenant Donald Trump et en lui remettant un prix, il fait de la politique ostensiblement », affirme Jean-Michel De Waele.
François Graas ajoute que « la FIFA semble avoir accepté des choses inacceptables. Le prix attribué à Donald Trump s’est fait dans des conditions obscures, et il semble y avoir une proximité telle que tout ce qui pourrait gêner l’administration américaine est ignoré. »
Les compétitions deviennent de plus en plus coûteuses et nécessitent des pays capables de débourser des sommes énormes. En plus, la FIFA a des politiques de droits humains censées être rigoureuses. « Mais apparemment, elle a oublié cette politique », constate François Graas.
Concernant les réactions, Jean-Michel De Waele s’inquiète de « ce silence où chacun se résigne. » Les problématiques entourant la FIFA touchent toutes les fédérations membres. « Elles se taisent, ce qui est incompréhensible, surtout pour les fédérations européennes. Elles devraient faire entendre leur voix », insiste-t-il.
L’absence de réaction collective pourrait freiner des changements significatifs. Même si un mouvement de grande ampleur se mettait en place, il est difficile de faire entendre des voix divergentes. Les fédérations européennes semblent avoir hésité à faire entendre leurs préoccupations, face à une FIFA qui reste sourde.
La situation actuelle révèle ainsi un monde du football qui reflète les tumultes de notre société, où la démocratie semble reculer. « C’est plus préoccupant que dans les autres conflits, car ici nous observons un silence général », conclut Jean-Michel De Waele.
Il est ainsi crucial que les Européens cessent de se concentrer uniquement sur leurs intérêts et reconnaissent l’importance croissante du football à l’échelle mondiale. « Si cela continue, l’Europe risque de perdre sa position dominante dans le football », prévient-il.
À l’issue de cette Coupe du Monde, il sera essentiel de dresser un bilan. « Nous devons recueillir tous les événements politiques, diplomatiques et géopolitiques qui se sont produits pendant ce Mondial pour évaluer précisément l’ampleur de l’ingérence », souligne Carole Gomez.
Ce Mondial sera-t-il marqué par une notable ingérence politique ? Avec Donald Trump et Gianni Infantino, c’est l’impression que tout est permis. « C’est troublant de voir comment le président de la FIFA se comporte comme un autocrate, un peu de la même manière que le président des États-Unis », conclut François Graas.
Il est impératif de se rappeler que le football appartient à tout le monde, et pas seulement à Donald Trump et à la FIFA.

