Belgique

Incendie des Hautes Fagnes : leçons sur climatoscepticisme et procrastination ?

Climatoscepticisme et procrastination climatique : un regard critique sur la situation actuelle

La question du changement climatique suscite des inquiétudes croissantes, notamment chez les experts comme Roxane Beyns, écologue et biologiste de la conservation à l’Université libre de Bruxelles (ULB). Elle souligne l’importance de ne pas perdre de vue les conséquences à long terme des événements climatiques extrêmes. « Que se passera-t-il lorsque les incendies seront éteints, que les médias passeront à autre chose ? », s’interroge-t-elle. Beyns craint que des catastrophes, telles que les récentes inondations de la Vesdre, soient rapidement reléguées au rang de souvenirs lointains, jusqu’à ce que la prochaine crise survienne.

Elle met en lumière une tendance préoccupante : « Dire qu’un incendie de plus de 3000 hectares est normal parce que les incendies existent depuis toujours, c’est comme affirmer qu’une inondation de plusieurs mètres est normale », déclare-t-elle. Pour cette scientifique, le climatoscepticisme demeure présent, comme en témoignent les commentaires sur les réseaux sociaux. Cependant, elle évoque un phénomène plus insidieux : « les discours du retardement ».

Ces discours consistent à reconnaître la nécessité d’agir, mais avec des réserves : « Oui, il faut agir, mais pas maintenant, pas ici, pas comme ça. » Beyns explique que cela entraîne un déplacement de la responsabilité et une mise en avant de solutions superficielles, tout en exagérant les inconvénients de l’action. « On conclut souvent qu’il est trop tard pour agir. Ce n’est pas du climatoscepticisme à proprement parler, mais plutôt une forme de procrastination climatique », précise-t-elle. Elle souligne que nous sommes capables de diagnostiquer le problème tout en continuant nos activités comme si de rien n’était.

L’écologue appelle également à ne pas se concentrer uniquement sur la responsabilité individuelle. Après des catastrophes comme l’incendie des Fagnes, il est fréquent d’entendre des discours qui pointent du doigt les actions individuelles, sans aborder la question plus large du changement climatique. « Se focaliser sur la responsabilité individuelle permet de masquer une question plus dérangeante : pourquoi notre territoire est-il devenu si vulnérable ? », déclare-t-elle.

Elle évoque une forme de « négligence » face à la situation actuelle. « Nous savons, mais nous n’agissons pas », constate-t-elle, rappelant que les effets du réchauffement climatique sont bien documentés et prévus depuis longtemps.

En Belgique, la situation politique autour du climat est complexe, avec sept ministres en charge de cette question. Lors de la canicule de juin dernier, le ministre fédéral du Climat, Jean-Luc Crucke, a exprimé ses frustrations face à l’absence de coordination entre les différentes entités fédérées. Marek Hudon, professeur d’éthique du management à l’ULB-Solvay, souligne qu’il existe un manque de consensus sur les mesures à prendre pour lutter contre le dérèglement climatique. « Il y a un manque d’intérêt de la part de nombreux décideurs », déclare-t-il.

La réalité institutionnelle belge, souvent qualifiée de « lasagne », complique encore la prise de décisions. Hudon estime que même si le mode de fonctionnement ne facilite pas les choses, cela ne devrait pas servir d’excuse pour l’inaction. Il observe que, bien que certains responsables politiques aient pris conscience de l’ampleur des incendies, il reste un manque de compréhension collective sur les causes et les actions nécessaires à mettre en œuvre.

La responsabilité politique est également mise en avant. « Il y a une responsabilité des États et des entités fédérées dans la gestion des forêts », souligne Hudon, en référence aux discussions autour des budgets alloués aux gardes forestiers. Il met en garde contre les coupes budgétaires, qui sont symptomatiques d’une incapacité à s’adapter aux nouvelles réalités climatiques.

Les décideurs semblent parfois percevoir les enjeux du dérèglement climatique comme trop éloignés. « Même si nous arrêtions toutes les émissions de CO2 demain, le dérèglement climatique ne s’arrêterait pas immédiatement », explique Hudon. Cette difficulté à se projeter sur le long terme est un obstacle majeur pour les politiques.

Roxane Beyns évoque une « tension temporelle », où les décideurs, soumis à des cycles électoraux, doivent prendre des décisions impopulaires dont les bénéfices ne seront visibles qu’à long terme. « Les mesures identifiées ne sont pas prises parce qu’elles peuvent être mal perçues », conclut Hudon, ajoutant que ce court-termisme n’est pas une spécificité belge, mais un problème global.