Hantavirus : Marius Gilbert répond à 7 questions sur transmission, symptômes et dangerosité.
La transmission initiale de l’hantavirus se fait par contact avec des rongeurs, et le virus a la capacité de se transmettre d’une personne à une autre, nécessitant un contact prolongé et assez proche. Actuellement, trois décès ont été recensés sur huit personnes contaminées, ce qui représente un taux de décès très élevé.
Comment l’hantavirus se transmet-il ? Est-ce un scénario similaire à celui du Covid où la contamination peut se faire par la parole ou le contact avec des objets partagés ?
La transmission initiale se produit par contact avec des rongeurs, via des aérosols et des déjections infectées par ces animaux. Contrairement aux hantavirus européens, ce virus peut se transmettre d’une personne à une autre, entraînant ainsi des infections secondaires. Ce n’est pas du tout le même scénario que celui du Covid. En effet, la transmission nécessite un contact prolongé et étroit. Un cas a été rapporté en 2018 en Argentine, où il n’y a pas eu de transmission nosocomiale, même lorsque le personnel soignant n’était pas équipé de protections. Cela indique que même les soignants travaillant sans masque n’ont pas été infectés. Cela signifie que ce virus se propage réellement lors de contacts prolongés. Il semble que de tels contacts ont eu lieu à bord d’un bateau de croisière, en particulier par le biais de la compagne du premier patient, le patient zéro, qui aurait été en contact avec les rongeurs. Plusieurs personnes ont été infectées deux à trois semaines après ce tout premier contact.
Des passagers ont pu prendre l’avion après avoir été contaminés par ce virus. Cela signifie qu’il n’est pas nécessaire de retracer toutes les personnes qu’ils ont croisées dans l’avion ou à l’aéroport. Le traçage doit être moins rigoureux que pour d’autres virus, comme le Covid par exemple.
Il n’est pas totalement exclu que ce virus soit légèrement différent de celui qui avait causé le premier foyer en Argentine. Par mesure de précaution, il semble judicieux de tracer les personnes qui ont été en contact avec des individus infectés et malades. Actuellement, parmi toutes les personnes tracées, certaines ont montré des symptômes, mais l’hôtesse mentionnée s’est révélée finalement négative. Pour le moment, les cas positifs identifiés proviennent de personnes ayant un historique de contact à bord du bateau pendant la période de maladie d’un individu. Pour les autres, il n’y a pas de raison de s’inquiéter.
À ce jour, trois décès ont été recensés suite à cette contamination. Quelle est la dangerosité de cet hantavirus ?
C’est un virus semblable à celui d’Ebola, qui est très dangereux pour ceux qui l’attrapent, avec des taux de mortalité élevés. Actuellement, il y a trois décès parmi huit personnes contaminées, indiquant des taux de mortalité très élevés. Les taux de décès dans des foyers précédents étaient de l’ordre de 30 à 40%, ce qui est extrêmement élevé. Cependant, ce sont des virus qui ne se transmettent pas facilement. De plus, le temps d’incubation peut être long, variant de deux à huit semaines. Cela signifie que c’est un virus qui se propage mal et lentement, et il est donc possible d’intervenir par le biais de quarantaines pour couper les chaînes de transmission, empêchant ainsi sa propagation. Comme le temps d’incubation est long, il y a une fenêtre de deux à trois semaines pour identifier d’éventuels contacts, permettant ainsi de ne pas être submergé par un virus comme cela a été le cas avec le Covid.
Le virus ne se transmet pas durant la période d’incubation, c’est-à-dire quand il n’y a pas de symptômes.
On n’en est pas sûr à 100%. Les données indiquent qu’il y a une transmission lorsque les personnes sont réellement malades, mais les informations disponibles restent limitées. Il existe seulement quelques cas ou clusters rapportés dans la littérature scientifique. Il est prudent de considérer qu’il n’est pas impossible que certaines personnes soient contagieuses un jour ou deux avant l’apparition des symptômes. Pour cette raison, il est essentiel que les passagers revenant de ce bateau respectent une quarantaine chez eux pendant la durée d’incubation jusqu’à ce que l’on puisse avoir plus de certitudes.
Il y a très peu de chances que cela se transforme en pandémie mondiale. Il y a une grande différence par rapport au Covid-19, où au début on avait des raisons de se montrer trop rassurants.
Il y a très peu de risques que cela dégénère en pandémie mondiale. Il existe une grande différence par rapport au Covid-19, où au début on était faussement rassurant. De nombreuses informations manquaient, et lorsque nous en avons pris conscience, des milliers de personnes étaient déjà infectées. En revanche, dans cette situation, nous connaissons le cas zéro, nous savons précisément qui a été en contact avec cette personne et pouvons suivre et mettre en quarantaine ces individus. De plus, nous avons affaire à un virus qui se transmet moins facilement et qui a un temps d’incubation beaucoup plus long. La situation est donc fondamentalement différente.
Les États-Unis ne semblent pas respecter le protocole de l’Organisation Mondiale de la Santé en ne plaçant pas en quarantaine les 17 passagers américains qui étaient à bord du bateau. Existe-t-il un risque de propagation ?
Je pense que c’est une erreur. Le directeur du NIH semble vouloir se singulariser parce qu’il faut se rappeler qu’il faisait partie des signataires de la déclaration de Great Barrington, qui critiquait fermement la gestion de la pandémie Covid. Je pense que c’est une erreur car cela sous-estime le potentiel danger que représentent ces personnes – on ne peut pas encore l’exclure puisque le temps d’incubation est long. Si ces individus ne sont pas chez eux et assistent à des rassemblements, cela pourrait déclencher un nouveau cluster. Même s’il y a quatre ou cinq décès, cela serait quatre ou cinq morts de trop.

