Le directeur de la prison de Haren : « Je n’ai pas signé pour cela »
Le lundi 11 mai, une grève est annoncée dans toutes les prisons, y compris celle de Haren, dirigée par Jürgen Van Poecke depuis son ouverture en 2022. Actuellement, le taux d’occupation à la maison d’arrêt de Haren atteint 150%, avec 917 détenus pour 626 places, ce qui entraîne des situations inhumaines.
Le directeur nous reçoit dans son bureau vitré, alors qu’une grève est prévue pour ce lundi 11 mai dans toutes les prisons, y compris celle de Haren qu’il dirige depuis son ouverture en 2022.
Il comprend parfaitement les raisons de cette grève. « À la maison d’arrêt de Haren, le taux d’occupation atteint actuellement 150%, avec une capacité de 626 places pour 917 détenus, dont 243 dorment sur un matelas au sol. C’est inhumain car les cellules (9 m² pour une cellule ‘solo’) ne sont pas faites pour cela ! » Il souligne également que plusieurs dizaines d’internés y attendent une place à l’annexe psychiatrique. Il s’agit d’un climat explosif. « Dans un tel contexte, je m’attends à plus d’incidents encore dans les prochaines semaines ! »
Pourquoi Jürgen Van Poecke, qui exerce la fonction de directeur de prison depuis près de 40 ans, a-t-il décidé de démissionner avant la fin de son mandat ? « On m’a demandé d’ouvrir ici une prison aussi humaine que possible, où il y avait une réelle possibilité de travailler à la réinsertion des détenus. Or, je me retrouve à diriger une ‘boîte à sardines’. On a changé le bail en cours de route, j’en tire la conclusion, c’est non ! ». À sa demande, son mandat prendra fin dans trois semaines.
Cependant, Jürgen Van Poecke ne ressent pas qu’il abandonne le navire en pleine tempête. Au contraire, il considère qu’il envoie un signal fort : cela ne peut pas continuer ainsi, d’autant qu’il n’a aucune prise sur la surpopulation carcérale. « Il faut des mesures d’urgence pour faire descendre cette surpopulation. » Quelles mesures ? Jürgen Van Poecke préfère ne pas répondre à cette question. « Ce n’est pas mon rôle. »
« A Haren, il manque au moins une centaine d’équivalents temps plein pour remplir le cadre et ce manque de personnel, combiné avec la surpopulation, a pour conséquence que les détenus restent enfermés en cellule plus souvent. En conséquence, les tensions augmentent et les incidents aussi, » explique Jürgen Van Poecke. Ces derniers mois, il y a eu au moins deux incidents critiques par semaine. Cela est largement excessif, mais avec une population carcérale qui atteindra bientôt 1500 détenus pour 1129 places, c’est inévitable, constate ce directeur, qui se demande désormais où se situe la limite supportable.
« Dès l’ouverture de la prison, on a rempli les unités avec des détenus mais on n’avait pas encore le personnel. J’ai donc dû mettre au travail des surveillants qui n’avaient que quelques semaines d’expérience. En quelque sorte, j’en ai honte. Cela a également contribué à cet absentéisme, » reconnaît le directeur. Au fil des années, Haren a donc fini par ressembler à une prison comme les autres, où les perspectives de réinsertion s’évaporent peu à peu. « Travailler dans une prison est un métier à risque, mais le projet initial à la prison de Haren était justement de parier sur la sécurité dynamique, en gardant par exemple les portes des cellules ouvertes sur des pièces communes une partie de la journée. Aujourd’hui, les portes des cellules sont refermées et le concept architectural de cet établissement a été dévoyé, » conclut Jürgen Van Poecke.

