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George W. Bush le 11 septembre 2001 : récit d’une cavale présidentielle

6 h 40 — Une matinée paisible en Floride

À 6h40, la lumière du jour commence à percer sur la Floride. Le président George W. Bush, qui a passé la nuit au Colony Beach & Tennis Resort sur l’île de Longboat Key, se prépare pour sa routine matinale de course à pied. La journée s’annonce tranquille, avec une visite prévue dans une école primaire, suivie d’un retour à Washington pour rencontrer des représentants de différentes communautés religieuses. Un barbecue est également au programme pour célébrer ce 11 septembre.

Dans un podcast de France Inter intitulé « 11 Septembre, l’enquête », le chef de Cabinet de la Maison-Blanche évoque comment il avait présenté la journée à Bush : « Il y aura un briefing avec la CIA, puis nous irons à l’école Emma Booker parler de votre sujet préféré : ne laisser aucun enfant sans éducation. Ce devrait être une journée simple. »

8 h 55 — Le début du chaos

Peu avant 9 h, alors que le président arrive à l’école, un avion s’écrase sur l’une des tours du World Trade Center à New York. Condoleezza Rice, la Secrétaire d’État, informe immédiatement Bush par téléphone. À ce moment, l’idée d’un accident semble la plus plausible pour lui. « J’ai cru à une erreur du pilote. Je ne pouvais rien imaginer d’autre qu’un pilote perdu, un accident », confie-t-il dans le documentaire « 9/11 : Inside the President’s War Room » sorti en septembre 2021.

Malgré l’alerte, les services de sécurité de la Maison-Blanche décident de ne pas interrompre la visite. Alors que l’attention à New York se concentre sur le sud de Manhattan, Bush entre dans une salle de classe où une institutrice enseigne la lecture à des élèves.

À 9 h 05, Andrew Card, le chef de Cabinet, s’approche de Bush pour lui annoncer qu’un second avion a frappé l’autre tour. « America is under attack », murmure-t-il à l’oreille du président. Bush, bien que surpris, conserve une attitude calme. Richard Keil, reporter de Bloomberg présent ce jour-là, se souvient d’un « éclair de surprise dans ses yeux ».

9 h 16 — Les premières informations

La confusion règne dans le ciel. Chaque vol commercial est désormais perçu comme une menace. L’équipe présidentielle peine à obtenir des informations, les communications se faisant par des moyens traditionnels comme les téléphones fixes et les fax. Bush, après avoir quitté la salle de classe, est conduit dans une pièce où une télévision diffuse en continu les images des tours en feu.

Alors qu’il est assis, le président se retourne brusquement en voyant les images du crash, frappé par l’horreur de la situation.

9 h 30 — Annonce au pays

« On est passé d’un beau jour très calme à un jour qui a dramatiquement changé notre monde », déclare George Bush deux décennies plus tard. Il se prépare à s’adresser à la nation. Les enfants, alignés derrière lui, écoutent attentivement. Il annonce que les États-Unis sont la cible d’une « apparent terrorist attack », des mots soigneusement choisis en collaboration avec Dick Cheney, le vice-président. Après une minute de silence, il quitte l’école.

9 h 55 — Vers l’inconnu

Une course contre la montre débute alors que le président est conduit à l’aéroport. Bien qu’il souhaite se rendre à Washington, son entourage s’y oppose fermement. Le Pentagone vient d’être attaqué et la sécurité du président est primordiale. Condoleezza Rice, avec détermination, lui ordonne de rester où il est : « Restez où vous êtes, on est attaqués ».

Bush réalise alors que la situation est grave. « Le premier avion était un accident, le deuxième une attaque et le troisième une déclaration de guerre », déclare-t-il. Air Force One décolle rapidement, laissant derrière lui Sarasota-Bradenton Airport.

11 h 45 — Escale à Barksdale

L’avion présidentiel change de cap et se dirige vers la base militaire de Barksdale, en Louisiane, à environ 1200 km de là. Bush explique que cela leur permettra de se regrouper et de planifier la suite des événements. Entre-temps, les tours du World Trade Center se sont effondrées et un autre vol, le 93 de United Airlines, s’est écrasé après que les passagers ont tenté de reprendre le contrôle.

12 h 36 — Discours à Barksdale

Accompagné par des chasseurs F-16, Air Force One atterrit à Barksdale. Bush décrit la scène comme digne d’un film. Il monte dans un minivan Dodge, loin de son habituel véhicule blindé, et prononce un discours plus ferme que le précédent, déclarant que « la liberté a été attaquée ce matin par des lâches sans visage ». Malgré son désir de retourner à Washington, son équipe l’en dissuade.

14 h 50 — Incertitudes médiatiques

Les médias s’interrogent sur la situation du président. Où se trouve-t-il ? Quel est son plan ? C’est à ce moment que l’idée d’une attaque orchestrée par Al-Qaïda lui est présentée pour la première fois par Michael Morell, un responsable de la CIA.

15 h 06 — À Offutt

L’avion présidentiel atterrit à la base d’Offutt, qui abrite le United States Strategic Command. L’endroit est crucial pour la défense américaine. Bush et son équipe entrent dans un bâtiment restreint, où ils se préparent à gérer la crise.

15 h 15 — Confirmation d’Al-Qaïda

Dans le sous-sol d’Offutt, Bush rencontre George Tenet, le directeur de la CIA, qui lui confirme que des éléments d’Al-Qaïda sont suspects parmi les passagers des avions détournés.

16 h 33 — Retour à Washington

Bush décide qu’il est temps de rentrer à Washington. « Faire un discours à la nation depuis un bunker au milieu du Nebraska n’était pas ma vision du leadership », déclare-t-il des années plus tard.

18 h 54 — Préparation du discours

Alors qu’un troisième bâtiment s’effondre à New York, Air Force One arrive à la Maison Blanche. L’équipe de Bush s’active pour rédiger un discours qui marquera les esprits. Chaque mot est pesé avec soin, car le président sait que s’adresser à la nation depuis le bureau ovale est un moment crucial.

20 h 30 — Un message fort

Bush souhaite délivrer un message puissant. Il évoque le mal et cite le psaume 23 : « Quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. » Il affirme que l’armée est prête à agir. Bien que les noms d’Al-Qaïda et d’Afghanistan ne soient pas encore mentionnés, il prévient que l’Amérique frappera ceux qui protègent les terroristes.

Après son discours, il s’éloigne en murmurant « Sad day » et quitte la scène, ayant parcouru plus de 4000 kilomètres dans une Amérique profondément touchée.