Belgique

Été : exploration des épaves de la Deuxième Guerre mondiale à Zuydcoote

5,5 km de visite

Entre La Panne et Dunkerque, la plage de sable fin s’étend sur une vingtaine de kilomètres. Identique à celle que nous connaissons en Belgique, elle ne dépaysera pas les habitués de la côte. Pourtant, sur 5,5 km entre Malo-les-Bains et Bray-Dunes, une surprise de taille attend le promeneur : cinq épaves de bateaux !

Pour certaines, la forme est immédiatement identifiable. Pour d’autres, cela s’avère plus complexe, car le temps a laissé son empreinte et une grande partie des matériaux a été récupérée par les Allemands, puis par les Français. Quatre de ces épaves sont en effet des navires ayant été utilisés lors de l’évacuation de Dunkerque par les troupes alliées en 1940. Il ne s’agit donc pas que d’épaves, mais bien de vestiges historiques, témoins figés de cette période sombre.

Opération Dynamo

Le 20 mai 1940, alors que la Belgique n’a pas encore capitulé, débute la bataille de Dunkerque. Rassemblés dans la « poche de Dunkerque » s’étendant sur à peine onze km, les 400.000 soldats français, anglais et belges sont encerclés par 800.000 Allemands.

Cependant, l’attaque massive est retardée, permettant aux Anglais de lancer l’opération Dynamo, ou le sauvetage de Dunkerque, thème central du film éponyme de Christopher Nolan sorti en 2017. Entre le 26 mai et le 4 juin, plus de 850 navires de toutes tailles, y compris de petites embarcations civiles ayant répondu à l’appel de Winston Churchill, effectuent des allers-retours entre la côte française et anglaise. Cette mobilisation sans précédent permettra de sauver plus de 338.000 soldats, changeant ainsi le cours de la guerre. Toutefois, durant cette évacuation, on estime que plus de 300 bateaux ont été coulés. Beaucoup se retrouvent immergés sous plusieurs mètres d’eau, mais quelques-uns sont visibles sans avoir besoin d’enfiler une combinaison de plongée.

La pièce maîtresse est à Zuydcoote, où Bruno Pruvost, le guide bénévole et passionné, commence sa balade découverte.

Pièce maîtresse : le Crested Eagle

Long de 91 mètres, le Crested Eagle était un bateau à roues à aubes qui naviguait sur la Tamise avant de venir récupérer les soldats à Dunkerque. « On est le 29 mai, » explique Bruno Pruvost, « il arrive sur la jetée est du port et embarque 600 soldats. Mais il est rapidement pris pour cible par des Stuka, les avions d’attaque en piqué. Trois bombes tombent directement sur le bateau, dans la salle des machines, et provoquent un incendie. Le capitaine pense pouvoir l’éteindre mais c’est impossible. Il décide alors d’échouer le bateau sur la plage, ici à Zuydcoote, sans doute à marée haute, ce qui expliquerait qu’il soit situé à ce niveau. Le bateau continue à brûler et les hommes à bord meurent intoxiqués ou noyés parce que la plupart ne savent pas nager. »

Le bilan est lourd : au moins 300 morts. Cependant, le Crested Eagle n’est pas le seul à avoir connu un tel sort. En revanche, il est l’un des rares encore visibles lorsque la mer se retire. « En fait, les Allemands ont vite découpé et récupéré tout ce qu’ils pouvaient sur le bateau. Puis, plus tard, les Français ont fait de même, tentant d’effacer ce passé, » précise Bruno. Car Dunkerque a longtemps été considérée comme une défaite puisque les Alliés ont quitté le continent. Ce n’est que plus tard qu’on a compris l’importance stratégique de ce repli. Ainsi, pendant des années, il ne restait plus aucune trace des bateaux échoués sur la plage. Jusqu’en 1978…

« Nous perdons du sable dans la commune. Il est chassé par le vent vers la Belgique. Ce qui fait que les épaves, qui avaient été découpées au niveau du sol, réapparaissent. » Bien sûr, il ne reste que la structure de la coque, ou une partie seulement pour certaines. Mais celle du Crested Eagle est encore bien nette. Et Bruno, qui étudie le bateau depuis le début, a une théorie : « Il doit encore y avoir à peu près trois mètres du bateau enfoui dans le sable. Je suis donc certain qu’il reste encore des corps. »

5 navires, 5 témoins du passé

Avec le Lorina, le Devonia et le Claude London, le Crested Eagle fait partie des quatre vétérans du conflit. Mais à côté d’eux, une autre épave est également visible : la Vonette. « C’est un trois-mâts goélette qui transportait une cargaison de sel. En décembre 1929, il a été pris dans une tempête et son gouvernail s’est cassé. Le bateau a dérivé et s’est échoué. Il s’est couché sur le flanc et a été abandonné. »

Cela fait donc presque un siècle que le bateau est au même endroit. Comme les autres, il fait le bonheur des amateurs de moules qui viennent insouciamment récupérer les mollusques accrochés aux débris. Mais bien plus qu’un garde-manger, ces navires sont des témoins matériels du passé. Un passé que se plaît à raconter Bruno Pruvost, véritable passeur de mémoire. C’est lui qui a recueilli la plupart des informations sur ces bateaux oubliés pendant des années.

Une fois par mois de mars à octobre, lors des grandes marées, Bruno guide gratuitement les touristes présents à l’aube. Une visite d’un peu plus de deux heures pour laquelle il est déconseillé d’arriver en retard. La particularité de ce musée à ciel ouvert est d’avoir des heures d’ouverture assez limitées : dès que la marée monte, il est englouti par les eaux !

Depuis certains blockhaus, il est possible d’observer les bateaux échoués. Constructions militaires et épaves sont les vestiges de notre passé pas si lointain.