Éolien offshore : la capacité belge ne prend pas d’extension à temps
Actuellement, au large des côtes belges, 399 éoliennes ont été implantées entre 2009 et 2020, assurant environ 10% de la production électrique du pays. Le gouvernement Arizona, mis en place au début 2025, a stoppé le projet de développement de l’énergie éolienne offshore et souhaité changer les critères de l’appel d’offres.
Actuellement, 399 éoliennes ont été installées au large des côtes belges entre 2009 et 2020. Elles représentent environ 10 % de la production électrique du pays et ont permis de couvrir un peu plus de 8 % de la consommation belge en 2025.
En 2021, le gouvernement De Croo, avec la participation des Écologistes, a décidé d’augmenter la capacité d’énergie éolienne offshore en créant une nouvelle zone de production, la zone Princesse Elisabeth. Cela devrait permettre, d’ici 2030, de faire passer la capacité totale d’énergie éolienne offshore de 2,26 GW à 5,4 GW, voire 5,8 GW. Le gouvernement De Croo avait établi une série de critères pour lancer l’appel d’offres.
Cependant, le gouvernement Arizona, en place depuis début 2025, a mis un terme au projet et souhaité modifier les critères de l’appel d’offres pour repartir de zéro.
Pour justifier la suppression du projet mis en place par le gouvernement précédent, l’Arizona évoque une série d’incertitudes. « On a retiré cet appel d’offres parce qu’il était instable sur le plan juridique et donc instable sur le plan économique », explique Mathieu Bihet (MR), le ministre de l’Énergie. « Plus il y a d’incertitudes, plus les industriels qui devaient soumettre un prix pour cet appel d’offres allaient proposer un prix très élevé. Et on le sait, plus le prix est élevé, plus le soutien public à cet appel d’offres allait être important », ajoute le ministre. Le risque d’un manque de concurrence et d’aboutir à une issue plus coûteuse pour l’État a également été jugé important.
Pour la première série d’éoliennes prévues, d’une capacité totale de 700 MW, l’appel d’offres conçu par le gouvernement précédent et sa ministre de l’Énergie, Tinne Van der Straeten (Groen), prévoyait une place pour les coopératives citoyennes. Pour remporter le marché, il fallait impérativement qu’une partie du coût total de l’investissement soit financée par une participation citoyenne. Cette participation importante permettait aussi d’améliorer l’évaluation des différentes offres. Le dispositif prévoyait également une aide de l’État. Un prix fixe était établi pour l’électricité produite via ces éoliennes, et pour répondre à l’appel d’offres, il fallait se situer en dessous de ce prix. Si, une fois les éoliennes opérationnelles, l’électricité devait être vendue en dessous de ce prix, l’État aurait financé la différence. Si elle était vendue au-dessus, la différence aurait profité à l’État.
L’Arizona et son ministre de l’Energie ont donc repris l’appel d’offres pour la première parcelle offshore de la zone Princesse Elisabeth (PEZ 1), correspondant à une capacité de 700 MW.
Avant d’arriver à un appel d’offres validé par le Conseil des ministres, plusieurs étapes doivent être franchies, notamment pour prendre en compte les recommandations de la CREG (Commission de Régulation de l’Electricité et du Gaz) et consulter le secteur. « Nous attendons les retours de la consultation du secteur et l’avis de la CREG. Une fois que nous aurons les deux documents, le tender (le contenu de l’appel d’offres sous forme d’arrêté royal, ndlr) passera au Conseil des ministres », explique Mathieu Bihet.
Dans le nouvel appel d’offres, le prix proposé sera le critère principal. Le gouvernement mise sur la concurrence pour obtenir des offres plus basses.
Le nouveau dispositif prévoit également que le délai de construction passera de 4 à 5 ans par rapport au projet du gouvernement De Croo. « Les industriels, quand on les a consultés après l’arrêt du premier appel d’offres, nous ont dit ‘attention, le délai de 4 ans pour réaliser ce parc est trop juste, on n’y arrivera pas, il faut passer à 5 ans' », explique le ministre Bihet.
D’autres conditions sont fixées, notamment concernant l’origine des composants des éoliennes, afin de répondre aux préoccupations européennes face à la concurrence étrangère, en particulier chinoise. « Il y a un critère très important en termes de durabilité, mais aussi de provenance des pièces des éoliennes pour, par exemple, favoriser une économie et une industrie européenne plutôt qu’extra-européenne », explique le ministre.
Le nouveau dispositif ne donne plus de priorité à la participation citoyenne.
Par ailleurs, le gouvernement avance également sur le projet suivant, un deuxième appel d’offres pour la zone Princesse Elisabeth 2 (PEZ 2), avec une capacité de 1400 mégawatts.
« On a perdu presque deux ans », déplore Gilles Vanden Burre, co-président d’Ecolo, qualifiant le choix de l’Arizona de « décision idéologique ». « Il y avait des entreprises qui étaient prêtes, des appels d’offres qui étaient déjà lancés. Toute une mécanique avait été mise en place avec des industriels qui étaient prêts à investir et à construire davantage d’éoliennes », ajoute l’écologiste. Il parle d’un « manque à gagner en termes d’opportunités » : « Ce sont des opportunités économiques, des emplois, des savoir-faire qui sont ici chez nous. Nous sommes dans les leaders mondiaux en Belgique dans l’éolien offshore », précise-t-il.
L’opposition n’est pas la seule à regretter ce retard. Mi-mars, le secteur Offshore a demandé au gouvernement d’accélérer le rythme. Agoria, la fédération belge de l’industrie technologique, demande de « tenir le cap », comme l’explique son administrateur délégué, Bart Steukers. Les industries de ce secteur doivent pouvoir compter sur le développement éolien offshore pour garantir l’approvisionnement en électricité. Agoria rappelle également que la construction de ces parcs éoliens en mer impliquera plusieurs entreprises belges. « L’industrie éolienne offshore belge, c’est la Champions League », résume Bart Steukers. « On a 230 entreprises qui sont actives quelque part dans la chaîne de valeur et 40 qui sont, on peut le dire, au Top », poursuit le patron d’Agoria.
Agoria attend donc la poursuite des appels d’offres et une législation stable. Bart Steukers évoque également un coût, celui que le retard dans l’éolien offshore coûtera à la Belgique : « 400 millions d’euros » d’ici 2030, selon une étude publiée par EnergyVille.
Des regrets émanent aussi du secteur coopératif qui s’était organisé pour participer au premier appel d’offres, puisque la participation citoyenne était alors une condition pour remporter le marché. Le fait que le gouvernement actuel ne maintienne pas cette obligation de participation citoyenne est considéré comme une « occasion manquée », réagit Olivier Pesesse, administrateur de SeaCoop, la société coopérative prête à répondre à l’appel d’offres du gouvernement De Croo. Même si le nouvel appel d’offres, axé principalement sur le prix le plus bas, ne donne plus de place particulière aux citoyens, le secteur coopératif compte malgré tout tenter sa chance. « Nous pensons dans les coopératives que le citoyen doit s’approprier l’énergie », explique Olivier Pesesse. « Même si aujourd’hui l’appel d’offres ne fait plus une place particulière aux citoyens, nous essayerons d’y participer. Nous sommes en contact avec des consortiums qui y participent et donc notre volonté n’a pas changé, même si la situation est moins favorable », ajoute-t-il.
Les yeux seront donc rivés sur le gouvernement et le ministre de l’Énergie qui doivent finaliser le nouvel appel d’offres. On verra ensuite si l’objectif d’avoir un meilleur cadre juridique et économique pourra être atteint, comme le souhaite la majorité.

