Belgique

En Irlande, un registre public pour identifier les auteurs de violences conjugales : situation en Belgique ?

Jennifer Poole, âgée de 24 ans et mère de deux enfants, a tragiquement perdu la vie en 2021 à Dublin, poignardée à sept reprises par son ex-compagnon, Gavin Murphy, juste après qu’elle ait mis fin à leur relation. Ce dernier, qui avait déjà un passé criminel, avait été condamné pour avoir agressé une ancienne partenaire et sa mère avec un couteau, mais Jennifer n’était pas au courant de ses antécédents.

Un an après son acte, Gavin Murphy a plaidé coupable et a été condamné à la réclusion à perpétuité. Cependant, le frère de Jennifer, Jason Poole, a décidé d’agir pour éviter que d’autres femmes ne subissent le même sort que sa sœur. Il est convaincu que si Jennifer avait été informée du passé violent de Murphy, elle n’aurait jamais engagé une relation avec lui.

Pendant quatre ans, Jason Poole a mené un combat acharné, rencontrant des responsables politiques pour faire avancer la législation. Son effort a porté ses fruits avec l’adoption de la loi connue sous le nom de « Jennie’s Law », qui vise à établir un registre public des auteurs de violences conjugales graves reconnus coupables. Ce registre permettra de recenser ces individus, bien qu’ils puissent demander leur radiation au bout de trois ans, sous réserve de l’approbation d’un tribunal.

Cette initiative suscite des réflexions au-delà des frontières irlandaises. Laurence, une victime de violence conjugale en Belgique, se réjouit de cette avancée législative en Irlande. Elle estime qu’une telle loi pourrait prévenir des drames similaires en permettant aux femmes de connaître le passé de leurs partenaires. Elle souligne l’importance du combat mené par Jason Poole, notant que le fait qu’un homme prenne cette initiative envoie un message puissant.

L’émotion est palpable chez Laurence, qui espère que cette législation incitera d’autres pays européens à agir. Elle déclare que la Belgique a encore beaucoup de chemin à parcourir sur ces questions. Me Saskia Pelgrims, avocate spécialisée, partage un avis positif sur cette loi, la considérant comme un outil précieux pour aider les femmes à prendre des décisions éclairées. Cependant, elle soulève également des interrogations sur la capacité des femmes à réagir face à des comportements violents, même lorsqu’elles sont conscientes de la réputation de leur partenaire.

Josiane Coruzzi, directrice de Solidarité femmes à la Louvière, exprime des doutes quant à l’efficacité de cette loi. Elle souligne que de nombreux auteurs de violences conjugales ne sont jamais condamnés, et que les comportements violents peuvent souvent passer inaperçus. Elle insiste sur la nécessité de sensibiliser les femmes aux signes avant-coureurs de la violence, tout en reconnaissant que la loi pourrait aider certaines à identifier des « red flags ».

Au Royaume-Uni, un système différent existe, sans registre public, mais avec un dispositif de divulgation des antécédents de violence domestique. La loi Clare, adoptée en 2014, permet aux citoyens de demander à la police des informations sur les antécédents de violence de leur partenaire. Bien que ce système ait ses critiques, il inspire des initiatives similaires, comme un projet de loi récemment déposé au Québec, visant à permettre aux personnes à risque de demander des renseignements sur leurs partenaires intimes.