
La Russie intensifie ses frappes en Ukraine, Moscou cherche-t-il à négocier ?
Alors que les frappes russes s’intensifient sur le territoire ukrainien, une lutte moins visible mais tout aussi cruciale se déroule à l’intérieur de la Russie : celle du financement de la guerre. Fin juillet, Taras Skvortsov, directeur financier de Sberbank, a fait une déclaration alarmante, indiquant que les banques russes manquent désormais de liquidités excédentaires pour acquérir des obligations fédérales, connues sous le nom d’OFZ, qui servent à financer en partie le déficit budgétaire de Vladimir Poutine. Cette annonce, émanant du principal établissement bancaire du pays, dont l’État détient la majorité, a été largement relayée par les médias d’État, soulignant son importance.
La situation budgétaire de la Russie est préoccupante. Le pays dépense bien plus qu’il ne perçoit, principalement en raison des coûts militaires. Pour combler ce déficit, le gouvernement émet des obligations, mais avec le retrait des investisseurs occidentaux, les banques russes sont devenues les principaux acheteurs de cette dette publique. Ce changement a des conséquences directes sur leur capacité à accorder des crédits ou à acheter des obligations d’État, car les dépôts se transforment en billets, réduisant ainsi les ressources disponibles.
Les analystes, relayés par des médias tels que Repubblica, mettent en garde contre cette situation. Bien que le système bancaire continue de financer la guerre, son rôle devient de plus en plus coûteux et dépendant de la Banque centrale. Le budget russe se dégrade, avec un déficit fédéral atteignant 5730 milliards de roubles (environ 61 milliards d’euros) au premier semestre 2026, représentant environ 2,5 % du PIB. Les prévisions indiquent un déficit annuel supérieur aux attentes initiales, tandis que les dépenses dépassent de plus de 1000 milliards de roubles (10,65 milliards d’euros) les montants budgétisés. La Banque centrale elle-même considère cette situation comme un risque inflationniste majeur.
Parallèlement, près de 600 milliards de roubles (environ 6,4 milliards d’euros) ont été retirés du système bancaire sous forme de billets depuis début juillet, un mouvement qualifié par Sberbank de plus important jamais observé. Ce phénomène survient alors que le rapport du renseignement européen estime qu’environ 10 % des crédits aux entreprises russes pourraient être douteux, contre un chiffre officiel de 4 %. Certains établissements ont même signalé des taux de créances douteuses atteignant 15 % sur certains portefeuilles.
Malgré ces difficultés financières, la Russie ne semble pas pressée de mettre fin à la guerre. Les réserves de Moscou ont diminué, et son système bancaire est moins contrôlé, rendant les établissements publics réticents à acheter de la dette. Toutefois, la Banque centrale reste en mesure d’injecter des roubles, mais cela pourrait ne pas suffire à éviter une modification de la stratégie du Kremlin.
Au cours des dernières semaines, la Russie a intensifié ses attaques contre Kiev et d’autres villes ukrainiennes, lançant notamment 35 missiles, dont 27 balistiques, le 31 juillet, tuant au moins dix personnes. Cette escalade pourrait être interprétée comme une tentative de la Russie de frapper plus fort tant qu’elle conserve un avantage matériel, dans le but d’arriver à une table de négociation avec des positions renforcées.
Cependant, il est important de rester prudent. Les autorités russes n’ont jamais lié publiquement leurs frappes à leurs difficultés budgétaires. La menace pour le système russe provient davantage d’une érosion progressive, avec des signes d’inflation, de ralentissement économique et de créances fragiles, plutôt que d’un effondrement financier soudain. La Russie doit donc mobiliser de plus en plus de ressources pour poursuivre ses efforts militaires, rendant la situation potentiellement explosive dans les mois à venir.
