En Europe, les campagnes se dépeuplent depuis 1960, pas en Belgique.
Entre 1961 et 2024, la population totale de la Wallonie est passée de 3,1 millions de résidents à 3,6 millions. En 2024, le taux de fécondité en Wallonie est de 1,41 enfant par femme, comparé à 1,85 en 2010.
Regardons de plus près cette carte élaborée par Correctiv.eu. En rouge, on y voit les communes européennes ayant perdu des habitants entre 1961 et 2024. Dans une grande partie de l’Europe, les zones rurales se dépeuplent progressivement tandis que les grandes villes augmentent leur population. Cela se constate nettement en Espagne, où Madrid et sa banlieue ont enregistré une croissance démographique tandis que les campagnes espagnoles ont largement perdu de leurs habitants. Ce phénomène est également observable en France, en Italie et en Grèce.
En Belgique, la tendance est différente. Le pays est surtout coloré en vert dans ses zones rurales, indiquant une augmentation du nombre d’habitants. Cependant, des villes comme Liège ont perdu 21% de leur population en 63 ans, Charleroi a vu une diminution de 15% et Saint-Gilles, en Région bruxelloise, a enregistré une baisse de 11%.
Julien Charlier, géographe à l’Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique (Iweps), souligne que la décroissance de la population à Liège et Charleroi est liée à leur histoire économique et à la désindustrialisation intervenue au début de cette période. Son collègue Marc Debuisson ajoute que les chiffres sur une période aussi étendue masquent de nombreuses variations, précisant que ces villes ont récemment connu une hausse de leur population.
Pour mieux comprendre les évolutions décennales, la cellule Décrypte a reproduit la carte à l’échelle belge. En passant votre souris sur votre commune, vous pourrez visualiser la courbe de l’évolution démographique depuis 1961.
Dans le Brabant Wallon et autour de la Région de Bruxelles-Capitale, les communes ont généralement connu les plus fortes augmentations de population depuis plus de soixante ans. Ce constat est également valable pour des villes plus petites telles que Namur et Liège, ainsi que dans les zones proches du Luxembourg, où ce sont souvent les communes périphériques qui enregistrent une plus forte augmentation de résidents. Autrement dit, de nombreux Belges préfèrent s’installer dans des communes rurales, à proximité de la ville, plutôt que dans son centre.
Marc Debuisson, démographe à l’Iweps, explique ce phénomène de périurbanisation. Cela signifie que les populations urbaines, souvent en âge de fonder une famille, choisissent de déménager vers les périphéries où elles envisagent de réaliser leur rêve d’une maison avec jardin. Avec le temps, ce phénomène s’est étendu loin des villes, touchant d’abord le Brabant wallon avant de s’étendre vers le nord de la province de Namur, l’est du Hainaut et l’ouest de la province de Liège.
Ce schéma de périurbanisation ne se limite pas à Bruxelles. Marc Debuisson note que « pratiquement tout le territoire de la Wallonie est touché par ce phénomène ». La zone de Bruxelles s’étend sur une grande partie du territoire et le bassin du Grand-Duché de Luxembourg influence également certaines régions de la province du Luxembourg. De plus, certaines villes comme Lille, Aix-la-Chapelle et Maastricht commencent à avoir un impact important sur les territoires frontaliers.
En raison de la taille réduite de notre territoire, la majorité des communes de Wallonie voient leur population augmenter, la proximité d’une grande ville jouant un rôle clé, facilité par un bon réseau de transport. Julien Charlier souligne que le développement des autoroutes dans les années 1970 a grandement contribué à cette périurbanisation. L’accès croissant à la voiture et à des terrains constructibles a permis à la population de s’installer dans ces zones périphériques tout en maintenant un temps de trajet raisonnable. De plus, avec l’essor récent du télétravail, la situation se renforce.
Même une commune comme Somme-Leuze, située loin de Luxembourg ou Bruxelles, connaît une forte croissance de sa population, avec une augmentation de 151%. Julien Charlier précise que cette croissance, relativement récente, a un impact sur l’artificialisation des sols en raison de la multitude de nouvelles constructions.
Un exemple concret est celui du village de Hogne, qui fait partie de cette commune. Une comparaison satellite entre 2006 et 2026 révèle une explosion de nouvelles habitations.
En revanche, à Vresse-sur-Semois, bien que la population résidente ait diminué, le nombre de visiteurs saisonniers a fortement augmenté. Arnaud Allard, bourgmestre, indique que certains week-ends, la population peut quadrupler. Cela entraîne des défis similaires à ceux d’une petite ville, mais avec les moyens limités d’une petite commune. Il ajoute qu’il est ravi d’avoir des résidents secondaires, mais son souhait est que ces résidences deviennent des habitations permanentes afin de favoriser de nouvelles dynamiques.
Moins d’habitants significat moins d’impôts pour la commune. Malgré cela, le pouvoir local a choisi de maintenir les taxes communales à un niveau bas pour rester attractif. En termes d’impôts sur les personnes physiques (IPP), Vresse-sur-Semois est l’une des communes où la taxation est la plus faible en Wallonie. Ainsi, la commune essaie de compenser cette baisse de recettes en mettant à contribution des gîtes et des résidences secondaires qui profitent de l’environnement et des infrastructures disponibles.
Dans le futur, le bourgmestre espère profiter de la construction d’une nouvelle prison dont les travaux commenceront en 2027, promettant 300 emplois. Il espère que cela attirera de nouveaux résidents, d’autant plus que l’immobilier dans la commune reste accessible par rapport aux autres communes proches des grands axes.
Le défi pour Vresse-sur-Semois est donc d’attirer les jeunes. Dans la commune, il y a actuellement plus de maisons de repos et de services à domicile que de crèches, et cette réalité est destinée à perdurer au-delà de Vresse.
En ce qui concerne les tendances démographiques en Europe, la Wallonie a enregistré une augmentation de sa population, passant de 3,1 millions de résidents en 1961 à 3,6 millions en 2024, tout comme la Belgique, qui comptait 11.867.634 habitants au 1er janvier 2026.
La population générale de l’UE continue d’augmenter depuis des décennies, et devrait atteindre environ 450 millions d’habitants d’ici 2025. À partir de la fin du XVIIIe siècle, l’Europe a connu une forte croissance démographique due à une transition démographique caractérisée par une baisse de la mortalité et une fécondité qui est restée élevée jusqu’à la fin du XIXe siècle, pour ensuite diminuer tout en restant au-dessus du seuil de remplacement des générations de 2,1 enfants par femme.
Cependant, ces dernières années, le nombre de décès a dépassé celui des naissances. En Belgique, ce solde naturel est négatif depuis quatre ans, et le taux de fécondité a considérablement diminué. En 2024, la Wallonie comptait 1,41 enfant par femme, contre 1,85 en 2010, une tendance similaire à celle observée dans le reste de la Belgique et en Europe.
Avec des ménages devenant plus petits et plus nombreux, Julien Charlier prédit que si la population se stabilise, les ménages pourraient poursuivre leur exode des villes, mais avec la possibilité d’utiliser des logements construits dans les années 60 et 70. Cela pourrait réduire le besoin de nouvelles terres à construire, mais les logements anciens devront être adaptés, car il pourrait y avoir un décalage entre la taille réduite des ménages et celle des logements.
