
Effondrement d’un glacier et coulée de boue au Népal et au Tibet : causes connues.
Une tragédie sans précédent a frappé le nord du Népal, à la frontière avec la Chine, mercredi dernier. La police népalaise a annoncé que la crue dévastatrice a causé la mort d’au moins 359 personnes, tandis que les autorités chinoises rapportent trois décès dans la région du Tibet. Ce bilan tragique porte le total à 362 morts, avec plus de 1300 personnes toujours portées disparues.
Les circonstances entourant cette catastrophe restent floues. Les premiers rapports suggéraient qu’un séisme aurait pu être à l’origine de l’effondrement d’un glacier. Alors que les autorités chinoises évoquaient un glissement de terrain, du côté népalais, on parlait d’inondations. Cependant, une analyse menée par l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS) indique que la crue pourrait avoir été déclenchée par l’effondrement d’un glacier, provoquant un séisme d’une magnitude de 5,2 et de nombreux glissements de terrain.
Frank Pattyn, glaciologue à l’Université libre de Bruxelles, a précisé qu’un important bloc de glace, mesurant plusieurs mètres de large, s’est détaché d’un glacier et est tombé plusieurs centaines de mètres plus bas, bloquant ainsi la vallée. En pleine saison des pluies, l’eau s’est accumulée, créant un barrage naturel qui a finalement cédé, entraînant un torrent de boue qui s’est ajouté aux pluies récentes, conduisant à la catastrophe.
Ce phénomène est connu sous le nom de « vidange brutale de lac glaciaire » ou GLOF (Glacial Lake Outburst Flood), dont la fréquence et le risque augmentent avec le changement climatique. Une GLOF se produit lorsque la digue naturelle retenant un lac formé par la fonte d’un glacier s’effondre, libérant soudainement les eaux contenues.
Adrian McCallum, glaciologue à l’université de la Sunshine Coast en Australie, souligne que « la seule raison pour laquelle une grande quantité d’eau a pu dévaler soudainement la vallée est qu’elle a été relâchée d’un seul coup ».
Les raisons de l’effondrement d’une partie du glacier ne sont pas encore établies. Toutefois, la combinaison de la mousson et de la fonte des glaces, exacerbée par le réchauffement climatique, rend de tels événements de plus en plus fréquents. « Ce n’est pas la première fois que le Népal a connu un tel phénomène, mais cette fois-ci, l’ampleur est significative », déclare le glaciologue.
Il met en garde sur la possibilité que de tels événements se reproduisent tant qu’il y aura de la glace dans l’Himalaya et d’autres chaînes de montagnes. « Nous faisons face à un ensemble de phénomènes : la période des pluies, des températures élevées, la fonte des glaces et la formation de boue… Tout cela ensemble mène à une catastrophe de grande ampleur », conclut-il. Les recherches à venir seront cruciales pour comprendre les causes de ce torrent de boue et les tragédies qui en ont découlé.
