
Marché locatif en Tunisie : hausse des prix et baisse du pouvoir d’achat
Le marché locatif en Tunisie traverse une période tumultueuse, marquée par une forte pression sur les prix. Cette situation résulte de plusieurs facteurs, notamment la hausse des coûts de construction, la diminution du pouvoir d’achat, une demande locative en forte augmentation et la popularité croissante des locations de courte durée.
Les chiffres officiels révèlent une tendance inquiétante. Au quatrième trimestre de 2025, les prix des biens immobiliers ont enregistré une hausse de 5,6 % par rapport à l’année précédente, avec des augmentations spécifiques de 5,7 % pour les appartements et de 5,6 % pour les maisons. Les variations régionales sont notables, avec une hausse de 2,9 % dans le Grand Tunis et une augmentation de 6,9 % dans la région du Sahel.
Hechmi Meliani, président de la Chambre nationale des promoteurs immobiliers, souligne que l’augmentation des prix est principalement due à la flambée des coûts des terrains, des matériaux et de la main-d’œuvre. Actuellement, le prix du mètre carré constructible peut atteindre entre 5 000 et 5 500 dinars, tandis que le coût de construction d’un logement S+2 peut s’élever jusqu’à 900 000 dinars. En raison d’une chute des ventes de 80 %, de nombreux Tunisiens se tournent vers la location, ce qui a fait grimper les loyers, autrefois compris entre 500 et 550 dinars, à des niveaux se situant désormais entre 700 et 900 dinars.
Mohsen Chaabani, président du Groupement professionnel des agences immobilières, met en avant l’importance de l’emplacement et de la saisonnalité dans cette dynamique, accentuée par l’afflux de Tunisiens vivant à l’étranger et de touristes. Les locations de courte durée, dont les prix peuvent atteindre 200 à 300 dinars par nuit, réduisent l’offre disponible pour les familles. Il appelle à une régulation stricte de cette pratique ainsi qu’à une régulation du métier d’intermédiaire pour prévenir une hausse artificielle des loyers.
Du côté des consommateurs, Thouraya Tebassi, vice-présidente de l’Organisation tunisienne pour la défense du consommateur, met en garde contre le décalage entre les loyers et les revenus des ménages. L’endettement des propriétaires pour acquérir leurs biens se répercute sur les loyers, qui, bien que jugés raisonnables (entre 900 et 2 500 dinars), dépassent souvent les capacités budgétaires des ménages. Elle insiste sur la nécessité de rédiger des contrats clairs pour protéger les deux parties impliquées.
Cette conjoncture défavorable freine également l’investissement locatif, entraînant une baisse des transactions au quatrième trimestre 2025, avec une diminution de 4,9 % pour les appartements et de 2,4 % pour les maisons. Pour relancer le secteur, Meliani propose de mobiliser les fonds du FOPROLOS afin d’offrir des crédits immobiliers à un taux de 3 %, facilitant ainsi l’accès à la propriété.
