
Ebola en RDC : Kinshasa se barricade face à la propagation du virus
Des inquiétudes persistantes entourent la capitale congolaise, Kinshasa, suite à des rumeurs alarmantes sur l’arrivée d’un bateau en provenance de Kisangani, porteur potentiel du virus Ebola. Début août, les autorités ont intercepté cette embarcation sur le fleuve Congo, mettant en quarantaine ses passagers pendant plusieurs jours. Heureusement, aucune contamination n’a été détectée, mais cet incident a ravivé les craintes d’une propagation de la maladie dans une ville où les conditions sanitaires sont déjà précaires.
Carbone Beni, cofondateur du mouvement citoyen Filimbi, souligne que malgré les assurances de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des autorités locales sur l’absence de cas d’Ebola à Kinshasa, l’inquiétude demeure. « Le virus a déjà fait des ravages à Kisangani, située à 2000 kilomètres de la capitale, mais accessible en une heure d’avion ou quatre jours de bateau. La peur d’une propagation est donc bien réelle », explique-t-il, en insistant sur la densité de la population dans le district de Tshangu.
Cette zone, surnommée « Chine populaire » en raison de sa forte densité, souffre de conditions sanitaires déjà difficiles. Si Ebola venait à s’y introduire, la situation pourrait rapidement devenir ingérable. En réponse à cette menace, les autorités ont mis en place des mesures de contrôle aux points d’entrée de la ville.
Mireille Lembwadio Leza, coordinatrice du Programme National de l’Hygiène aux Frontières, précise que des dispositifs de sécurité ont été instaurés à l’aéroport international de Ndjili et à l’aéroport secondaire de Ndolo. Tous les passagers en provenance des six provinces touchées par le virus sont soumis à un contrôle rigoureux, incluant des tests de température, des lavages de mains et la décontamination des aéronefs. Les voyageurs doivent également remplir une fiche sanitaire pour faciliter le suivi.
Les mesures de contrôle s’étendent également au « Beach Onatra », le point de transit vers Brazzaville, la capitale voisine. Le fleuve Congo, principal axe de circulation, représente une menace significative pour la capitale, où les routes praticables sont rares. « Nous avons établi un point de contrôle à Maluku, à 70 km de Kinshasa, pour surveiller les embarcations descendant le fleuve », ajoute Mireille Lembwadio Leza. Environ 2500 personnes y sont contrôlées quotidiennement, avec des procédures similaires à celles des aéroports.
Malgré ces efforts, des voix s’élèvent pour exprimer des doutes sur l’efficacité des mesures. Danny Singoma, acteur de la société civile, note que bien que des dispositifs aient été mis en place, ils sont insuffisants face à une épidémie comme celle d’Ebola. « L’approche repose trop sur la bonne foi des voyageurs », déplore-t-il, en soulignant que les mesures de prévention ne sont pas uniformément appliquées dans tous les secteurs de la société.
Les croyances populaires compliquent également la lutte contre le virus. Des rumeurs circulent, certains considérant Ebola comme une invention ou une maladie causée par des forces maléfiques. Danny Singoma souligne que la prévention est davantage préoccupante dans les milieux intellectuels que dans les quartiers populaires, où les fausses informations prolifèrent. « Il est légitime de se demander si les gens accepteraient de se faire vacciner si un vaccin était développé », conclut-il.
Dans les zones déjà touchées, la situation est tout aussi préoccupante. Le Comité International de la Croix-Rouge a rapporté des incidents violents contre le personnel soignant, avec 11 attaques recensées et 12 blessés parmi ses bénévoles. Face à cette violence et à la propagation du virus, l’OMS appelle la République Démocratique du Congo à renforcer ses mesures de lutte, incluant la surveillance des déplacements et la protection des personnels de santé.
Pour contrer la menace, l’OMS recommande des contrôles sanitaires routiers constants dans les zones à risque, ainsi qu’une surveillance accrue des bateaux reliant les zones contaminées aux grands centres urbains comme Kinshasa. La lutte contre Ebola nécessite une mobilisation collective et des actions coordonnées pour éviter que la situation ne dégénère.
