
Dix ans après, le gouvernement wallon PS-cdH n’a toujours pas adopté le CETA.
En octobre 2016, le gouvernement wallon, dirigé par Paul Magnette, refusait de ratifier le CETA, un traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada. Neuf jours après le blocage wallon, le traité CETA a été signé le 30 octobre 2016 à Bruxelles par les présidents de la Commission, du Conseil européen et par le Premier ministre canadien.
C’était presque il y a dix ans, en octobre 2016. Le gouvernement wallon, composé du PS et du cdH (aujourd’hui les Engagés), dirigé par le socialiste Paul Magnette, s’opposait à la ratification du CETA, un traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, négocié par la Commission européenne. Ce traité, dont les négociations ont duré plus de dix ans, suscitait de nombreuses contestations de la part des mouvements associatifs, des mutualités, des syndicats et d’une partie du secteur agricole. Les opposants au CETA mettaient en avant l’opacité des négociations.
### L’opposition du gouvernement wallon
À l’automne 2016, la Commission européenne et le Canada avaient finalisé l’accord et étaient prêts à le signer. Toutefois, chaque État membre de l’Union européenne devait encore donner son approbation. En Belgique, le Premier ministre Charles Michel (MR) conditionnait la réponse à la signature de chacune des entités fédérées. Du côté francophone, tant la Fédération Wallonie-Bruxelles que la Région Wallonne ont décidé de s’opposer à ce traité.
Depuis 2015, les voix s’élevaient contre le CETA, attirant l’attention des parlementaires wallons. Ils exprimaient leurs craintes quant à un éventuel affaiblissement des normes européennes, particulièrement en matière d’environnement et de santé. Ils s’inquiétaient également du système d’arbitrage prévu par le traité, qui permettrait à des entreprises étrangères en litige avec un État membre d’éviter les juridictions européennes en se tournant vers des juges extérieurs.
Ces préoccupations ont trouvé un écho au sein de la majorité wallonne PS-cdH. Dans un discours devant le Parlement wallon, Paul Magnette affirmait que « la Belgique ne signera pas le CETA, le 18 octobre » et appelait à une renégociation du traité.
Du côté du partenaire de majorité PS en Région Wallonne, le cdH partageait la même analyse. Le président du Parlement wallon, André Antoine, a justifié l’opposition de sa formation en déclarant : « On va importer des milliers de tonnes de bœuf, de porc, alors même que nous sommes en surproduction, alors même que les normes ne sont pas les mêmes au Canada qu’en l’Union Européenne. »
Dans l’opposition, le MR soutenait la signature du CETA et contestait la décision de la majorité. Pierre-Yves Jeholet, député wallon MR à l’époque, réagissait en ces termes : « La Wallonie s’isole de plus en plus de tous les pays. La mesure qui est prise en matière de CETA fait vraiment en sorte qu’on s’isole, qu’on se replie sur soi-même alors qu’on a besoin d’exporter davantage, de rayonner en Europe et dans le monde. »
Les milieux patronaux wallons n’étaient pas plus conciliants. Vincent Reuter, responsable de l’Union wallonne des Entreprises, s’interrogeait : « Quel fondement avons-nous pour bloquer l’Europe ? » et ajoutait : « Le mandat que j’accorde à un parlement n’est pas celui de ridiculiser mon pays. La Wallonie va être la risée de l’Europe. »
### Le refus de Paul Magnette fait le tour des médias d’Europe et d’ailleurs
À ce moment-là, en Europe, le gouvernement wallon est le seul à refuser d’entériner le traité négocié entre la Commission européenne et le Canada. Le refus exprimé par Paul Magnette attire l’attention des médias européens et d’autres pays.
Les journalistes français de Libération évoquent « la Wallonix ». Ouest-France, quant à eux, fait un clin d’œil à Astérix, qualifiant Paul Magnette de « l’Astérix wallon contre l’Union européenne ». D’autres médias le présentent comme « le nouveau héros des anti-Ceta », tandis que The Guardian le décrit comme « combatif ».
### Des larmes canadiennes
Chrystia Freeland ne le confiera que plus tard, en 2019, mais ses larmes après sa rencontre avec l’exécutif wallon ne sont, selon elle, qu’une mise en scène. En tant que ministre canadienne des Affaires étrangères, elle raconte qu’elle avait voulu, à l’époque, faire sentir aux Wallons une certaine culpabilité, déclarant : « Nous avons décidé qu’il était très important de ne pas être fâchés en sortant, parce que nous voulions que les Wallons se sentent coupables. » Ce geste visait à faire pression sur eux. Elle explique aussi avoir reçu « tous les Européens qui rappelaient pendant les 24 heures suivantes » leur demandant de ne pas rentrer au Canada.
### Un coup de bluff canadien
Le stratagème de la ministre canadienne a-t-il porté ses fruits ? Dans les jours suivant le refus wallon, les discussions se poursuivent. Le gouvernement wallon reçoit des garanties, dont celle que la Belgique interrogera la Cour de Justice de l’Union Européenne sur la conformité de certains aspects du traité avec le droit européen. Paul Magnette précise qu’il y avait « un volet commercial pour lequel on a obtenu des avancées pour protéger nos agriculteurs, la santé, l’environnement », et en même temps, « un volet économique très dangereux pour les services publics, qu’on a purement bloqué et qui n’est jamais entré en vigueur. »
Neuf jours après le refus wallon, le traité CETA est signé le 30 octobre 2016 à Bruxelles par les présidents de la Commission européenne, du Conseil européen et le Premier ministre canadien. Le texte entre en vigueur de manière limitée en septembre 2017, en attendant que tous les parlements des États membres de l’Union européenne le ratifient. La ratification par le Parlement wallon le 17 juin 2026 permettra à la Belgique de ratifier le traité, mais pour l’instant l’application du CETA reste limitée, car une dizaine de pays ne l’ont pas encore ratifié.
