Belgique

Des millions de fourmis envahissent Karlsruhe : supercolonies en expansion.

Depuis près de trois ans, des fourmis envahissent les rues et les maisons de la ville allemande de Karlsruhe, avec au moins huit grandes colonies identifiées, dont sept appartiennent à l’espèce Tapinoma magnum. En 2024, l’invasion avait déjà été remarquée dans la ville de Kehl en Allemagne.

Bien qu’elles soient minuscules, leur impact est considérable. Depuis près de trois ans, des fourmis envahissent la ville allemande de Karlsruhe, située à la frontière avec la France. Cette situation se répète en ce début de printemps.

Cette invasion continue attire l’attention des autorités et des automobilistes. Un carrefour de la ville est devenu l’un des lieux les plus accidentogènes, en raison de l’endommagement des armoires de contrôle des feux de circulation par ces petits insectes. Ces dysfonctionnements ont entraîné plusieurs accidents, dont deux blessés ont été signalés par la police locale le lundi 13 avril.

L’origine de l’invasion

La responsable de cette situation est l’espèce Tapinoma magnum. Ces fourmis se caractérisent par la formation de « supercolonies » pouvant comptabiliser plusieurs millions d’individus. Leur arrivée, due à l’importation de plantes en pot, provient du bassin méditerranéen.

Contrairement aux espèces locales, elles possèdent de multiples reines dans une même colonie, ce qui accélère leur reproduction et rend leur élimination difficile. « Il n’y a probablement pas de limite au nombre de reines, puisque les supercolonies peuvent continuer à s’étendre indéfiniment. Un seul nid peut abriter jusqu’à 350 reines ; je suppose que la plupart des supercolonies envahissantes comptent des dizaines, voire des centaines de milliers de reines« , explique Max Davis, doctorant à la VUB.

À Karlsruhe, on compte huit grandes colonies, dont sept sont de l’espèce Tapinoma magnum. Une autre espèce de fourmis non indigène, particulièrement nuisible, a également été identifiée : Lasius neglectus, originaire de la région de la mer Noire. Comme Tapinoma, elle forme des supercolonies pouvant atteindre des millions d’individus.

Impact des fourmis sur la ville

Bien qu’elles ne représentent pas un danger sanitaire immédiat, ces colonies peuvent s’étendre sur plusieurs centaines de mètres voire plus. Elles envahissent les sols, les trottoirs et les infrastructures techniques, provoquant fréquemment des dommages. « Elles creusent de grandes quantités de terre, entraînant l’affaissement des trottoirs et d’autres structures. Elles peuvent aussi nicher dans les murs et les endommager », indique Max Davis.

L’espèce Tapinoma magnum se différencie par ses supercolonies © Adobe Stock

Selon nos confrères de TF1, les fourmis auraient construit une véritable ville de deux kilomètres de long sur un kilomètre de large sous Karlsruhe. Dans les jardins et les habitations, leur présence massive devient difficile à contenir. Les riverains décrivent une invasion continue, surtout durant les mois chauds.

Ce phénomène n’est pas inédit, car en 2024, une invasion similaire a été observée dans la ville de Kehl, également en Allemagne.

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Les fourmis avaient déjà envahi la ville de Kehl en 2024

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Une réponse collective

Face à cette situation, les autorités locales cherchent à coordonner leurs efforts avec les habitants. Diverses méthodes d’éradication existent, mais elles ne sont pas toutes efficaces. « Les insecticides peuvent être efficaces lorsqu’ils sont intégrés dans un plan à grande échelle« , souligne Max Davis. « S’ils ne sont utilisés que sporadiquement, ils n’auront pas d’effets durables et pourraient aggraver le problème« , précise-t-il.

La ville a donc renforcé son service des parcs et jardins en faisant appel à deux exterminateurs de fourmis professionnels. Leur mission consiste à appliquer de la vapeur chaude pour lutter contre l’invasion.

Le plan consiste à encercler les fourmis et à intervenir progressivement depuis l’extérieur vers l’intérieur pour éviter leur dispersion. L’objectif est d’éliminer plutôt que de faire fuir. « Nous devons en réalité commencer simultanément. Nous notifierons tous les habitants des zones touchées par un courrier. Ils seront informés du début des opérations de contrôle et nous leur conseillerons de faire appel à un professionnel de la désinsectisation« , déclare Karen Eßrich, coordinatrice pour les espèces envahissantes à Karlsruhe, à la radio allemande SWR.

Max Davis souligne aussi que des mesures préventives peuvent être entreprises pour contrer le développement des colonies. « Une stratégie de prévention primaire consisterait à toujours vérifier la présence de fourmis sur les plantes en pot nouvellement acquises. Idéalement, les jardineries devraient aussi surveiller la présence de fourmis suspectes sur leurs lieux« , préconise-t-il.

Bien que l’éradication de Tapinoma magnum soit possible si le problème est traité rapidement avec des mesures à grande échelle, cette espèce continue néanmoins de s’étendre de manière exponentielle.