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Donald Trump est-il devenu ingérable pour ses collaborateurs ?

Le 4 avril, un avion américain a été abattu au-dessus de l’Iran, entraînant une colère présidentielle. Près de 70 élus démocrates ont lancé un appel pour écarter Donald Trump du pouvoir en vertu du 25e amendement de la constitution américaine.


Les collaborateurs de la Maison-Blanche garderont en mémoire une scène mémorable. Le 4 avril, le monde, et particulièrement Washington, apprend qu’un avion américain a été abattu au-dessus de l’Iran, laissant sans nouvelles les pilotes. Cela provoque une vive colère chez le président, qui déclare : « Les Européens n’aident pas ! » Il fait référence à la crise des otages en Iran de 1979, en disant : « Regardez ce qui s’est passé avec Jimmy Carter, avec ses hélicoptères et les otages. Ça lui a coûté sa réélection. » Un haut responsable du gouvernement en parle au Wall Street Journal (WSJ) :

« Les conseillers ont tenu le président à l’écart de la pièce pendant qu’ils recevaient les mises à jour minute par minute, car ils ont estimé que son impatience serait contre-productive ; ils le tenaient plutôt au courant aux moments importants. »

Ce n’est qu’après la récupération des deux pilotes que le calme revient en partie à la Maison-Blanche. Le WSJ rapporte qu’après une courte nuit de sommeil, Donald Trump publie un message incendiaire sur « Truth Social » : « Ouvrez le foutu détroit, bande de salauds ou vous vivrez en enfer. Vous verrez ! Louange à Allah ! Président Donald J Trump. »

Quelques jours plus tôt, la veille de l’expiration de son ultimatum, Donald Trump avait de nouveau publié : « Une civilisation entière mourra cette nuit ! » Selon un officiel de l’administration américaine cité par le Wall Street Journal, cette publication était improvisée et ne faisait pas partie d’un plan national de sécurité.

Récemment, le président Trump a encore surpris. Le cessez-le-feu avec l’Iran, qui avait débuté le 8 avril dernier, arrivait à son terme. Il avait laissé planer le doute quant à un possible prolongement, mais celui-ci a été théâtralement reconduit indéfiniment via les réseaux sociaux.

L’exercice du diagnostic psychiatrique ou psychologique à distance est délicat. Le Dr Caroline Depuydt, psychiatre et directrice médicale à Epsylon, refuse cet exercice, car l’éthique médicale l’en empêche sans avoir examiné le patient. Toutefois, elle précise : « On voit qu’il adore la communication brève, percutante. Il va plutôt chercher l’émotionnel que le rationnel. Et on voit également qu’il est tout à fait résistant aux incohérences. L’environnement chaotique ne le gêne absolument pas, au contraire, il a l’air vraiment de s’y plaire. Est-ce que cela dit quelque chose d’un déséquilibre interne ? Ou est-ce que cela dit quelque chose d’une stratégie qu’il met en place ? »

« Ce n’est pas un malade mental. »

Cependant, de plus en plus de professionnels de la santé mentale s’aventurent à donner leur avis. Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, auteur et inventeur du concept de résilience, a déclaré sur France Inter : « Ce n’est pas un malade mental. Il ne faut pas employer le mot ‘fou’, parce que si vraiment on accepte cette idée, un fou est irresponsable. Trump est responsable, donc il n’est pas fou. Et ces manifestations étranges, comportementales, sont révélatrices d’une désorganisation. C’est un psychopathe, probablement. Il a acquis ça au cours de son propre développement. On lui a probablement mis en tête que la seule valeur de la condition humaine, c’était l’argent, le dieu dollar, la réussite individuelle. »

Lorsque interrogé sur sa définition de la psychopathie, il ajoute : « Ce sont des garçons, plus que des filles, quand il y a une défaillance environnementale, ils ne peuvent pas inhiber la pulsion. Ils ont une pulsion, ils passent à l’acte. Ils vivent dans le présent, ils ont une pulsion sexuelle, ils passent à l’acte, ce n’est pas grave. Ils ont une pulsion agressive, ils explosent, ce n’est pas grave. Et si le lendemain, ils ont une autre pulsion ou une autre idée en tête, ils diront le contraire de ce qu’ils ont dit. Ça n’a aucune importance. Ils vivent dans l’instant. »

La Maison-Blanche soutient que la santé, tant physique que mentale, du président est « excellente » et que ses fonctions cognitives sont jugées normales. En octobre 2025, un bulletin officiel publié par le médecin de la Maison-Blanche affirmait cela. Donald Trump déclare fréquemment avoir réussi des tests cognitifs avec un score parfait (30/30). Cependant, des membres de l’opposition demandent des rapports médicaux et des tests cognitifs plus détaillés et surtout indépendants.

Face à la gestion de la guerre d’Iran par l’administration Trump, les menaces de détruire des infrastructures civiles et l’intention de s’en prendre à la population civile, près de 70 élus démocrates ont appelé à écarter Donald Trump du pouvoir en vertu du 25e amendement de la constitution américaine. Cet amendement s’applique en cas d’incapacité physique ou mentale du président, permettant à ce dernier de démissionner ou d’être destitué en transférant ses pouvoirs au vice-président. L’appel s’adresse également aux élus républicains. L’argument principal est qu’il faut empêcher le président de commettre des crimes de guerre au regard du droit international.

Cette initiative a peu de chances d’aboutir. Elle doit rassembler une majorité des deux tiers, tant au Sénat qu’à la Chambre des représentants, ce qui semble hautement improbable. Ce serait la troisième fois que les démocrates solliciteraient cette procédure, après l’assaut contre le Capitole en janvier 2021, en fin de mandat de Donald Trump, sans succès, et lorsqu’il a menacé d’annexer le Groenland par la force, en début d’année.