Belgique

Des discours aux silences : l’évolution internationale sur le climat

En septembre 2002, Jacques Chirac, président français, déclare lors du IVe sommet de la Terre : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » En janvier 2007, Ban Ki-moon est élu Secrétaire général des Nations Unies et annonce faire de l’écologie la priorité de son mandat.


Notre maison brûle et nous regardons ailleurs.
**Jacques Chirac, président français (2002)**

Septembre 2002, le président français Jacques Chirac, récemment réélu face à Jean-Marie Le Pen, se rend à Johannesburg, en Afrique du Sud, pour le IVe sommet de la Terre. Devant l’assemblée, il prononce un discours marquant : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, et nous refusons de l’admettre. L’humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l’humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables. » Il insiste un peu plus loin : « Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Prenons garde que le XXIe siècle ne devienne pas pour les générations futures celui d’un crime de l’Humanité contre la vie. »

À cette époque, la prise de conscience sur le climat était encore timide. Sept rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avaient déjà été publiés, mais les négociations officielles du sommet demeurent sans conclusion majeure. Le discours de Chirac se démarque comme un cri d’alarme sur la question climatique.

Malgré le premier rapport du GIEC en 1990, et le Sommet de la Terre à Rio en 1992, le sujet est encore peu abordé en France et en Europe au début des années 2000. Selon le Centre de données socio-politiques français (CDSP), le climat n’émerge comme un enjeu politique majeur qu’à partir de 2006-2007, périodes coïncidant avec la publication du 4e rapport du GIEC, la COP11, la sortie du film « Une vérité qui dérange » d’Al Gore, et l’arrivée de Ban Ki-moon à la tête de l’ONU.

Les États doivent agir sans délai.
**Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU (2007)**

En janvier 2007, Ban Ki-moon est élu Secrétaire général des Nations Unies. Dès le début de son mandat, il place l’écologie au cœur de ses priorités. Lors de la conférence de Bali sur les changements climatiques au printemps, il appelle les États à « agir sans délai pour prendre des mesures à grande échelle afin de réduire l’impact des conséquences les plus extrêmes du changement climatique. » Quelques mois plus tard, il déclare : « Le monde est au bord de la catastrophe. » Luis Rivera-Velez, chercheur en science politique, souligne qu’à son arrivée, Ban Ki-moon hérite d’une politique climatique fragile, mais il parvient à redynamiser le sujet au sein des négociations internationales.

À partir de 2006, l’attention accordée au climat au sein de l’Assemblée générale des Nations Unies augmente significativement. Les données du CDSP révèlent que cette attention croissante est particulièrement marquée en Asie du Sud et en Asie-Pacifique, zones déjà touchées par les effets du changement climatique, contrairement à l’Europe ou à l’Amérique.

En juin 2017, Donald Trump annonce le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris, qu’il qualifie de « défavorisant les États-Unis au bénéfice exclusif d’autres pays. » Dans son discours, il affirme avoir été élu pour représenter Pittsburgh et non Paris, tout en affirmant que le maire de Pittsburgh, Bill Peduto, continuera d’appliquer les directives de l’accord de Paris, peu importe la décision présidentielle. En janvier 2021, Joe Biden signe un décret pour réintégrer l’Accord, mais le retour de Trump au pouvoir en 2025 entraîne un nouveau retrait.

François Gemenne, politologue, souligne que ce retrait a été un tournant, entraînant un sentiment de rejet des politiques climatiques. Selon lui, l’Accord de Paris a péché en reposant sur l’impulsion des gouvernements, ne tenant pas compte de l’importance d’autres acteurs tels que les entreprises et la société civile.

C’est le moment ‘de l’homme sur la Lune’ de l’Europe.
**Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne (2019)**

En décembre 2019, Ursula von der Leyen présente le Pacte vert pour l’Europe au Parlement européen. Ce plan climatique, approuvé précédemment par les commissaires, vise à réduire les émissions de CO2 de 55 % d’ici 2030 par rapport à 1990, et à faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050. Elle souligne l’importance des marches pour le climat qui ont suscité un large soutien politique. Elle déclare : « Le Pacte vert pour l’Europe est notre nouvelle stratégie de croissance. » François Gemenne attire l’attention sur le fait que ce pacte a bénéficié d’un large consensus politique, mais qu’il est actuellement sous pression, en partie à cause de l’influence des États-Unis et de l’extrême droite européenne.

Benoît Rioux, professeur de science politique, note qu’après 2015, un changement de priorités a eu lieu chez les décideurs politiques, privilégiant les enjeux socio-économiques aux préoccupations écologiques. Il évoque également des cycles d’attention du public, avec des moments de forte mobilisation suivis de phases de déclin, remettant en question l’avenir des discussions climatiques.

Pour Gemenne, il est crucial de ne pas se focaliser uniquement sur les États-Unis et l’Union européenne, en notant les avancées d’autres pays, comme la Chine ou certains États d’Afrique. Les températures records récents sur le continent européen pourraient également relancer le débat autour du climat.