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Chine : défis des énergies vertes et paradoxe du charbon, plus grand émetteur mondial

La province du Hebei, située à environ 200 kilomètres de Pékin, a vu sa paysage se transformer au cours des dix dernières années avec l’implantation de panneaux photovoltaïques. En 2025, plus de 600 milliards de dollars devaient être investis pour les énergies « propres » en Chine, incluant divers secteurs tels que le transport et le stockage.


Depuis le centre de Pékin, il faut emprunter la route pour découvrir des paysages où se mêlent terres et reliefs, recouverts de panneaux photovoltaïques. En prenant la direction de l’ouest vers la province du Hebei, à environ 200 kilomètres de la capitale chinoise, il est possible d’apercevoir des montagnes teintées d’une couleur sombre : celle des panneaux solaires. Au cours des dix dernières années, cette région a subi de profonds changements, la révolution verte chinoise ayant progressivement envahi collines et champs.

À quelques pas du village de Nankangzhuang, nous rencontrons un groupe d’habitants qui se rassemblent régulièrement sur des bancs situés le long d’une ruelle. Ils partagent que, depuis une dizaine d’années, leur environnement a beaucoup évolué. « Avant c’étaient des champs et des terres en friche », raconte l’un d’eux. « Maintenant, partout, il y a des panneaux photovoltaïques qui produisent de l’électricité. » La ferme solaire à la sortie du village est impressionnante : des dizaines de milliers de panneaux fournissent l’électricité nécessaire à environ 25.000 foyers.

Il existe des milliers de fermes solaires comme celle-ci à travers le pays. Tout comme les éoliennes qui modifient également le paysage, ces installations symbolisent un véritable essor des énergies vertes en Chine. « En seulement trois ans, elle a plus que doublé sa capacité éolienne et solaire, bondissant de 635 gigawatts (GW) à 1408 GW en 2024. À titre de comparaison, depuis 2019, la capacité éolienne et solaire de l’Union européenne est passée de 289 à 569 GW », écrivaient des experts au moment de la COP30. Un rapport du China Electricity Council (CEC), l’association professionnelle du secteur électrique en Chine, publié en février 2026, indique que « la capacité combinée de l’énergie éolienne et solaire devrait représenter la moitié de la capacité totale de production d’électricité du pays d’ici la fin de 2026 ». Si cette prévision se confirme, cela marquera une première.

Toutefois, même si la capacité d’énergie renouvelable augmente, la question de leur intégration demeure. Selon Hélène Van Rossum de l’IDDRI, une problématique se pose : « Comment intégrer toute cette capacité d’énergie renouvelable, qui est intermittente et donc différente des énergies fossiles, sur leur réseau électrique ? » Ce défi se pose dans tous les pays avec un taux d’énergie renouvelable élevé. Cela nécessite également de rendre l’industrie encore plus dépendante des énergies vertes, mais « c’est plus difficile de faire fonctionner l’industrie avec beaucoup d’énergie renouvelable », précise-t-elle. La Chine est l’un des plus grands pays industriels au monde.

La transition énergétique de la Chine ne se résume pas seulement à des préoccupations climatiques. Hélène Van Rossum explique : « Bien sûr, dans les discours des officiels chinois, on va entendre que le climat est très important. Mais c’était surtout des préoccupations de sécurité énergétique, c’est-à-dire pouvoir produire de l’énergie là où on la consomme et ne pas être dépendant des marchés internationaux. » Ce sujet est devenu encore plus stratégique suite au blocage du Détroit d’Ormuz en raison du conflit en Iran.

En ce qui concerne la pollution de l’air, Hélène Van Rossum souligne que les décennies passées ont suscité un mécontentement grandissant parmi la population chinoise : « Dans les années 2000-2005, les centrales à charbon engendraient beaucoup de pollution au niveau local », dit-elle. Par conséquent, il était crucial de trouver des alternatives. L’énergie solaire et éolienne a émergé comme solution, notamment en raison de leur coût peu élevé : « Tant que les énergies renouvelables sont peu chères à produire pour la Chine, elle continuera à installer du solaire et de l’éolien », affirme l’experte.

La Chine se positionne également comme le premier investisseur mondial dans les technologies bas carbone, notamment grâce à des subventions massives pour l’industrie des énergies vertes. En 2025, l’Agence Internationale de l’Énergie prévoyait un investissement de plus de 600 milliards de dollars pour les énergies dites « propres », incluant le secteur du transport, du stockage, etc., contre 818 milliards de dollars en 2024.

Cependant, un paradoxe demeure : la Chine reste le premier pays émetteur de gaz à effet de serre au monde (51%), en grande partie parce qu’elle représente la principale consommatrice de charbon. En 2025, « plus de 50 grandes unités au charbon ont été mises en service, contre moins de 20 par an au cours de la décennie précédente », indique un rapport. Ces nouvelles centrales à charbon nécessitent un retour sur investissement sur une période de 20 à 30 ans. Hélène Van Rossum précise : « Pour fermer éventuellement plus tôt ces centrales à charbon, cela a un coût économique énorme. »

Les mines de charbon sont également essentielles pour l’emploi en Chine. Hélène Van Rossum note que certaines provinces, comme le Shanxi, dépendent totalement de cette industrie, qui emploie plus de 1,5 million de personnes dans le pays. Ainsi, le virage vert de la Chine est lié à de nombreux paramètres interdépendants.