Belgique

Changement climatique : les records deviennent-ils la norme ?

François Massonnet est climatologue à l’UCLouvain et a commenté le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale. Selon l’Enquête nationale 2026, seulement 1% des répondants en Wallonie et 2% au niveau belge citent le climat et l’environnement comme le problème le plus important.


François Massonnet est climatologue à l’UCLouvain. Il a été interviewé récemment pour commenter le dernier rapport de l’Organisation météorologique mondiale. Le rapport présente des résultats attendus : le climat continue de se réchauffer et il est probable que de nouveaux records de températures soient établis dans les cinq prochaines années.

« Les records sont devenus malheureusement la norme et c’est ça qui est bien préoccupant, c’est qu’on s’habitue finalement à avoir des situations exceptionnelles », déclare le scientifique.

« De tels rapports s’accumulent depuis des années, prédisant non seulement le changement à long terme, mais aussi des changements à court terme de trois à cinq ans, montrant chaque fois que nous nous dirigeons vers un monde plus chaud », ajoute-t-il.

Mais qui réagit encore adéquatement face aux enjeux du changement climatique ? Peut-on évoquer une certaine lassitude lorsque le même message se répète, tandis que d’autres événements majeurs affectent le monde et ses habitants ?

Concernant la population belge, les données récentes semblent contradictoires.

L’Enquête nationale 2026 (RTBF, VRT, De Standaard, réalisée par l’Université d’Anvers et l’ULB) indique que le climat et l’environnement sont rarement mentionnés comme les problèmes les plus importants, étant cités bien au-delà d’autres thèmes tels que l’économie, la représentation politique ou la migration. En Wallonie, seuls 1 % des répondants évoquent le climat de manière spontanée. À l’échelle belge, ce chiffre monte à 2 %.

Cette situation contraste avec une enquête récente du SPF Santé publique, publiée un mois plus tôt. Lors de cette enquête, l’environnement arrive en troisième position, après la hausse des prix et les impôts, avec 72 % des répondants se déclarant « préoccupés » ou « très préoccupés » – ce sujet incluant le changement climatique. En outre, 78 % des Belges estiment que le changement climatique doit être traité de toute urgence.

Il n’y a pas d’explication évidente à un tel contraste, si ce n’est des hypothèses concernant les méthodes d’enquête, notamment si des questions ouvertes ont été posées ou non.

Par ailleurs, l’actualité récente en France – un dôme de chaleur ayant accru les températures – a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Ce qui est un euphémisme pour décrire les insultes et menaces visant des journalistes et des scientifiques (il est essentiel de préciser, comme le souligne Sébastien Thomas dans une vidéo mise en ligne par France Info, que ces attaques peuvent être générées et coordonnées par des bots et ne doivent pas être interprétées comme représentatives de l’opinion publique).

Les sentiments de tristesse et de peur étaient en baisse en 2024, ce qui, selon le baromètre, « peut s’expliquer par une certaine adaptation émotionnelle ». « De manière similaire, la diminution des sentiments de culpabilité et de colère peut indiquer une adaptation ou une acceptation progressive de la situation, où les individus ressentent moins de responsabilité personnelle ou attribuent davantage la responsabilité aux gouvernements et aux entreprises. »

S’habituer peut être considéré comme une façon de s’adapter sur le plan émotionnel.

Or, nos émotions, nos biais cognitifs, nos idéologies, ainsi que notre fonctionnement psychologique ont un impact direct sur notre propension à agir, tant individuellement que collectivement. Cela est clairement illustré dans une vidéo québécoise (Carbone, Radio Canada).

On y apprend que pour gérer l’inconfort d’une « dissonance cognitive » (par exemple, apprécier les voyages tout en culpabilisant le fait que l’avion contribue au réchauffement), les individus peuvent changer leurs comportements ou leurs croyances, même de manière inconsciente.

Maxime Fetweis note une évolution en termes de prise de conscience et d’adaptation. S’il reste optimiste, c’est parce qu’il considère qu’une amélioration est inévitable.