
CETA : dix ans après, la Meuse ne coule plus sous les ponts.
La Wallonie a refusé de se voir imposer des tribunaux d’arbitrage permettant aux multinationales d’attaquer les États. Le traité CETA est provisoirement entré en vigueur et les entreprises wallonnes ont augmenté leurs exportations vers le Canada.
Lorsque la Wallonie rejetait le CETA…
La ratification de ce traité semble aujourd’hui quasiment certaine. Cependant, il y a dix ans, cela avait conduit à une crise majeure. Alors que l’Europe et le Canada s’apprêtaient à fêter une nouvelle étape dans le commerce mondial, la Wallonie s’opposait fermement, dans une coalition variée comprenant des altermondialistes, des agriculteurs, des syndicats, des artistes, des universitaires et divers partis politiques : PTB, Écolo dans l’opposition, ainsi que le PS et le cdH au pouvoir. La ministre canadienne du Commerce, venue pour rassurer les Wallons, était repartie en larmes, devant les caméras du monde entier. Elle a révélé par la suite avoir simulé ses larmes pour faire pression sur la Wallonie.
…avant de donner son accord.
Finalement, la pression exercée par les partenaires européens et canadiens a abouti. La Wallonie a décidé de ne plus opposer son veto au CETA, permettant ainsi son application provisoire. En retour, elle a obtenu une déclaration interprétative dont l’interprétation reste controversée. Cette décision ne doit pas occulter les débats intenses sur des questions qui étaient alors peu présentes dans le débat public.
La Wallonie refusait en particulier l’imposition de tribunaux d’arbitrage permettant aux multinationales de poursuivre les États lorsqu’elles estiment que leurs décisions portent atteinte à leurs intérêts. Cette opposition au CETA représentait un moment d’affirmation politique, proche du souverainisme, face à la dépossession démocratique engendrée par la mondialisation.
Évolution politique pour Les Engagés
Le cdH, à l’époque fermement opposé au traité — maintenant Les Engagés — a fini par le ratifier. Le MR, autrefois isolé, ne l’est plus aujourd’hui. Cette évolution montre que Les Engagés ne sont plus le cdH d’autrefois et que Namur a connu un changement de période politique. Il convient de rappeler que le traité est entré en vigueur de manière provisoire depuis lors. Les craintes d’une déferlante de bœuf aux hormones, exprimées par les agriculteurs, ne se sont pas concrétisées. De plus, les entreprises wallonnes ont vu une augmentation de leurs exportations vers le Canada.
L’opposition, quant à elle, n’est plus aussi audible. Certes, elle se dresse contre la majorité au parlement wallon. Toutefois, le PS de Paul Magnette, qui avait été un héros de l’opposition au CETA en Europe, a récemment soutenu une résolution du parlement européen appelant à ratifier le traité. Ecolo a également soutenu cette résolution, tandis que le PTB s’y est opposé.
Il est indéniable que beaucoup de choses ont changé depuis. Qui oserait aujourd’hui critiquer le Canada, l’une des rares démocraties disposant de ressources précieuses, tant en terres rares qu’en hydrocarbures, dont l’Europe a cruellement besoin pour échapper aux pressions de Donald Trump et à l’influence chinoise ? Cette question ne se posait pas il y a dix ans. Elle est devenue pertinente aujourd’hui, reléguant au second plan les problématiques, pourtant cruciales, soulevées à l’époque.
