Belgique

« Anne Verougstraete prévient : le droit à l’avortement n’est jamais acquis en Belgique »

Le délai actuel pour pratiquer une interruption volontaire de grossesse en Belgique est de 12 semaines. Anne Verougstraete a indiqué que selon un groupe d’experts, au minimum 18 semaines de délai seraient nécessaires pour pouvoir pratiquer l’IVG.


Le débat sur l’allongement du délai pour pratiquer l’avortement refait surface en Belgique. Actuellement, la législation fixe ce délai à 12 semaines. Anne Verougstraete, membre de la première génération de médecins ayant réalisé des interruptions volontaires de grossesse (IVG) dans le pays, estime que ce délai ne reflète plus les pratiques et les besoins des patientes.

« **La véritable évolution est que l’on observe que la plupart des femmes viennent de plus en plus tôt pour interrompre leur grossesse. Cependant, il y a également 400 à 500 femmes par an qui découvrent leur grossesse tardivement ou subissent un événement dans leur vie (séparation, violences…) qui les pousse à se rendre aux Pays-Bas pour obtenir un avortement** », souligne la spécialiste. En effet, la législation néerlandaise permet l’avortement jusqu’à 22 semaines, voire 24 semaines dans certains cas.

Pour Anne Verougstraete, ce voyage aux Pays-Bas pose plusieurs problèmes. « **D’abord, ce n’est pas remboursé. Elles doivent elles-mêmes payer des frais s’élevant parfois à 1500-2000 euros. Trouver cette somme prolonge souvent l’attente. Elles doivent aussi organiser leur déplacement** », déplore la gynécologue, qui parle de « marginalisation ». « **Est-ce vraiment aux Pays-Bas de résoudre nos problèmes psychosociaux ?** », s’indigne-t-elle.

Sous la législature précédente, la Vivaldi, un groupe d’experts a été mandaté pour évaluer la loi sur l’avortement. Composé de sept membres issus de diverses universités du pays, ce groupe a conclu qu’un délai minimum de 18 semaines était nécessaire pour réaliser des IVG. « **Cette conclusion a été unanime, y compris les universités catholiques étaient favorables à l’augmentation du délai** », précise-t-elle.

Rappelons que ce groupe a été créé à la demande du CD&V, alors qu’une majorité de partis soutenait l’idée d’un prolongement du délai. « **L’ironie, c’est que le jour avant la publication des conclusions de ce groupe, le CD&V a annoncé qu’il ne souhaitait pas dépasser 14 semaines** », se rappelle Anne Verougstraete.

Actuellement, le CD&V défend toujours la proposition de 14 semaines, par l’intermédiaire de sa ministre Annelies Verlinden. « **Ce n’est pas la science qui doit dicter les décisions politiques, en particulier en matière éthique** », a-t-elle déclaré sur la VRT. « **Nous choisissons 14 semaines car après ce terme, il n’est pas exclu que le fœtus puisse ressentir de la douleur, mais aussi parce que l’intervention pour interrompre la grossesse est beaucoup plus invasive, avec davantage de conséquences physiques et psychologiques pour les femmes** ».

L’argument de la sensibilité du fœtus après 14 semaines est difficile à entendre pour la gynécologue. « **Les spécialistes du développement du cerveau affirment qu’à 14-15 semaines, les connexions nerveuses nécessaires à la perception de la douleur ne sont pas encore établies** », explique-t-elle. « **De plus, il faut noter qu’après 14 semaines, les patientes sont sous anesthésie générale, donc le fœtus l’est aussi. Ce problème n’existe donc pas vraiment** ».

En ce qui concerne la complexité de l’intervention, elle souligne que ces femmes se rendent déjà aux Pays-Bas, donc l’opération a déjà lieu. « **Je rappelle qu’il s’agit d’un petit groupe de femmes, entre 400 et 500 sur 20.000 IVG pratiquées chaque année** », ajoute-t-elle. D’où sa proposition de créer trois centres spécialisés : un en Flandre, un en Wallonie et un à Bruxelles. « **Il suffit d’un petit nombre de médecins volontaires pour se former** ».

Le projet de la ministre Verlinden prévoit également un délai plus long, allant jusqu’à 18 semaines de grossesse, pour les femmes victimes de viol. « **Nous sommes ravis que les femmes victimes de viol puissent avorter jusqu’à 18 semaines, mais qu’en est-il des autres ?** », s’interroge Anne Verougstraete. « **Elles ont également des raisons tout aussi légitimes de pouvoir interrompre une grossesse après 14 semaines. Il y a des violences conjugales, des parcours de violence qui se développent durant la grossesse…** ».

Un autre enjeu de cette loi concerne le délai de réflexion obligatoire. Actuellement, les femmes souhaitant réaliser une IVG doivent respecter un délai de six jours pour y réfléchir. La ministre propose de le réduire à deux jours. Cependant, selon le groupe d’experts, ce délai de réflexion ne devrait pas figurer dans la législation : « **Cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de délai de réflexion, mais qu’il faut faire confiance aux femmes et aux praticiens pour déterminer le temps dont elles ont besoin. Inscrire un délai dans la loi traduit une méfiance des politiques envers les femmes et les praticiens** ».

Globalement, pour Anne Verougstraete, « **il faudra toujours rester vigilant pour défendre le droit à l’avortement**. Nous constatons que certains pays comme la Pologne ont restreint ce droit presque totalement. Même en Belgique, ce droit n’est jamais acquis** », conclut-elle.