Belgique

Aide alimentaire en Belgique : colis vitaux contre la précarité historique

Andrei, un immigré roumain sans emploi et père de sept enfants, attend son tour pour la distribution hebdomadaire des colis alimentaires aux Restos du Coeur de Laeken. Selon une étude de la Fédération des Services Sociaux, le nombre de bénéficiaires d’aide alimentaire a presque doublé en 10 ans et a été multiplié par près de quatre en 30 ans, atteignant + 251%.


Adossé contre le mur avec son caddie à la main, Andrei* attend son tour dans le hangar des Restos du Coeur de Laeken, où se déroule la distribution hebdomadaire de colis alimentaires. Cet immigré roumain, sans emploi et père de sept enfants, fréquente cet endroit depuis quelques mois. « Tout a augmenté, la nourriture, le carburant, le gaz, l’électricité, le loyer. C’est énorme« , raconte-t-il avec un français hésitant.

À ses côtés, Rachid*, retraité de 84 ans, est venu seulement depuis un an. Avec sa « petite » pension de 1400 euros par mois, il peine à boucler ses fins de mois : « Les colis m’aident un petit peu« .

Un peu plus loin, Oleksand*, jeune Ukrainien de 22 ans arrivé en Belgique en décembre 2025 avec sa mère et sa sœur, fait la queue chaque mercredi. « C’est difficile d’acheter de la nourriture en ce moment. Ici, c’est bien moins cher que dans les magasins, donc ces colis sont vitaux pour ma famille« . Pour un forfait de 2 euros par personne, il repart avec une cagette de légumes, de fruits frais, de pain et d’autres denrées.

Oleksand, Andrei et Rachid ne sont pas les seuls à faire la queue pour obtenir des colis alimentaires en Belgique.

Une étude inédite de la Fédération des Services Sociaux (FdSS) révèle que le nombre de bénéficiaires d’aide alimentaire a presque doublé en 10 ans et a été multiplié par près de quatre en 30 ans (+ 251%). Pendant ce temps, la population belge n’a augmenté que de 16% au cours des trois dernières décennies. Cela indique qu’une part significative de la population a commencé à recourir à l’aide alimentaire depuis la fin des années 90, avec plusieurs centaines de milliers de personnes touchées.

Cette aide peut se décliner sous plusieurs formes : colis alimentaires, restaurants sociaux, épiceries sociales, repas fournis dans un abri de jour ou de nuit, aide informelle ou aide financière, qui facilite indirectement les achats alimentaires.

Cette précarité affecte de nombreuses familles, en particulier en Wallonie et à Bruxelles, comme le montrent les chiffres de la FdSS. « On retrouve la même distinction entre Régions qu’on pourrait voir sur d’autres indicateurs socio-économiques : la précarité est un peu moins marquée en Flandre, bien que cette dernière ne soit pas épargnée par l’augmentation. Cette précarité est plus avancée dans des régions comme la Wallonie et Bruxelles« , explique Antoine Haray, l’un des auteurs de l’étude.

Ainsi, sur 1000 Flamands, 35 ont déjà eu recours à une distribution alimentaire au cours de l’année passée, contre 64 Wallons et 73 Bruxellois.

Les acteurs du terrain sont préoccupés par la diminution des dons – en particulier à cause de la concurrence d’applications comme ToGoodToGo – et par la baisse des ressources financières. Stéphanie Miraglia, responsable de l’aide alimentaire à la Croix-Rouge de Belgique, note une hausse de 30% des bénéficiaires pour 2026, surtout depuis mars, principalement en province de Liège. Pour compenser, elle se voit contrainte de réduire le volume des paniers : « Ils contiennent 8 repas au lieu de 10, avec moins de protéines qu’avant« .

Le budget fédéral pour l’aide alimentaire a également chuté, passant de 27 à 15,5 millions entre 2025 et 2026. Le cabinet de la ministre de l’Intégration sociale, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), précise que « ce montant de 15,5 millions comprend 10,1 millions d’euros dans le cadre du programme officiel FSE +, dont 8,9 millions d’euros proviennent de fonds européens et 1,2 million d’euros d’un cofinancement fédéral. De plus, le gouvernement fédéral prévoit un financement supplémentaire de 5,4 millions d’euros« . Cependant, le montant supplémentaire exceptionnel de 23 millions d’euros accordé en 2023 et 2024 ne sera pas renouvelé en 2025.

La ministre souligne que l’aide alimentaire est principalement une compétence des gouvernements des entités fédérées et insiste sur le fait qu’il n’est pas question que les banques alimentaires rencontrent des difficultés financières.

Selon les données fournies par la Fédération des Services Sociaux, 80% des 561.703 bénéficiaires d’aide alimentaire sont pris en charge par les grandes structures. Les petites organisations, qui comptent moins de 400 bénéficiaires, n’en représentent que 20%, un chiffre probablement sous-estimé en raison du manque d’outils de comptage et de ressources. Les auteurs de l’étude concluent ainsi que « le besoin d’aide en matière d’alimentation est certainement plus grand que ce que nous pouvons effectivement compter« .

*Le prénom a été modifié.*