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Agents IA, nouveaux PC et puces : Nvidia présente l’ordinateur futur.

Nvidia a présenté le 1er juin sa puce RTX Spark pour ordinateurs portables Windows lors du salon Computex à Taïwan, marquant ainsi son entrée sur le marché des processeurs. Les premières machines équipées de ces puces devraient être commercialisées à partir d’octobre 2026.


« Il s’agit de la première gamme de PC entièrement repensée et réinventée depuis 40 ans. Microsoft et Nvidia vont réinventer le PC. » C’est ainsi que Jensen Huang, le dirigeant de Nvidia, a présenté lundi sa nouvelle génération de processeurs pour ordinateurs portables Windows, lors du salon Computex à Taïwan.

Nommée RTX Spark, cette puce vise à défier l’hégémonie d’Intel et à faciliter la transition vers l’intelligence artificielle. Elle est décrite comme une avancée significative, « aussi importante que la transformation du téléphone en smartphone », selon son créateur.

Cette nouvelle génération repose sur l’architecture Grace Blackwell, combinant dans une seule unité les capacités de calcul classiques et de l’intelligence artificielle. L’objectif est de permettre aux futurs PC d’exécuter localement des agents IA pouvant soutenir les utilisateurs sans dépendre du cloud.

« Les équipes de Microsoft et de Nvidia ont méticuleusement tout optimisé pour que cet ordinateur puisse littéralement faire tourner tout ce que le monde a jamais créé », déclare Jensen Huang. « Si vous voulez faire de la biologie numérique, du traitement sismique ou de l’astrophysique, pas de problème », ajoute-t-il.

### Evolution réelle ou effet d’annonce ?

Nadir Ajnay, expert en technologies chez RTBF iXPé, évoque l’entrée remarquée de Nvidia, traditionnellement spécialisée dans les cartes graphiques, sur le marché des processeurs.

Les processeurs pour ordinateurs personnels ont historiquement reposé sur l’architecture x86 contrôlée par Intel et AMD, une base technologique établie depuis plus de 40 ans et qui reste prédominante aujourd’hui dans la majorité des PC sous Windows.

Cependant, ces dernières années, l’architecture ARM, lancée par Acorn Computers dans les années 80, a gagné en popularité. Apple a récemment redynamisé cette architecture avec ses puces M, intégrant CPU et composants graphiques dans un ensemble unifié et améliorant l’efficacité énergétique. « On a eu une révolution, notamment sur la gestion de la batterie, avec des performances équivalentes sur secteur et sur batterie », rappelle Ajnay.

De son côté, Qualcomm a introduit des puces ARM pour ordinateurs portables dans l’écosystème Windows, contribuant à diversifier le marché.

Nvidia se lance maintenant sur ce créneau avec une approche similaire à celle d’Apple, en proposant une puce APU qui combine CPU et GPU. « On a quelque chose qui réunit le compute et les graphismes dans une seule unité », confirme Ajnay.

L’intérêt principal de cette architecture réside dans la mutualisation des ressources. « C’est aussi la logique d’Apple avec la mémoire unifiée : le processeur et la carte graphique partagent la même mémoire, ce qui accélère les échanges car ils communiquent via un circuit ultra-rapide commun », détaille-t-il.

### Les agents IA en ligne de mire

C’est inédit pour Nvidia de s’immerger aussi directement sur le marché des PC grand public. Pourquoi maintenant ? Parce que 2026 est annoncée par l’industrie tech comme l’année des agents d’intelligence artificielle, marquant une avancée dans le développement de l’IA. « Cette année, tout est agent IA. L’année dernière, on disait que ça allait arriver. Cette fois-ci, c’est fait », résume Nadir Ajnay.

Loin d’être de simples assistants comme ChatGPT, les agents d’intelligence artificielle sont désormais capables d’agir directement dans des logiciels pour le compte de l’utilisateur. Ils peuvent automatiser des tâches dans Excel, analyser des ensembles de données ou encore piloter des logiciels comme Photoshop avec des instructions textuelles simples.

Cette évolution pose un défi technique majeur : exécuter ces agents IA localement sur des machines personnelles, sans recourir systématiquement au cloud. Cela reste cependant très gourmand en ressources, tant en puissance de calcul qu’en consommation énergétique.

« L’Agentic AI, cette fois-ci, ça change tout : quand on a un CPU et un GPU intégré et jusqu’à un million de tokens qu’on peut utiliser directement sur son laptop, c’est un autre monde », explique Ajnay.

Après avoir dominé le secteur de l’intelligence artificielle dans les centres de données, Nvidia cherche à s’étendre à toute la chaîne, du cloud aux PC individuels.

Pour l’expert, la stratégie de Nvidia est claire : « Vous voulez faire de l’IA dans le cloud ? Achetez nos puces. Vous voulez faire de l’IA sur votre PC ? Achetez nos puces. Vous voulez faire du confidential computing dans des data centers européens ? Achetez nos puces. Ils se positionnent partout. »

Néanmoins, il reste à déterminer qui profitera réellement de cette transition et de ces nouveaux outils. Dans un premier temps, il ne s’agit pas nécessairement du grand public, mais plutôt des développeurs et des entreprises élaborant leurs propres outils ou agents d’intelligence artificielle.

« A terme, monsieur et madame tout le monde pourront lancer leur propre IA sur leur ordinateur portable, créer leur agent, et l’utiliser comme ils le souhaitent. Et cela est intéressant pour toute l’industrie : les fabricants vendront des PC, Microsoft intégrera toujours plus d’IA dans Windows, et Nvidia continuera à vendre ses puces », analyse Ajnay.

### Relancer le marché du PC

Cette annonce est accueillie avec enthousiasme par l’industrie du PC, à la recherche d’un nouveau moteur de croissance. Après des années d’améliorations progressives dans le secteur des ordinateurs portables, les gains de performances peinent à convaincre les consommateurs de renouveler leur équipement.

« Microsoft est très content que Nvidia s’immisce dans les PC IA, car cela va permettre d’avoir un nouveau souffle », observe Nadir Ajnay. Lors du Computex, il a remarqué un optimisme similaire parmi les fabricants. « Acer, Asus, tous me disent que c’est un marché saturé, mature. Et pour la première fois, il y a un nouveau souffle », affirme-t-il.

L’enthousiasme semble tel que l’ensemble de l’écosystème taïwanais s’est rapidement mobilisé autour de cette nouvelle génération de machines. « Tous les fabricants de laptops se disent prêts pour octobre », souligne-t-il. Une rapidité habituellement rare dans une industrie où le développement de nouveaux produits nécessite des cycles de recherche et développement longs. « Ils veulent aller à fond pour relancer un peu le marché du PC », résume l’expert.

### Vers une domination du marché ?

L’annonce soulève également la question de savoir si Nvidia devient incontournable dans chaque étape de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui, Nvidia est l’entreprise la plus valorisée en bourse au monde, avec une capitalisation dépassant les 5000 milliards de dollars. Alors que les gouvernements et entreprises investissent des centaines de milliards dans les infrastructures IA, Nvidia fournit déjà la majorité des puces utilisées dans les centres de données pour les modèles d’intelligence artificielle.

Avec RTX Spark, Nvidia adopte un modèle intégré « à la Apple », capable de gérer tous les composants clés d’une machine. Une stratégie qui inquiète certains. « Nvidia contourne maintenant la chaîne d’approvisionnement traditionnelle des PC pour construire un monopole matériel de bout en bout », estime Stephen Wu, ancien ingénieur IA et fondateur de Carthage Capital. Selon lui, « Intel et AMD sont les victimes immédiates » de cette évolution.

Pour Nadir Ajnay, la réalité est cependant plus complexe. « On pourrait effectivement parler d’un monopole technique », dit-il, « Aujourd’hui, Nvidia maîtrise le réseau, les GPU, l’IA, les CPU… »

Mais l’expert rappelle que la société reste profondément dépendante de ses partenaires industriels. « Nvidia n’est rien sans ses partenaires, et les partenaires ne sont rien sans Nvidia », résume-t-il. À Taïwan, où se concentre une part essentielle de la chaîne mondiale des semi-conducteurs, il constate une écosystème basé sur des collaborations plutôt que sur une logique de concurrence.

La frontière entre concurrence et partenariat semble d’ailleurs de plus en plus floue. « Il y a déjà des rumeurs concernant des puces combinant un processeur Intel et un GPU Nvidia. Aujourd’hui concurrents, ils pourraient très bien redevenir partenaires demain », souligne-t-il.

Pour lui, l’arrivée de Nvidia sur ce marché pourrait même avoir un effet positif pour le secteur. « Cela va créer davantage de concurrence. Et la concurrence permet généralement d’élever le niveau. » Il cite Apple : « L’arrivée des puces M a poussé les acteurs Windows à accélérer leurs propres innovations. On a eu la réponse de Windows, et depuis lors, Dieu merci, on a du Windows qui tient la batterie. »

### Des promesses encore à confirmer

Les premières machines équipées des puces RTX Spark de Nvidia devraient être disponibles à partir d’octobre 2026. Il reste cependant difficile d’évaluer concrètement les performances de cette nouvelle génération de PC IA.

Malgré les déclarations frappantes de Jensen Huang, Nvidia n’a pour l’instant fourni ni résultats de benchmarks ni comparaisons détaillées avec la concurrence. « On a vu beaucoup d’annonces, mais Nvidia a toujours refusé de donner les chiffres », souligne Nadir Ajnay.

Aucun prix n’a été annoncé. Pour l’expert, les promesses affichées doivent donc être prises avec précaution. « C’est très prometteur, mais tant que je ne l’ai pas vu, je n’y croirai pas. Ce ne sera probablement pas aussi incroyable que ce qui a été présenté. Je préfère rester prudent », conclut-il.