
Abdullah Öcalan, figure historique kurde, prône la paix tout en restant détenu
Abdullah Öcalan, figure emblématique du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a marqué un tournant décisif dans son parcours en renonçant à la lutte armée, près de 25 ans après son arrestation. Reconnaissant une « impasse » après quatre décennies de conflits ayant causé la mort de 50 000 personnes, il a déclaré en 2025, depuis sa prison située près d’Istanbul : « Je crois au pouvoir de la politique et de la paix sociale et non des armes ». À 77 ans, il appelle ses partisans à embrasser cette nouvelle voie.
Malgré son isolement, Öcalan, surnommé affectueusement « Apo » par ses soutiens, demeure une figure centrale de la cause kurde, tant en Turquie qu’à l’international. Ses commandants ont récemment exprimé leur souhait de le voir libéré et de participer activement aux négociations de paix, qui ont conduit à l’adoption d’une nouvelle loi facilitant la réintégration des anciens combattants du PKK.
En février 2025, Öcalan a fait un appel significatif à la dissolution du PKK, une initiative qui a été bien accueillie par un proche allié du président Recep Tayyip Erdogan. Ce geste a été suivi, en mai de la même année, par une réponse positive des commandants du PKK, qui, installés dans les montagnes du nord de l’Irak, ont procédé à un premier dépôt d’armes symbolique durant l’été.
Né le 4 avril 1949 à Ömerli, près de la frontière syrienne, Abdullah Öcalan a été attiré par l’extrême gauche durant ses études en sciences politiques à Ankara. En 1978, il fonde le PKK, qui prône un marxisme-léninisme militant. Après le coup d’État militaire de 1980 en Turquie, il se voit contraint à l’exil en Syrie, puis au Liban. Le PKK vise alors à établir un État kurde, représentant environ 20 % de la population turque. Cependant, la réponse d’Ankara est brutale, entraînant une répression sévère et des violences massives.
Après avoir été contraint de quitter la Syrie en 1998, Öcalan est capturé au Kenya par les services secrets turcs. Ramené en Turquie, il est condamné à mort, peine qui sera commuée en détention à perpétuité suite à l’abolition de la peine capitale en 2002.
Ankara pensait avoir affaibli le PKK en arrêtant son leader, mais sa détention a paradoxalement renforcé son statut auprès de ses partisans. Hamit Bozarslan, directeur d’études à l’EHESS, souligne qu’Öcalan reste « l’acteur de référence » et incarne la cause kurde dans son ensemble. Dans les années 2000, il a encouragé le mouvement à abandonner l’idée d’un État indépendant au profit d’une autonomie au sein de la Turquie.
Après une escalade de violence en 2015, Öcalan, fatigué par un conflit sans issue, a exprimé son souhait d’un processus de paix. Depuis fin 2024, il reçoit régulièrement des délégations du parti pro-kurde DEM dans sa prison. Lors d’une récente rencontre, il a transmis un message optimiste sur l’avenir du PKK, affirmant que nous sommes au début d’un processus de démocratisation aussi crucial que la fondation de la République turque en 1923. Bien qu’il reste en prison, il ne réclame pas sa libération, conscient des dangers qui l’attendent à l’extérieur.
