Algérie

Importations suspectes en Algérie : l’IA révèle des documents « identiques » chez 1000 opérateurs

Une analyse approfondie des dossiers de 1 013 opérateurs économiques a mis en lumière l’utilisation de documents identiques dans le cadre des programmes prévisionnels d’importation de matières premières et d’équipements. Cette découverte a conduit le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations à convoquer les professionnels concernés pour qu’ils présentent leurs pièces originales, avant d’envisager d’éventuelles poursuites judiciaires.

Le ministère a précisé que grâce à un système d’analyse et de recoupement automatisé, renforcé par l’intelligence artificielle, des anomalies qualifiées de « suspectes et hors normes » ont été détectées. Ces incohérences concernent des pièces officielles qui devraient être uniques à chaque entreprise. Néanmoins, la détection de ces doublons ne signifie pas une condamnation immédiate. Il s’agit d’indicateurs qui déclenchent une enquête approfondie, au cours de laquelle les opérateurs devront fournir leurs justificatifs originaux pour prouver la véracité de leurs dossiers.

L’analyse des données a révélé que près de 78,5 % des anomalies se concentrent sur trois documents clés. En effet, 278 opérateurs ont soumis une déclaration de salariés à la CNAS identique, représentant 27,4 % des dossiers signalés. De plus, 277 opérateurs ont utilisé la même attestation d’affiliation à la CASNOS (27,3 %), tandis que 240 dossiers présentaient un extrait de rôle fiscal similaire (23,7 %). Ces documents sont essentiels pour évaluer l’activité réelle d’une entreprise et sa conformité vis-à-vis du fisc et des organismes de sécurité sociale.

D’autres anomalies ont également été identifiées, comme 60 dossiers partageant un bilan comptable identique et 56 dossiers enregistrés sous le même Numéro d’Identification Fiscale (NIF). L’enquête a également mis en lumière 38 opérateurs ayant soumis une liste identique de marchandises éligibles aux avantages de l’Agence Algérienne de Promotion de l’Investissement (AAPI), ainsi que 25 opérateurs présentant la même attestation d’enregistrement auprès de cette agence. Enfin, 25 dossiers partageaient le même relevé d’identité bancaire (RIB) et 14 cas impliquaient des documents identiques relatifs au programme complémentaire de l’entreprise.

Les autorités ont commencé à convoquer les opérateurs concernés pour confronter les données numérisées aux pièces originales. Bien que certaines correspondances puissent être dues à des erreurs d’attribution, ces hypothèses ne justifient pas l’ensemble des doublons constatés. L’audit devra ainsi déterminer si ces anomalies relèvent d’erreurs administratives ou d’une utilisation frauduleuse de documents. Le ministère a rappelé que le partage de données officielles entre plusieurs entités constitue une grave anomalie, et des procédures légales seront engagées contre les fraudeurs avérés.

Les vérifications se concentrent principalement sur les programmes prévisionnels d’importation, qui sont cruciaux pour aligner les besoins des entreprises avec leurs capacités de production. L’introduction de fausses données vise souvent à surévaluer les besoins ou à obtenir des indulgences réglementaires pour des acteurs dont l’activité réelle ne justifie pas de tels volumes.

Cette opération représente un tournant dans les méthodes de contrôle du commerce extérieur. En croisant les flux du commerce avec les données fiscales, sociales, bancaires et d’investissement, l’administration peut désormais évaluer instantanément la cohérence d’une demande d’importation par rapport aux effectifs et au chiffre d’affaires de l’entreprise. Ce changement méthodologique permet un contrôle global des informations plutôt qu’une vérification document par document.

Cependant, l’administration insiste sur le fait que les sanctions juridiques dépendront des enquêtes humaines et de l’examen des pièces originales. L’intelligence artificielle n’est qu’un outil d’alerte et d’orientation. Les conclusions des investigations détermineront la part d’erreurs techniques et de fraudes avérées, ainsi que les sanctions administratives et judiciaires qui en découleront.