France – Irak : Barbecue et prix abordables, Philadelphie défie la FIFA
Didier Deschamps a autorisé les joueurs de l’équipe de France à avoir quartier libre dans Boston, mais cela ne s’est pas reproduit à Philadelphie où ils ne pourront découvrir que le Lincoln Financial Field, Penn State et le Sofitel. La ville de Philadelphie a décidé de rendre accessible la Coupe du monde à ses habitants et aux fans en gardant les prix les plus abordables possibles, par exemple, le prix du billet de train pour aller au stade reste à 2,90 dollars.
De notre envoyé spécial à Philadelphie,
Didier Deschamps a laissé ses joueurs de l’équipe de France à leur liberté mercredi à Boston, mais la situation sera différente à Philadelphie, où les Bleus sont arrivés dimanche. Avant de jouer contre l’Irak ce lundi au Lincoln Financial Field, Kylian Mbappé et ses coéquipiers n’auront eu l’occasion de connaître de la Pennsylvanie que ce stade, Penn State (où ils s’entraînent) et le Sofitel situé au centre-ville.
C’est regrettable, car parmi toutes les villes hôtes de la Coupe du monde cet été aux États-Unis, Philadelphie se distingue des grandes villes côtières comme Boston et New York. « L’approche adoptée par Philadelphie est en réalité très alignée avec notre identité en tant que ville, nous confie Anne Ryan, secrétaire adjointe au Tourisme de Pennsylvanie. Nos valeurs reposent sur l’équité et l’inclusion, et il était impensable d’en faire abstraction pendant cette Coupe du monde. »
Alors que Boston et New York ont décidé d’augmenter significativement les tarifs des billets de train pour se rendre au stade, et que le coût des logements est (très) élevé, Philadelphie a opté pour rendre le Mondial accessible à ses résidents et aux supporters venus du monde entier. « La FIFA fixe les prix des billets, nous ne pouvons rien y changer, donc nous avons décidé, dans notre sphère de contrôle, de maintenir les prix aussi abordables que possible », déclare Anne Ryan.
Des transports gratuits après les matchs
Une zone de festivités a été mise en place pour toute la durée de la Coupe du monde, ce qui n’est pas le cas dans d’autres villes, et les prix à l’intérieur n’ont pas suivi l’inflation démesurée constatée ailleurs. « Vous pourrez vous restaurer pour quelques dollars, ajoute Ryan. Nous avons également des stations d’eau gratuites. Je sais que cela semble minime, mais ailleurs, vous pouvez débourser entre 5 et 7 dollars juste pour une bouteille d’eau. »
Plus intéressant encore, le prix du billet de train pour aller au stade, situé en centre-ville, reste fixé à 2,90 dollars (2,50 euros), et la ville a réussi à établir un partenariat avec Airbnb pour que la ligne B (Broad Street) du réseau Septa soit gratuite après les matchs. « La ville possède un système de transports souvent critiqué, nous explique Julien, directeur marketing vivant à Philadelphie depuis sept ans. C’est aussi une façon pour elle d’améliorer son image. Mais cela s’inscrit dans la volonté de cette ville de se démarquer. »
Le Français, qui sera au Lincoln Financial Fields pour soutenir les Bleus, se remémore la position de la maire de la ville, Cherelle Parker, qui s’est engagée personnellement contre ICE, la redoutable police de l’immigration de Donald Trump, en signant le 7 mai dernier six décrets interdisant leur présence dans la ville. « À Philadelphie, nous ferons tout pour protéger nos voisins », avait-elle affirmé.
La ville a même fait plier la FIFA
« Cette ville aime bien se confronter et adopter des positions différentes, insiste notre amateur de cuisses de grenouilles. Je ne suis pas du tout surpris qu’ils aient pris cette direction également pour la Coupe du monde, afin de la rendre accessible au plus grand nombre. » Lorsque des rumeurs d’interdiction du tailgating par la FIFA ont circulé, c’est toute une population qui s’est mobilisée.
Cette tradition américaine, qui consiste à sortir son barbecue et une multitude de mets sur le parking du stade avant les matchs, est profondément enracinée à Philadelphie. Il était inacceptable d’y renoncer. « Les gens, même ceux qui n’ont pas de billets pour le match, arrivent trois ou quatre heures avant, grillent des saucisses, des burgers, boivent de la bière et après se dirigent vers le stade, raconte Romain, DJ français installé en Pennsylvanie depuis treize ans. C’est impensable de l’interdire ici. »

« La culture du tailgating est tellement importante, ajoute Julien. C’est un aspect fondamental de la ville, et je ne suis pas du tout surpris qu’ils aient fait cette remarque. Plus que dans d’autres endroits. » Alors que la FIFA a finalement autorisé le tailgating, avec plusieurs restrictions, certaines villes hôtes, comme New York ou Seattle, ont choisi de s’en passer. Ce n’est pas le cas de Philadelphie.
Un « Bastille Day » à Philadelphie
Pendant la Coupe du monde, la ville de Rocky prévoit d’accueillir environ 700.000 visiteurs, dont de nombreux Français. « Nous n’aurions pas gagné la guerre d’indépendance il y a deux cent cinquante ans sans la France, sourit Anne Ryan. Il existe un lien spécial entre Philadelphie et les Français, qui se sentiront chez eux.
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Après plusieurs années d’interruption, la ville pourrait même organiser un nouveau « Bastille Day » le 14 juillet. Jusqu’en 2018, cet événement se tenait devant l’ancienne prison d’Eastern State Penitentiary. « On m’a contacté pour en faire partie, assure Romain, mais cette fois, ce sera dans un autre quartier. C’est une belle fête avec des spectacles, où les habitants de Philadelphie se mêlent aux Français. » Il n’est donc pas surprenant que l’union entre ces deux peuples contestataires soit si harmonieuse.
