Sexisme et conciliation vie privée/professionnelle : défis des élues en Wallonie
L’étude 2026 menée par le Réseau des élues locales en Wallonie a vu la participation de 700 élues locales, dont 27 femmes bourgmestres sur les 61 que compte la Wallonie. Selon l’enquête, 82,3% des élues locales ayant participé ont ressenti un sentiment d’isolement au moins occasionnellement.
Cette enquête a été récemment réalisée au sein du Réseau des élues locales en Wallonie, lancé en février dernier par l’Union des Villes et Communes de Wallonie pour « briser l’isolement, partager les bonnes pratiques et renforcer l’impact des élues locales ». L’enquête « le Blues des élus » de 2023 avait souligné un certain nombre de difficultés rencontrées par les femmes actives en politique locale : charge mentale accrue, difficultés de concilier vie privée et vie professionnelle, exposition aux violences et un sentiment d’isolement.
L’étude 2026 menée par le Réseau des élues locales en Wallonie précise cette situation.
700 élues locales y ont participé, dont 27 femmes bourgmestres sur les 61 que compte la Wallonie, 144 échevines sur les 458 échevines wallonnes et presque la moitié des 153 présidentes de CPAS. On constate également une forte participation des conseillères communales. Plus de 45 % des élues locales ayant participé à l’enquête ont commencé leur mandat après les élections de 2024.
Les défis du quotidien
Lorsqu’on leur demande quels sont les poids du quotidien qu’elles associent à leur fonction d’élue locale, le premier défi souligné par ces femmes, à 58,3 %, est la charge de travail et la disponibilité.
Le deuxième défi, pour 48,6 % d’entre elles, est la conciliation de la vie privée et de la vie professionnelle. « Je suis maman solo aussi, donc être élue locale, être mandataire au niveau local, c’est aussi beaucoup de temps, beaucoup d’investissements, beaucoup d’heures de travail qui ne sont pas toujours compatibles avec une vie de famille. Et donc c’est cette gestion entre vie privée et vie politique qui est parfois très compliquée », explique Aurore Goyens (Les Engagés), échevine à Wavre.
En troisième position, 45,4 % des élues locales soulignent la compréhension des matières. Un autre défi auquel les élues se disent confrontées, à 34,7 %, concerne la crédibilité et la légitimité. « J’ai l’impression qu’on doit toujours faire plus nos preuves qu’un homme. Parce qu’on est une femme, on doit deux fois plus montrer qu’on est capable, qu’on peut assumer une charge politique et qu’on est là pour faire le job. On va nous poser des questions qui ne sont pas du tout les mêmes qu’on poserait à un homme. Et donc, on ne nous met pas déjà dès le départ sur un pied d’égalité », estime Gaëlle Denys (PS), Présidente du CPAS de Verviers.
Parmi les défis mentionnés figurent également la relation au collège ou au conseil communal (34,7 %), l’exposition médiatique, y compris sur les réseaux sociaux (22,7 %), la gestion de conflits (23 %) et le manque d’appui administratif (22,6 %).
Sexisme, isolement et autocensure
Bien que 63,75 % des élues ayant répondu à l’enquête affirment n’avoir jamais été confrontées à des comportements sexistes, plus d’une sur trois (34,29 %) en ont déjà été victimes, tandis que 1,96 % ont choisi de ne pas répondre à cette question. « Les remarques sexistes sont finalement trop courantes dans l’exercice de la fonction et du mandat. Ce sont des remarques qui, de prime abord, semblent bienveillantes, mais qui renvoient toujours au physique, à la tenue vestimentaire », explique Kyriaki Michelis, échevine à Wavre et élue depuis 2012.
Concernant les remarques sexistes, Gaëlle Denys (PS), Présidente du CPAS de Verviers, évoque un phénomène de banalisation. « Je pense qu’il y a une banalisation. En fait, on ne se rend plus compte parfois que telle remarque est sexiste. Et c’est quand on se dit ‘tiens, est-ce qu’on aurait fait cette remarque à un homme ?’ que là, on se rend compte qu’en fait, oui, il y a du sexisme derrière », explique-t-elle.
D’après l’enquête de l’Union des villes et communes, les formes les plus courantes de comportements sexistes sont la mise en doute des compétences et de la légitimité (75,33 %).
41,1 % des élues locales ayant participé à l’enquête ont également déjà renoncé à prendre la parole. « Je me sens toujours assez déstabilisée parce que je sais qu’il y a un jugement qui est là. Il y a dans le chef des femmes mandataires deux fois, trois fois plus de travail à fournir pour être légitime dans la prise de parole », confie Kyriaki Michelis (PS), échevine à Wavre.
82,3 % des élues locales ayant participé à l’enquête expliquent avoir ressenti un sentiment d’isolement au moins occasionnellement. « Quelques fois, c’est vrai qu’on peut se sentir un petit peu désarçonnée, mais je pense qu’il y a vraiment une sororité aussi au sein des femmes au niveau du conseil. Moi, je le ressens en tout cas vraiment qu’on essaye de se soutenir les unes les autres. On parle parfois en dehors des réunions pour essayer de trouver des solutions ensemble », confie Virginie Stevens (MR), conseillère communale à Incourt.
Elue et congé de maternité : pas simple
À la tête du CPAS de Verviers, Gaëlle Denys (PS) évoque une autre difficulté. Elle est récemment devenue maman et est actuellement en congé de maternité. Cependant, elle ne perçoit aucune rémunération. « C’est une grosse lacune dans la loi qui n’a pas été prévue au niveau des mandataires locaux », explique-t-elle. « En congé de maladie, une élue continue de percevoir son salaire, mais une grossesse n’est pas une maladie. Et c’est vrai, je suis d’accord que ce n’est pas une maladie », précise Gaëlle Denys. « On peut prendre jusqu’à 20 semaines de congé de maternité, mais il n’y a pas de rémunération prévue, que ce soit par le CPAS qui ici me paye, la commune ou encore les mutuelles. On est vraiment dans un vide juridique », déplore-t-elle, voyant cela comme un frein pour les femmes qui voudraient se lancer en politique. Cette difficulté avait déjà été signalée par d’autres élues en février dernier.
De plus en plus de femmes actives en politique
Malgré ces difficultés, le nombre de femmes en politique continue d’augmenter. Il y a plus de 30 ans, en 1994, les femmes représentaient 9,4 % des conseils communaux de Wallonie. Depuis 2024, 40,6 % des conseillers communaux sont des conseillères communales.
Certes, les changements apportés à la législation qui imposent une alternance entre hommes et femmes sur les listes électorales ont conduit, de manière mécanique, à une représentation (quasi) paritaire au sein des conseils communaux, même si des disparités demeurent selon les communes ou les groupes politiques. « Dans notre groupe politique, sur les trois groupes politiques représentés à Waremme, nous sommes le seul groupe où il y a autant de femmes que d’hommes qui ont été élues. Dans notre groupe politique, cela se passe vraiment très bien, toutes les femmes ont leur mot à dire et nous sommes vraiment en égalité parfaite », note Alice Collard (MR), échevine à Waremme. Elle y voit « un signe que cela évolue ».
En revanche, bien que la part de femmes dans les fonctions exécutives augmente, elle ne rivalise pas encore suffisamment avec celle des hommes. En 1994, 5 % des bourgmestres de Wallonie étaient des femmes. En 2024, un peu plus d’un bourgmestre sur cinq (22,5 %) est une femme. « Par exemple, à la zone de police, nous sommes neuf communes et je suis la seule femme, la seule femme bourgmestre dans les neuf. Et à la zone de secours, nous sommes treize communes et je suis également la seule femme bourgmestre », explique Geneviève Bernard-Rolans (MR), bourgmestre de Donceel, en Hesbaye liégeoise.
