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Coupe du monde 2026 : « Ils ne sont plus aussi visibles » à Los Angeles

A quelques heures de la rencontre entre l’Iran et La Nouvelle-Zélande à Los Angeles, une patrouille d’une heure est menée par des membres de l’Union del Barrio pour traquer les agents de l’ICE. Les membres de l’UDB affirment que l’ambiance a changé, l’ICE étant devenu « beaucoup plus discret » et opérant surtout à l’aube.

De notre envoyé spécial à Los Angeles,

À quelques heures de la rencontre entre l’Iran et la Nouvelle-Zélande à Los Angeles, en début de semaine, un autre match se déroule à quelques centaines de mètres du Mac Arthur Park, dans le quartier de Westlake. Il s’agit d’un jeu de chat et de souris entre les membres de l’Union del Barrio, une organisation politique qui défend la communauté latino de Los Angeles, et l’ICE, la célèbre police de l’immigration mise en place par Donald Trump, qui avait réalisé une descente dans ce parc un an auparavant pour mettre la pression sur les nombreux immigrés sans papiers de la région.

C’est là qu’Iris et Rigo nous ont donné rendez-vous. Avec eux, nous allons patrouiller durant une heure dans les environs pour repérer ces agents devenus des symboles de la politique migratoire du président américain, accompagnés de quatre bénévoles, toutes des femmes. Parmi elles, une petite grand-mère au visage interdit, couvert par un foulard militaire, avec une casquette sur la tête, dont seuls les yeux perçants et la voix douce sont visibles. Lorsque nous lui demandons ce qui l’incite à venir en aide aux travailleurs sans-papiers traqués par l’ICE, elle nous répond poliment qu’elle ne souhaite pas s’exprimer.

Traquer l’ICE n’est pas sans risque

Nos seuls interlocuteurs lors de cette journée sont Iris et Rigo, les autres préférant rester anonymes par crainte d’être repérés par les autorités et d’être arrêtés à leur tour. Chasser les agents de l’immigration comporte des risques. Il y a quelques semaines, une infirmière a été détenue par les agents gouvernementaux pour avoir apporté son soutien à la résistance. « Il a fallu que l’on se mobilise devant le centre où elle était retenue pour qu’ils la libèrent. Nous préférons donc ne pas mettre nos bénévoles en danger d’aucune manière », explique-t-elle avant de monter dans l’un des deux véhicules de patrouille.

C’est avec elle que nous partons après qu’elle a remercié ce petit groupe pour leur engagement envers l’Union del Barrio : « Je sais que certains d’entre vous sont là sur leur pause déjeuner, donc un grand merci d’être ici aujourd’hui ». Et c’est parti pour une heure à faire le tour du quartier selon un plan établi à l’avance en fonction des zones favorisées par les agents de l’ICE. On nous remet un prospectus répertoriant les différents véhicules utilisés par les agents, « principalement des voitures américaines : Ford Explorer, Dodge Caravan, Chevy Silverado », ainsi que d’autres modèles plus imposants.

L'Union del Barrio distribue des prospectus pour aider leurs membres à reconnaître les voitures de la police de l'immigration qui tournent à LA.
L’Union del Barrio distribue des prospectus pour aider leurs membres à reconnaître les voitures de la police de l’immigration qui tournent à LA.  - Aymeric LE GALL

Au fil du temps, les membres de l’Union del Barrio ont développé un sixième sens pour identifier ces véhicules banalisés, dont les « phares de patrouille » de couleur rouge et bleu et les vitres teintées ne trompent plus personne. Pendant le trajet, alors que Rigo, Iris et une mère de famille d’origine mexicaine, assise à l’arrière de la voiture, scrutent les rues à la recherche des véhicules du gouvernement, la discussion s’installe.

Des agents de l’ICE plus discrets qu’auparavant

Iris explique que l’ambiance a changé par rapport à l’été dernier, où, notamment pendant la Coupe du monde des clubs, l’ICE agissait en mode cow-boy, arrêtant des personnes en pleine rue, en plein jour, sans se soucier de l’image véhiculée par les milliers de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. « Au contraire, interrompt Rigo. Avant, ils se filmaient en train d’arrêter les gens pour alimenter leur propagande et satisfaire l’électorat de Trump, majoritairement raciste et xénophobe. Aujourd’hui, ils ont modifié leur stratégie, ils sont beaucoup plus discrets et opèrent surtout à l’aube. »

Il faut dire qu’entre-temps, deux personnes ont été tuées par leurs balles, Alex Pretti et Renée Good, provoquant une vague d’indignation à travers le pays. Ainsi, cette année, pas question de recommencer les mêmes erreurs, d’autant plus que la Coupe du monde attire son lot de supporters et de journalistes, et que le moindre incident pourrait provoquer une résonance médiatique considérable, quelque chose que Donald Trump préfère sans doute éviter.

« Il sait que si ces hommes reproduisent les méthodes de l’été dernier, cela incitera les gens à s’unir, à résister et à les chasser », ajoute Rigo. Comme l’année précédente, lorsque le président américain avait dû faire machine arrière après une longue bataille judiciaire contre le gouverneur de Californie, en retirant la Garde Nationale des rues de Los Angeles où elle se trouvait depuis des mois. La maire de Los Angeles, Karen Bass, s’était jointe aux nombreux critiques face aux méthodes violentes du « Commander in Chief ».

Ce qui amuse Iris, les yeux fixés sur la route et les véhicules alentours.

« « Vous connaissez les politiques, ils tiennent de beaux discours devant les caméras mais ce n’est que du vent. La vérité, c’est que la ville de Los Angeles aide logistiquement l’ICE en faisant intervenir sa police pour protéger les agents pendant qu’ils effectuent leur sale boulot. On dit que Los Angeles est une ville sanctuaire, mais c’est un discours de façade. Nous savons que si nous n’agissons pas par nous-mêmes, personne ne viendra nous défendre. » »

« C’est un mouvement qui ne cesse de grandir »

En relation constante avec la deuxième voiture de patrouille, nous apprenons qu’aucun agent n’est en vue de leur côté non plus. « Ok sounds good, lâche Iris, l’oreille collée au téléphone. On refait un ou deux tours et on se retrouve au point de rendez-vous. » Concentré au volant, Rigo se réjouit de constater que le message de sa coéquipière a été bien reçu par la communauté latino et afro-américaine dans le pays.

« C’est un mouvement qui ne cesse de grandir à travers tout le pays. Cela donne de l’espoir de voir que les gens ne veulent pas rester inactifs et que chacun a envie de se mobiliser et d’apporter sa pierre à l’édifice. »

« Nous n’avons peut-être pas de gros moyens financiers, mais nous avons autre chose, nous avons le nombre et nous sommes déterminés à ne pas faciliter le travail de ces terroristes », enchaîne son acolyte, originaire d’une famille mexicaine. « Car c’est bien ce qu’ils sont à nos yeux et jamais nous ne les laisserons agir impunément. Tant que nous serons en vie, ils ne seront pas en paix. »

Les chasseurs d'ICE font un débrief après leur tournée du jour.
Les chasseurs d’ICE font un débrief après leur tournée du jour.  - Aymeric LE GALL

Tous deux professeurs au lycée dans leur vie civile, ils ont été témoins des effets concrets de la politique de Trump depuis son retour au pouvoir en janvier 2025. « Nous avons des élèves qui ont dû interrompre leur scolarité ou qui ne viennent plus qu’en partie pour aider leurs parents qui ne peuvent plus sortir de chez eux, constate la militante. Ils les remplacent en travaillant dans la rue à vendre des fruits et de la nourriture. Il faut également s’organiser pour s’assurer que les petits frères ou les petites sœurs ne soient pas arrêtés en route pour l’école. C’est toute une vie quotidienne qui a été bouleversée par cette politique injuste. »

Trump, Obama et tous les autres

Lorsque nous leur demandons s’ils espèrent que les choses s’améliorent en cas de départ de Trump en 2029, leur réponse peut étonner. En fin de compte, pour eux, qu’il s’agisse de Trump ou d’un autre, Républicain ou Démocrate, ce n’est pas une question de personne, mais de système. « Il ne faut pas oublier qu’Obama a été surnommé le “déporteur en chef”, rappelle Rigo. Si la situation est peut-être un peu plus violente aujourd’hui qu’hier, il est une grave erreur de penser que cela prendra fin avec le départ de Trump. »

Tout en renouvelant son indignation après la mort de Pretti et Good, « des personnes bien qui luttaient pour une cause juste », Iris pense également à « ces milliers de personnes tuées au sein de nos communautés et dont on n’a jamais entendu parler, ceux qui sont morts sous les coups de la police, dans les rues ou dans les centres de détention », qui sont, pour elle, « les grands oubliés » de l’histoire contemporaine des États-Unis.

Cependant, alors que la patrouille touche à sa fin et qu’aucune présence suspecte n’a été détectée ce jour-là, elle souhaite conclure sur une note positive : « Je crois que les gens ont pris conscience que cette politique de lutte contre l’immigration est interminable dans notre pays et que la seule manière de lutter, c’est de se mobiliser et d’agir. »