Belgique

Procès Falzone : un procès contre la banalité des violences routières

Ce procès a joué un rôle de rituel social pacificateur, avec des procédures strictes. Le procès Falzone a été celui de la révélation de la banalité de la délinquance routière, systémique, et a mis en lumière une culture où le nombre de chevaux devient une affirmation de force contre les plus vulnérables.

Un procès en forme de rituel pacificateur

La discussion autour d’un verdict ne diminue en rien son importance. Ce procès, à l’instar de nombreux autres, a rempli sa fonction de rituel social pacificateur. Comme tous les rituels, il se caractérise par des procédures strictes et des tenues pour les juges et avocats. Le philosophe français Paul Ricœur l’a très bien expliqué. Dans chaque procès réussi, selon lui, se trouvent deux dimensions.

La première, évidente et immédiate pour tous, est que le procès établit le droit : il punit, détermine qui a raison et qui a tort, tranche les conflits et règle les différends.

La deuxième dimension est moins visible mais contribue, à long terme, à la société. Un procès efficace favorise la paix sociale. Chaque instance judiciaire véhicule l’idée que même les conflits les plus profonds, comme la perte d’un être cher, peuvent être résolus par la parole plutôt que par la vengeance et la violence privée. Cette notion est particulièrement marquée lors d’un procès d’assises. Cela est dû à l’oralité de la procédure pénale qui nécessite de raconter et de redire les faits en public. Il n’y a pas de justice sans paroles, sans que la victime puisse exprimer en direct son expérience, sans que l’accusé puisse également partager son vécu en public.

Le jury populaire en cour d’assises

Dans un procès d’assises, il y a le jury populaire, souvent critiqué par ceux qui prônent une justice plus professionnelle. Concernant le procès Falzone, il est probable que des magistrats expérimentés n’auraient pas considéré les faits comme un meurtre, mais plutôt comme un homicide involontaire dû à une imprévoyance. Il est vrai que le jury d’assises, moins formé, peut donner des décisions moins solides juridiquement. Toutefois, cette vulnérabilité représente le prix d’une justice plus humaine, perçue comme telle par la population, ce qui contribue à la pacification évoquée par Ricœur. Les jurés n’ont pas simplement appliqué une catégorie pénale de manière automatique ; ils ont dû adapter la loi à des faits sans précédent quant à leur ampleur et leur portée publique.

Le procès Falzone, un procès pour la société

Ce procès, comme d’autres affaires marquantes, a jugé au-delà des accusés. Ne pouvant réparer l’irréparable, il a eu l’importance de nous contraindre à écouter ce qui ne l’était pas et à voir ce qui demeurait invisible. Comme le procès Pelicot a révélé la banalité des violences sexuelles et conjugales systémiques, le procès Falzone a mis en lumière la banalité de la délinquance routière, elle aussi systémique. Cela se manifeste par ces jeunes hommes, souvent influencés par une culture masculiniste, qui filment avec fierté le compteur de leur voiture reprogrammée. Cette culture valorise la puissance de la motorisation comme une affirmation de soi, une démonstration de force vis-à-vis des plus vulnérables, notamment des piétons et des cyclistes.

Au-delà des verdicts et des peines, l’enjeu principal réside sans doute dans la reconnaissance d’une violence routière que la société, à travers le jury, affirme ne plus vouloir banaliser.