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Mentissa : « Montrer aux enfants difficiles qu’on trouve son chemin »

Mentissa revient ce vendredi avec un deuxième opus intitulé Enfants difficiles, après un premier album certifié disque de platine, La Vingtaine. Elle aborde des thèmes liés à son identité et son parcours, affirmant qu’il est essentiel de montrer aux « enfants catalogués comme difficiles » qu’ils n’ont pas besoin d’entrer dans un moule pour s’en sortir.

Quatre ans après La Vingtaine, un premier album devenu disque de platine, porté par des succès tels que Et Bam et Mamma Mia, Mentissa est de retour ce vendredi avec son deuxième album intitulé Enfants difficiles. Au fil des morceaux, l’artiste belge de 27 ans, finaliste de « The Voice » en 2021, dévoile une dimension émotionnelle, mais cette fois, avec une approche plus pop. Lors de sa tournée, elle a pris conscience de l’importance de l’équilibre entre les ballades et les morceaux plus dynamiques. « Il faut pouvoir pleurer avec les gens mais aussi rigoler et danser avec eux », explique-t-elle lors d’une rencontre au siège de son label Tôt ou Tard, à Paris, mi-mai.

« J’oscille entre l’ombre et la lumière, c’est-à-dire que je peux avoir un côté assez sombre et triste mais une partie de moi est très solaire et joyeuse », ajoute-t-elle, précisant que la promotion et les interviews ne sont pas les aspects qu’elle préfère de son métier. Mentissa est une de ces artistes dont les chansons, lorsqu’on s’attarde sur les paroles, révèlent beaucoup de sa personnalité. À travers ses nouveaux morceaux, on comprend que l’autrice, compositrice et interprète a subi une transformation, déterminée à exprimer ses colères et exaspérations avec une assurance renouvelée. L’entretien qu’elle nous a accordé en est la preuve…

Pourquoi la chanson « Les Enfants difficiles » donne-t-elle son titre à votre nouvel album ?

Pour moi, il y a un avant et un après cette chanson dans ma perception de moi-même, tant sur le plan personnel qu’artistique. Après l’avoir écrite, j’ai vraiment compris qui j’étais, qui j’étais destinée à être et pourquoi je suis là. Mon objectif est de montrer aux enfants considérés comme « difficiles » qu’ils n’ont pas besoin de suivre un modèle pour réussir, qu’ils finiront par trouver leur chemin et leur identité dans la vie. Certains mots que l’on m’a dits à 7 ans me restent en mémoire vingt ans plus tard.

Qu’avez-vous fait pour être jugée comme une « enfant difficile » ?

J’ai récemment posé cette question à ma mère, car je me souvenais de cette étiquette sans en comprendre la raison. Étonnamment, elle ne pouvait pas non plus citer un exemple précis. J’avais un fort tempérament, j’étais têtue et je manifestais un certain rejet de l’autorité, ce qui était mal perçu. Lors des réunions parents-professeurs, je n’existais pas dans la conversation : j’entendais les enseignants dire des choses comme « Elle n’écoute jamais » ou « C’est toujours la même chose… ». Pourtant, je n’étais pas insupportable tout le temps. C’est seulement en écrivant ce deuxième album que j’ai pris conscience de l’impact de ces mots et de la façon dont ils avaient façonné mon identité.

Est-ce pour cela que vous chantez « Qu’attendez-vous de moi ? Que je sois la plus sage, juste le bon dosage ? » ?

Tout au long de ma vie, j’ai créé une version de moi répondant aux attentes que je pensais que les gens, les enseignants et la société avaient de moi. Étant souvent critiquée pour mon caractère, j’ai essayé de changer, d’être plus sage, de moins parler. Il y a peu de temps, j’ai réalisé qu’il y avait une partie de moi que j’avais longtemps réprimée. Je ressens le besoin de validation extérieure, de la part de ceux qui m’entourent et m’aiment, pour savoir que je mérite ma place. J’ai également toujours recherché à appartenir à un groupe, ce qui a été compliqué pour moi.

Pourquoi cela a-t-il été compliqué ?

Parce que je suis une femme noire ayant grandi en Belgique, dans la région flamande. J’étais bilingue, ce qui rendait mon identité floue. À l’école, j’étais flamande, alors qu’à la maison, je parlais français. En regardant la télévision, je m’identifiais aux pop stars, pour la plupart blanches, en rêvant d’en devenir une. Ma mère étant métisse, ma couleur de peau n’était pas tout à fait la même qu’elle. À l’école, bien que je sois avec mes amies blanches, je ne me sentais pas comme elles, et je donnais l’impression à mes copines noires qu’elles étaient plus enracinées dans leur culture. J’avais l’impression d’être à part et je luttais avec des complexes, me jugeant trop grosse ou pas assez belle… J’avais peu de confiance en moi.

Comment vous êtes-vous construite ?

En me créant une carapace. Je suis devenue, sans m’en rendre compte, un peu control freak : rien qui dépasse dans ma façon d’être, de m’habiller, de me coiffer… Dans mes premières interviews, je faisais attention à mes paroles pour ne pas détonner. Je devais être drôle mais pas trop, montrer de la gratitude et essayer d’être la plus parfaite possible. Aujourd’hui, j’ai envie de me libérer de cela, car une part de moi est un peu rebelle, désinvolte et impulsive.

Souhaitez-vous désormais prendre plus de risques ?

Oui, je suis jeune et je ne veux pas passer à côté de ma vie. Dans trois ans, j’aurai 30 ans et je ne veux pas regretter d’avoir passé toute ma vingtaine à essayer d’être parfaite. La perfection est une illusion. Je souhaite accepter mes imperfections et mes incohérences. Parfois, on a le droit d’être en colère, impulsif, de rire trop fort et de commettre des erreurs. Quand j’ai commencé la musique il y a quatre ans, je croyais ne pas avoir le droit à l’échec, et je me suis ainsi imposé une pression énorme quand je parlais, chantais ou montais sur scène… Je ne veux pas que les petites filles qui me regardent pensent qu’il faut être irréprochable. Il est important d’être exigeant pour devenir la meilleure version de soi-même, mais nous avons aussi le droit de nous tromper, de partir à l’aventure.

La misogynoire et le stéréotype de la « angry black woman » vous inquiètent-ils ?

Les préjugés associés aux femmes noires étaient des éléments dont je voulais me protéger. C’est pourquoi j’ai fait très attention à ma manière de m’exprimer au début. J’avais besoin de légitimité culturelle pour que les gens disent « ok, en l’écoutant, on voit qu’elle sait de quoi elle parle ». Aujourd’hui, cela m’indiffère. Certaines personnes chercheront toujours à critiquer. Je me sens de plus en plus confiante car j’ai plusieurs années d’expérience dans ce milieu. Au début, il était normal que je me protège derrière un personnage. Je suis prête à abandonner cette carapace et à accepter que je ne plairai pas à tout le monde, mais que je vais oser aborder certains sujets et prendre position. Cela dérange une femme sûre d’elle qui s’exprime.

Estimez-vous avoir résolu la quête de votre identité ?

J’ai compris qu’il était inutile de tenter d’être ce que je ne suis pas. Je suis un carrefour de multiples influences. Je me sens francophone, flamande, africaine [ses parents sont d’origine congolaise], et aussi belge, et c’est parfaitement acceptable ! Je n’hésiterai plus à parler de mes origines, même si parfois, j’ai été confrontée à des remarques sur ma connaissance du swahili, la langue de ma grand-mère. Je ne grandissais pas avec ma culture africaine en raison de l’histoire de ma famille. Ce n’est pas le cas pour tous, mais pour nous, c’est comme cela que cela s’est déroulé.

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J’ai grandi dans la culture belge, que ce soit en termes de productions culturelles, de gastronomie ou de langue, et je n’en ai pas honte. Je ne suis pas la seule issue de la diaspora à rencontrer des difficultés pour trouver ma place, étant souvent classée dans des catégories qui apaisent les autres. Quand les gens ne parviennent pas à te ranger dans une case, c’est là où tu déranges, car ton discours ne correspond pas à leur image de toi, et c’est alors que surgissent les critiques. Il existe de nombreuses injonctions sur ce qu’une femme doit être, et sur ce qu’une femme noire doit représenter, mais cela ne me concerne pas. Les jugements des autres reflètent leurs projections. Je suis qui je suis, avec mon histoire, et je n’ai pas à la changer.