
L’administrateur général de la RTBF présente Média Square : deux fois moins de studios, plus d’ouverture.
Le nouveau bâtiment Média Square, abritant les équipes de la RTBF, a été inauguré ce jeudi en présence du couple royal. Jean-Paul Philippot a indiqué que la RTBF compte actuellement environ 1750 équivalents temps plein et que des licenciements ne sont pas prévus prochainement, bien que les effectifs aient été réduits de 3 à 4%.
Après une décennie de travaux, le nouveau bâtiment Média Square, qui héberge les équipes de la RTBF, a été officiellement inauguré ce jeudi en présence du couple royal. L’administrateur général, Jean-Paul Philippot, a souligné que cette évolution était essentielle pour permettre au service public de s’adapter pleinement aux exigences du 21e siècle et de répondre aux nouveaux modes de communication et de consommation.
« C’est un bâtiment dans lequel la technologie n’est plus au service d’un mode de transmission particulier comme la radio ou la télévision. La technologie s’efface pour permettre plus d’informations, plus de production de contenus locaux et également une capacité de diffusion vers les nouvelles formes de consommation, que l’on soit sur un smartphone, une télévision connectée, une tablette ou un ordinateur », a-t-il expliqué.
Pour décrire ce nouveau bâtiment, l’administrateur général a mis en avant plusieurs axes : l’efficacité, avec des studios réduits en nombre (deux fois moins que dans l’ancien bâtiment) et modulables ; la collaboration, avec des espaces de travail partagés réduisant les couloirs et bureaux fermés ; ainsi que la transparence et l’ouverture au public.
### Un coût démesuré ?
Ce nouvel espace a également un coût : 236 millions d’euros, répartis en 179 millions pour le bâtiment et 57 millions pour la technologie. En ces temps d’économies dans tous les niveaux de pouvoir, certains s’interrogent sur la capacité du média de service public à se lancer dans un tel projet. Jean-Paul Philippot l’accepte pleinement : « Le média public est un média qui est financé par la collectivité, qui appartient à la collectivité et qui s’adresse à la collectivité. C’est un média dont tous les contenus sont accessibles gratuitement, on le voit par exemple avec le sport, les séries belges, le concours Reine Elisabeth… ».
« C’est un outil qui est significativement plus efficient. »
L’administrateur général a précisé qu’aucune aide financière, subside ou dotation spécifique n’avait été nécessaire pour l’investissement dans le bâtiment. Un tiers a été financé par la vente de terrains, un autre tiers par un emprunt à la BEI (Banque européenne d’investissement), et le reste par de l’autofinancement et des économies réalisées ces dernières années. « Ce nouveau bâtiment est un outil nécessaire qui, dès sa mise en exploitation complète, va générer entre 10 et 15 millions d’euros d’amélioration de productivité, d’économie de fonctionnement. C’est aussi un outil qui va consommer 40% d’électricité en moins et 75% de gaz en moins. C’est un outil qui est significativement plus efficient, c’était nécessaire de l’avoir. »
### Résister face à la domination des Gafam
La dotation publique de la RTBF, actuellement gelée à 350 millions d’euros par an, est souvent au cœur des débats. L’administrateur général rappelle le contexte : « Si l’on se compare à la BBC en Angleterre ou à France Télévisions, nous sommes dans un rapport d’un à dix, un à 15 en moins. France Télévisions, c’est une dotation de 3 à 4 milliards d’euros, alors que leur journal télévisé dure entre 35 et 40 minutes, comme celui de la RTBF. »
En raison de la montée en puissance des réseaux sociaux et de l’urgence d’une information locale, Jean-Paul Philippot met en avant un chiffre alarmant : « En 2030, 950 millions d’euros de publicités belges partiront vers les Gafam (les cinq géants du numérique : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Or, ils n’investissent strictement rien en Belgique. »
Un autre chiffre marquant : « 60% de la production de contenus originaux, des fictions, des documentaires, des séries produits en Belgique francophone le sont grâce à la RTBF et à cette dotation. Cette dernière sert à informer et à produire des contenus locaux. Dans un monde global où les contenus sont de plus en plus larges, la langue française, les cultures, les patrimoines de Wallonie et de Bruxelles n’existeront qu’au travers de leur traduction audiovisuelle. »
### Réduction d’effectifs, sans licenciements secs
Environ 1750 équivalents temps plein, soit 1850 personnes, travaillent actuellement pour la RTBF à Reyers et dans les différentes antennes en Wallonie. Malgré les mesures d’économies et le nouveau bâtiment de taille réduite, Jean-Paul Philippot assure que des licenciements ne sont pas prévus pour le moment.
« Néanmoins, c’est un fait, nous réduisons nos effectifs. Nous les avons réduits de 3 à 4% – près de 60 équivalents temps plein – dans le courant de l’année 2025. […] En 2002, lorsque j’ai commencé, il y avait près d’un millier de travailleurs en plus qu’aujourd’hui. On a énormément réduit nos effectifs, et en même temps, on a ajouté des chaînes de télévision et de radio et développé de manière significative Auvio, la première plateforme belge francophone d’usage, ainsi que le site RTBF Actus. »
L’an dernier, la RTBF a mis en place un plan d’économies de 132 millions d’euros sans licenciements secs, au moins jusqu’à 2028. En 2027, un nouveau contrat de gestion doit être négocié avec le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
En attendant, la recherche d’un successeur à Jean-Paul Philippot, dont le mandat se termine le 31 octobre prochain, est toujours en cours. « L’information selon laquelle il ne resterait que deux candidats en lice est totalement fausse et ne correspond pas à la réalité de la situation », a-t-il affirmé.
