« On ne se souvient que d’un titre » : quel est le meilleur hymne ?
Jennifer Lopez, Nicki Minaj, et le trio Carlos Santana, Wyclef Jean et Avicii ont tous interprété des hymnes officiels lors de Coupes du monde de football, mais peu de personnes s’en souviennent. En 2026, Waka Waka de Shakira s’impose comme le titre le plus mémorable au niveau mondial, devant We Are the Champions de Queen et Ramenez la coupe à la maison de Vegedream en France.

L’émotion, le sens du collectif et le talent. S’agit-il de la recette idéale pour un hymne de Coupe du monde réussi ? Une chose est certaine : un nom, aussi célèbre soit-il, ne suffit pas à faire d’un morceau un tube mondial. Jennifer Lopez, Nicki Minaj ou encore le trio Carlos Santana, Wyclef Jean et Avicii en font l’expérience. Tous ont interprété des sons officiels lors d’un Mondial, mais qui s’en souvient encore ?
D’une manière générale, il est difficile d’imaginer plus grand échec que le Mondial 2002. Les Bleus, avec leur attaque flamboyante, sont soutenus par Johnny Hallyday, chouchou des Français, qui interprète son Tous ensemble. Le résultat est connu. Ni les joueurs, ni l’hymne – bien qu’il ait connu un certain succès commercial – ne resteront dans les mémoires. Alors, comment faire vibrer une nation, voire le monde entier, à l’occasion d’un tel événement ?
Shakira et son incontournable Waka Waka
En tant qu’hymne officiel en 2010, Waka Waka de Shakira est rapidement devenu un tube universel. « On ne se souvient que d’un titre de la Coupe du monde et, hormis Shakira, il n’y a aucun hymne officiel vraiment mémorable », affirme Morgan Serrano, directeur délégué des médias musicaux du groupe NRJ. Les chiffres confirment ses dires. 20 Minutes a soumis à Deezer plusieurs titres de ce type, qu’ils soient officiels ou non, et le verdict est sans appel. En 2026, Waka Waka est classé numéro un, devant We Are the Champions de Queen pour le monde entier, et Ramenez la coupe à la maison de Vegedream en France. Il n’est donc pas surprenant que la chanteuse colombienne ait été invitée à renouveler l’expérience, une première, avec Dai Dai, pour le Mondial 2026.
« Les deux hymnes de Shakira sont comme des sortes de « banzaï ! » enfantins, des « à l’attaque ! » récréatifs et pacifiques qui galvanisent les troupes de supporteurs que nous sommes tous »
Cependant, Shakira n’explique pas à elle seule un tel succès. « Waka Waka, comme Dai Dai, fonctionnent comme des « mélodies infantiles », joyeusement régressives et faciles à retenir », analyse Emmanuel Poncet, journaliste et auteur du livre Eloge des tubes – De Maurice Ravel à David Guetta (Nil Editions). De plus, ces mélodies « réactivent nos pulsions langagières et corporelles primaires, faites d’onomatopées enfantines et de chorégraphies plus ou moins désordonnées ». L’interprète de Whenever, Wherever semble avoir trouvé la combinaison parfaite pour enflammer les foules. Un titre doit être « festif, plutôt rythmé, chaleureux, avec un hook qui accroche et, si possible, interprété par une star », précise Morgan Serrano.
Les vestiaires (et la victoire), créateurs d’hymnes
Un hymne qui réussit au niveau mondial doit pouvoir être chanté dans toutes les langues. Quoi de plus simple qu’un bon « waka waka, eh, eh » pour séduire petits et grands, sur tous les continents ? Cependant, les hymnes qui perdurent ne répondent parfois pas à ces critères. En effet, c’est l’émotion et l’esprit collectif qui déterminent le succès. « La victoire d’un pays change tout », ajoute Morgan Serrano. Les premières notes d’I Will Survive d’Hermes House Band ravivent soudain les souvenirs, notamment ceux des deux buts de Zidane et du dernier but d’Emmanuel Petit, qui font vibrer toute une nation.
« En 2026, si la France gagne la Coupe du monde et qu’une chanson est chantée dans le vestiaire par les joueurs, cela deviendra à nouveau un hymne national »
Cependant, ce morceau n’a pas été conçu pour un Mondial, loin s’en faut. C’est une reprise d’un tube de Gloria Gaynor sorti en 1978. Il triomphe aux Pays-Bas, puis arrive chez nous sur le terrain… du Stade Français. Quel rapport avec Zidane, Barthez et Lizarazu ? Aucun, si ce n’est qu’ils s’en l’approprient en 1998, dans l’intimité d’un vestiaire, au fil des victoires et jusqu’à la célébration finale. « Un titre qui fonctionne est aussi un moment collectif condensé en trois minutes. C’est ce qui explique le succès des chansons devenues hymnes grâce aux joueurs eux-mêmes », analyse Yannick Fage, responsable performance des contenus digitaux chez Deezer. Et l’histoire se répète en 2018 avec le célèbre Ramenez la coupe à la maison de Vegedream.
« Le rital, il a eu mal, Zidane il a frappé »
Nous avons évoqué le talent, l’émotion et le collectif, mais pas encore l’inattendu. La Coupe du monde 2006 en est une parfaite illustration, de la peur de sortir au premier tour jusqu’au fameux coup de folie (et de tête). Un Mondial aussi imprévisible que les « hymnes » qui ont accompagné le parcours des Bleus. Qui n’a pas chanté (ou au moins souri) sur le refrain du décalé Zidane y va marquer de Cauet ? Parodie de Madan de Martin Solveig, ce titre a (sur le ton de la surprise) connu un large succès. « C’est festif, facile à retenir, super à chanter avec toute la France derrière Zidane. C’est hyper cool et ça fonctionne », confirme Morgan Serrano.
Notre dossier Coupe du monde 2026
Oui, jusqu’à la finale. Celle où Zidane met un terme à sa carrière avec un coup de tête puissant sur Materazzi (« pas aujourd’hui, pas maintenant »), et qui donne naissance à un autre tube. Coup de boule des frères Lipszyc et Franck Lascombes est celui qui accompagne… la défaite, et ce jusqu’à la rentrée. Cela démontre qu’il est impossible de prédire l’hymne, qu’il soit officiel ou non, qui fera vibrer la planète, ou même une nation. Le Mondial 2026 n’a pas encore débuté que la compétition musicale s’est déjà intensifiée entre le Dai Dai de Shakira et I am from Bosnia take me to America de Dubioza. La clé de la réussite réside dans l’inattendu. Mais Matt Pokora et L2B pourraient briller avec Trophée. Et si, tel un symbole d’une troisième étoile, ce son tant attendu provenait du vestiaire de Doué, Koundé et Mbappé ?

