France

Affaire Patrick Bruel : La justice ne ralentit pas son enquête.

Patrick Bruel, 67 ans, devait être présenté ce mercredi à quatre juges d’instruction du tribunal judiciaire de Nanterre. Le parquet a indiqué dans un communiqué avoir requis son placement en détention provisoire.

Après deux jours de garde à vue, des dénégations, et peut-être une incarcération à venir, Patrick Bruel, âgé de 67 ans, devait être présenté ce mercredi à quatre juges d’instruction du tribunal judiciaire de Nanterre. L’artiste risque une mise en examen pour viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel visant neuf victimes présumées. Le parquet a annoncé dans un communiqué avoir demandé son placement en détention provisoire. D’après une source proche de l’affaire, Bruel devait être soumis à l’interrogatoire des magistrats dès 17h30, avant d’être conduit devant un juge des libertés et de la détention, chargé de décider de son incarcération éventuelle. Le chanteur pourrait ainsi passer la nuit en prison.

Cette situation découle d’une procédure qui a pris une tournure rapide en moins de deux semaines. Le 29 mai, le parquet de Saint-Malo s’est dessaisi au profit de celui de Nanterre concernant un viol survenu à Dinard en 2012. Puis, le 1er juin, les autorités belges ont transmis une dénonciation officielle pour des faits datés de 2010 à Bruxelles. Finalement, ce lundi à 8h25, l’artiste a été placé en garde à vue par les enquêteurs de la police judiciaire de Paris. Deux jours plus tard, il se retrouve devant les juges d’instruction.

« Vérifier si la prescription est effectivement acquise »

Les infractions dénoncées par les plaignantes auraient été commises il y a plusieurs années, entre 2010 et 2019. Elles se sont déroulées en France, mais aussi à l’étranger. Le parquet de Nanterre précise : deux tentatives de viol en 2010, à Bruxelles et à Neuilly-sur-Seine ; un viol en 2012 à Dinard ; un viol en 2015 à l’Isle-sur-la-Sorgue ; un viol en 2019 à Paris ; une agression sexuelle en 2000 à Grenoble ; une agression sexuelle accompagnée de harcèlement sexuel en 2019 à Perpignan ; deux faits de harcèlement sexuel en 2019, à Ajaccio et à Nyon, en Suisse. Certains de ces actes, non prescrits, avaient été classés sans suite. Ils ont été réexaminés et intégrés à la demande des juges d’instruction.

Sur les neuf victimes identifiées par le parquet, quatre ont déposé plainte avec constitution de partie civile. Les procédures concernant treize autres victimes pour des faits survenus entre septembre 1992 et septembre 2008 sont également jointes au dossier. À ce stade, ces faits semblent couverts par la prescription. Toutefois, leur jonction permettra aux juges d’instruction « de vérifier si la prescription est effectivement acquise et de connaître globalement les faits reprochés à Patrick Bruel », selon le parquet.

En matière de crimes en série, la jurisprudence admet que des faits prescrits pris séparément peuvent voir leur délai de prescription prolongé lorsqu’ils s’inscrivent dans une série d’infractions similaires commises par le même individu. Ce mécanisme pourrait, à long terme, élargir le cadre des accusations portées contre le chanteur.

« Une vraie première victoire judiciaire »

Les avocates des plaignantes réagissent toutes de manière positive. Me Myriam Guedj-Benayoun, représentant notamment Ophélie Fajfer, indique que ses clientes ressentent « des sentiments mêlés, du soulagement, beaucoup d’émotions, mais aussi un profond bouleversement ». Elle ajoute qu’« l’une d’elles m’a confié que cette décision lui permettait de retrouver une forme de confiance dans l’institution judiciaire ». Concernant la demande de détention provisoire, elle invite à « prendre du recul » : « Si l’on se détache de la personnalité médiatique de M. Bruel pour considérer ce dossier comme celui de n’importe quel justiciable mis en cause impliquant plusieurs victimes présumées, il n’est pas inhabituel que le ministère public requière une mesure de détention provisoire afin de préserver la nécessité de l’enquête et de l’instruction. »

Me Jade Dousselin, avocate de Daniela Elstner, première plaignante dans cette procédure, est plus directe : « C’est une vraie première victoire judiciaire pour les victimes. » Elle a une « pensée particulière pour Daniela Elstner, qui a courageusement ouvert la voie et grâce à qui cette procédure en est là. » Concernant la demande d’incarcération, elle préfère ne pas en commenter mais y voit « un signal fort et important qui montre que la justice a enfin pris conscience de la gravité des faits ».