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Un ancien Premier ministre espagnol dans la tourmente selon Le Monde.

José Luis Rodríguez Zapatero a été Premier ministre socialiste entre 2004 et 2011 et est considéré comme une figure majeure du PSOE. Selon Alvaro Oleart, Zapatero est « la seule figure un peu ancienne du parti » à avoir soutenu Pedro Sánchez lorsqu’il a repris la direction du PSOE en 2018.

Une figure historique et un soutien déterminant pour Sánchez

José Luis Rodríguez Zapatero a été Premier ministre socialiste de 2004 à 2011. Il est considéré comme une figure majeure du PSOE, le parti socialiste, en raison de réformes emblématiques, telles que la légalisation du mariage homosexuel et les avancées en matière de droit à l’avortement.

À 65 ans, il n’est pas encore retiré de la politique, bien au contraire. Il demeure une figure influente de la gauche espagnole. Selon Alvaro Oleart, chercheur au CEVIPOL et à l’Institut d’Études Européennes de l’ULB, Zapatero est « la seule figure un peu ancienne du parti » à avoir soutenu Pedro Sánchez lorsqu’il a repris la direction du PSOE, puis lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2018, et à nouveau en 2023.

Le retour de Sánchez ne s’est pas fait sans difficultés. Lorsqu’il a pris la tête du parti et est devenu Premier ministre, il l’a fait dans un climat de fortes divisions internes. Plusieurs figures historiques socialistes se sont opposées à lui, sauf Zapatero. Ce soutien a donc conféré à Zapatero un rôle clé dans l’entourage de Pedro Sánchez.

Des médiations douteuses au Venezuela

Depuis le retour des socialistes au pouvoir, Zapatero s’est engagé en tant que médiateur avec le Venezuela, jouant un rôle d’intermédiaire entre le gouvernement de Nicolás Maduro et l’opposition, notamment dans des démarches ayant permis la libération de plusieurs figures politiques emprisonnées. Officiellement, ces médiations visaient à créer un espace de dialogue et à favoriser une sortie de crise.

Cependant, certains soupçonnent l’ancien chef du gouvernement d’avoir tiré un profit financier de ces interventions. En d’autres termes, il aurait monnayé ses services de médiateur, agissant non seulement dans une perspective diplomatique, comme l’explique Alvaro Oleart : « Il y a des suspicions qu’en fait, il s’est enrichi à partir de ces médiations. Donc, qu’il ne faisait pas uniquement le médiateur parce qu’il voulait créer un espace plus orienté vers la paix. Mais bien pour s’enrichir à travers ces sorties de prison. »

Selon le quotidien El Pais, les enquêteurs s’intéressent également à une société de conseil appartenant à un proche de Zapatero, qui aurait servi de relais financier pour verser des commissions occultes. Ces liens douteux ont été dénoncés par la droite espagnole depuis un certain temps.

Ces suspicions s’ajoutent à l’enquête portant sur le prêt public de 53 millions d’euros accordé en 2021, en pleine pandémie, pour sauver une petite compagnie aérienne, Plus Ultra, un poids plume de l’aviation espagnole. Cette affaire a conduit à des perquisitions au domicile de Zapatero à la mi-mai. Ce dernier clame son innocence, comme il l’a affirmé dans une vidéo sur le réseau social X.

Un risque politique pour le gouvernement Sánchez

Pour Alvaro Oleart, l’enjeu dépasse la seule personne de Zapatero. « Le plus important, ce n’est pas tant lui en tant que personne, mais ce qu’il représente », analyse-t-il. Pedro Sánchez est arrivé au pouvoir en 2018 grâce à une motion de censure déclenchée après un scandale de corruption touchant le Parti populaire, la droite espagnole. Ce mécanisme avait permis aux socialistes de prendre la tête du gouvernement à un moment où les citoyens espagnols étaient excédés par ces pratiques jugées opaques. Il serait donc particulièrement paradoxal que le mandat de Sánchez soit fragilisé par un scandale de corruption, souligne notre expert. Surtout que ces dernières années, son mandat a été perturbé par plusieurs scandales de corruption présumée. Des milliers de personnes ont d’ailleurs défilé dans les rues de Madrid le 23 mai pour exiger la démission de Sánchez. « Ethiquement, au-delà du cas Zapatero, il y a un problème. Même si Zapatero devait être déclaré non coupable, les conséquences continueront à se faire sentir », précise Alvaro Oleart.

Zapatero incarne, selon le chercheur, la « gauche ancienne » du Parti socialiste, celle qui a tenté d’assurer la transition vers une « gauche moderne » représentée par Sánchez. Si son image venait à s’effondrer, c’est tout « un récit politique » qui vacillerait, ainsi qu’une partie de la légitimité sur laquelle s’est construit l’actuel gouvernement espagnol.

Et, selon notre expert, bien que Sánchez reste populaire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de son pays, « la situation domestique de l’Espagne n’est pas forcément bonne, notamment sur les questions de santé, d’éducation et, surtout, d’accès au logement dans les grandes villes. Le salaire minimum a augmenté, mais le niveau de vie moyen n’a pas suivi tant que ça. Donc, à l’intérieur de l’Espagne, il y a quand même des critiques contre le gouvernement. »

Dans le reste du programme d’Ici Le Monde

Cette semaine est la semaine mondiale des océans, avec comme point culminant la Journée mondiale des océans le 8 juin. Indispensables à l’équilibre des océans, les forêts de varech sont en danger dans le monde entier. En Afrique du Sud, leur protection passe par la conservation de la Grande forêt marine africaine. Nous en parlons avec notre correspondante, Patricia Huon.

Ensuite, nous irons en Israël. À Jérusalem, les catholiques sont de plus en plus victimes d’agressions par des sionistes religieux. Nos confrères de France Inter se sont rendus sur place.