« Féminazie », « ayatollah de l’écologie » : définition du « point Godwin ».
La loi Godwin indique que, plus une conversation en ligne dure longtemps, plus il y a de chances qu’elle débouche sur une analogie avec le nazisme. Selon Laura Calabrese, « les analogies et les métaphores liées au nazisme, au totalitarisme et au fascisme sont devenues tout à fait banales sur les réseaux sociaux, dans le débat public et politique. »
La loi Godwin se résume ainsi : plus une conversation en ligne s’éternise, plus il devient probable qu’elle aboutisse à une analogie avec le nazisme. Mike Godwin avait remarqué que ces discussions se terminaient souvent lorsque quelqu’un atteignait ce point, cette limite : traiter l’autre de nazi, explique Laura Calabrese, qui se consacre principalement à l’étude de l’évolution des concepts politiques dans l’espace public et leur impact sur notre réalité sociale.
« Atteindre le point Godwin, c’est une méthode pour disqualifier son interlocuteur », précise la professeure. Mike Godwin a désigné cette observation sous le terme de ‘loi Godwin’, non pas seulement comme une boutade, mais surtout pour dénoncer la banalisation du nazisme ou du totalitarisme dans les échanges en ligne, contextualise-t-elle.
« Dire qu’Elon Musk a fait un salut nazi est un constat, pas un point Godwin. »
La linguiste souligne que le concept de loi Godwin n’a jamais voulu signifier qu’il était impossible de faire des parallèles avec le régime nazi ou le totalitarisme, surtout à une époque où le discours réactionnaire est en plein essor.
« Si l’on prend l’exemple du salut nazi d’Elon Musk devant les caméras du monde entier (lors de l’investiture de Donald Trump, en janvier 2025), c’est tout à fait pertinent de le considérer comme un geste faisant allusion au nazisme et au totalitarisme. Dire que c’est un salut fasciste, c’est tout à fait rationnel dans ce cas. L’objectif n’est pas de susciter la polémique lorsque l’on établit cette analogie, c’est juste un constat », développe Laura Calabrese.
À l’inverse, traiter quelqu’un de nazi ou de fasciste simplement pour l’insulter « est un usage tout à fait polémique qui occulte l’Histoire », précise la linguiste.
Pour la Professeure, la vision de Mike Godwin résonne de manière forte et pertinente 35 ans plus tard. « Les analogies et métaphores liées au nazisme, au totalitarisme et au fascisme se sont banalisées dans les réseaux sociaux, et dans le débat public et politique. »
Ces analogies, bien qu’elles existent depuis les années 50 et aient été observées par d’autres chercheurs avant Godwin, sont désormais devenues omniprésentes, selon la linguiste. « Par exemple, quand on parle de ‘féminazie’, d »ayatollah de l’écologie’ ou encore de ‘pass-nazi’ au moment du Covid », illustre la professeure de l’ULB.
“Dans ces deux exemples, on peut voir la métaphore abusive car il n’y a aucune continuité historique entre la RTBF telle qu’elle existe actuellement et la Radio Mille Collines ou la Gestapo”, explique la Professeure de l’ULB.
« Plus les métaphores circulent, plus les concepts perdent de leur sens. »
Le danger de ces analogies abusives réside dans leur tendance à occulter les événements du passé et à effacer les victimes. « Si n’importe qui peut être un nazi, qui sont les victimes du nazisme ? Si n’importe qui est un fasciste, qui sont les victimes du fascisme ? », questionne Laura Calabrese.
“Plus ces métaphores circulent, plus les concepts perdent du sens. Il y a une forme d’inflation conceptuelle du fascisme et du nazisme. Cela devient une arme rhétorique pour disqualifier un interlocuteur, une insulte banale », conclut la Professeure.

