France

« J’ai peur d’avoir un jour un accident » : un permis pour des « bons piétons » pour enfants

Dans une école du centre-ville de Rennes, plusieurs policiers municipaux sensibilisent des élèves de CE1 et CE2 au Code de la route. L’an dernier, 58 enfants de moins de 13 ans ont perdu la vie dans un accident de la route, et 133 adolescents de 14-17 ans ont été tués, soit 39 de plus que l’année précédente.

« Peut-on rouler à vélo sur le trottoir ? » La question posée par un policier municipal suscite des réactions. « Oui, mais seulement jusqu’à 8 ans », répondent les enfants. « Et que faire quand on a plus de 8 ans s’il n’y a pas de piste cyclable ? », demande Cléophée. « Eh bien, on roule sur la route », lui répond Louis.

Dans une petite école du centre-ville de Rennes, plusieurs policiers municipaux, en uniforme, sont venus sensibiliser des élèves de CE1 et CE2 au Code de la route. L’objectif ? Leur donner des conseils pour éviter de se mettre en danger lorsqu’ils marchent, circulent à vélo ou roulent en trottinette. À l’issue de plusieurs ateliers, les élèves repartent avec leur « pass piéton ». Ce dispositif national, qui célèbre cette année ses 20 ans, a-t-il réussi à former de « bons piétons » et de « bons cyclistes » respectueux des règles ? L’évaluation est complexe. Néanmoins, l’initiative perdure.

« Cela enlève le tabou de l’uniforme »

« Le partage de l’espace public n’est pas simple pour les adultes. Imaginez pour les enfants ce que cela représente. Ils peuvent être perdus, ne pas savoir où et quand traverser, où regarder. Nous sommes là pour les conseiller. » Serge fait partie des policiers municipaux qui se rendent dans les écoles de Rennes pour faire passer le fameux « permis piéton ».

Chaque année, environ 1.500 enfants de CE1 et CE2 sont formés. « Ce sont des enfants qui commencent à aller seuls à l’école ou à leurs activités. Il est important pour nous de les aider. Même lorsqu’ils sont accompagnés, ils racontent parfois que leurs parents regardent leur téléphone en traversant ou les font descendre de la voiture du mauvais côté », ajoute Karine, policière municipale. Au fil des ateliers, les agents cherchent à sensibiliser et rappeler le danger encouru dans la rue. Leur mission est essentielle. Mais a-t-elle des résultats ? « Je l’espère. En tout cas, cela crée un lien entre la police et les enfants, cela enlève le tabou de l’uniforme », estime Serge.

Des chiffres inquiétants pour les adolescents

Suite à la publication de chiffres alarmants par la Sécurité routière, la prévention paraît être essentielle pour réduire le nombre de victimes. L’année dernière, 58 enfants de moins de 13 ans ont perdu la vie dans des accidents de la route. La situation est encore plus préoccupante chez les adolescents, avec 133 jeunes de 14 à 17 ans tués, soit 39 de plus que l’année précédente. « En travaillant avec les enfants, nous formons des adolescents et des adultes que nous retrouverons plus tard sur des vélos ou en voiture. Nous devons leur enseigner les bons comportements », assure Serge. « Surtout qu’ils en parlent ensuite à leurs parents. Ils sont sans filtre, ils peuvent leur donner des conseils », précise le policier municipal.

La police municipale sensibilise près de 1.500 enfants aux dangers de la route chaque année dans les écoles de Rennes. Des ateliers sont organisés pour les éduquer.
La police municipale sensibilise près de 1.500 enfants aux dangers de la route chaque année dans les écoles de Rennes. Des ateliers sont organisés pour les éduquer.  - C. Allain/20 Minutes

Bien regarder avant de traverser, ne pas courir, ne pas s’engager sans précaution même si le petit bonhomme est vert, ne pas rouler à vélo avec des oreillettes, porter un casque… Voici quelques conseils donnés par les policiers. « J’ai appris qu’il fallait bien regarder le conducteur dans les yeux, pour voir s’il nous a vus », témoigne Malivanh. Chaque jour, la fillette de 8 ans se rend à l’école à pied ou à vélo. « Mais je préfère venir à pied, comme ça, nous pouvons marcher dans le parc, c’est plus sûr. Quand je viens à vélo, je prends la route, il y a plein de voitures, de camions et ça pue. Certains ne font pas attention à nous. J’ai peur d’avoir un accident un jour », raconte-t-elle.

Son camarade Clément vient également à vélo jusqu’à l’école. « Il faut être bien attentif aux voitures. Parfois, elles passent très près de moi, donc je dois me coller au trottoir. Ça me fait un peu peur ». À leur niveau, la silhouette d’un bus paraît énorme et une trottinette électrique passe à grande vitesse. Cela renforce l’importance de les alerter tout en les rassurant. « Moi, je n’aime pas aller seule quelque part. Je fais attention quand je marche ou que je fais de la trottinette mais cela me fait parfois peur », ajoute Cléophée.

Agée de 8 ans, la fillette sait pourtant qu’elle souhaite passer son permis de conduire quand elle en aura l’âge. « Pour aller voir mes grands-parents ou me promener ». Cléophée, comme tous les autres enfants rencontrés, assure qu’elle sera prudente et respectera toujours le Code de la route. D’ici à ce qu’elle puisse passer son permis, elle devra composer avec des adultes qui ont depuis longtemps oublié les règles élémentaires.