Augmentations salariales et emploi : les chantiers sociaux du gouvernement.
Le Président de la République, Kaïs Saïed, a présidé, lundi 27 avril, au palais de Carthage, une réunion consacrée au dossier social, en présence de la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, ainsi que des ministres des Finances, des Affaires sociales et de l’Emploi. Cette réunion s’inscrit dans le cadre du suivi de l’application de l’article 15, qui prévoit des hausses annuelles des salaires dans les deux secteurs public et privé, ainsi que des pensions de retraite sur la période 2026-2028.

Le Président de la République, Kaïs Saïed, a réaffirmé la volonté de l’État de poursuivre sa politique sociale et de lutter contre la corruption ainsi que les entraves aux réformes. Il a présidé, le lundi 27 avril, une réunion au palais de Carthage consacrée au dossier social, en présence de la Cheffe du gouvernement, Sarra Zaafrani Zenzri, ainsi que des ministres des Finances, des Affaires sociales et de l’Emploi.
La Presse — Cette réunion, dédiée à l’étude des modalités de mise en œuvre des augmentations salariales prévues par la loi de finances 2026 et à l’accélération du recrutement des chômeurs de longue durée, s’inscrit selon un communiqué de la présidence de la République dans le cadre du suivi de l’application de l’article 15, qui prévoit des hausses annuelles des salaires dans les secteurs public et privé, ainsi que des pensions de retraite sur la période 2026-2028.
Augmentations salariales : une urgence sociale
La réunion a abordé les modalités d’application des augmentations salariales prévues par la loi de finances 2026, dans un contexte où les pressions sociales liées au pouvoir d’achat sont particulièrement élevées. Les mesures de revalorisation des salaires et des pensions, prévues pour la période 2026-2028, répondent directement à la dégradation des conditions de vie des ménages.
Cette urgence est confirmée par une récente étude de l’Institut arabe des chefs d’entreprise (Iace) publiée en mars 2026, indiquant que le surendettement des ménages en Tunisie ne relève plus d’une simple conjoncture, mais d’une crise structurelle. Cette crise est alimentée par la fragilité budgétaire, le manque de mécanismes de protection sociale et l’érosion du pouvoir d’achat, touchant une part importante de la population et affectant directement les conditions de vie des familles.
Entre 2014 et 2024, le revenu disponible brut moyen par habitant en Tunisie n’a crû que de manière marginale, passant de 1 512 à 1 568 dinars, soit une augmentation de seulement 3,7 % en dix ans. Parallèlement, la dette financière moyenne par habitant a fortement augmenté, passant de 1 619 à 2 686 dinars, soit une hausse de 65,9 %. Ce décalage entre la stagnation des revenus et l’accumulation rapide des dettes a fait passer le taux de fragilité budgétaire de 107 % en 2014 à environ 171 % en 2024, un niveau supérieur au seuil de viabilité reconnu internationalement (40 %), selon la même source.
Plateforme numérique dédiée au recrutement
Concernant le recrutement des chômeurs de longue durée, le Chef de l’État a donné des instructions pour finaliser la création d’une plateforme numérique de recrutement, insistant sur l’importance de fonder ces recrutements sur des critères de « justice et d’équité ».
En lien avec cette démarche visant à renforcer la transparence et l’efficacité des recrutements, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Mondher Belaïd, a annoncé le lancement imminent d’un processus de recrutement de 1 350 titulaires de doctorat en Tunisie, lors d’une séance plénière au Parlement le lundi 27 avril consacrée aux questions orales.
Le Président Saïed en a profité pour dénoncer des pratiques anormales dans l’administration tunisienne, critiquant les recrutements injustifiés et fictifs basés sur des allégeances partisanes. Il a pointé du doigt ceux qui ont traité l’État comme un « butin » et le pouvoir comme une source de « privilèges », les accusant de tout faire pour exacerber la situation afin de déstabiliser le pays.
Polarisation des recrutements dans la fonction publique
Il est important de rappeler que, dans le contexte post-révolutionnaire de 2011, le pays a entamé une phase de transition avec de fortes attentes sociales, notamment en matière d’emploi et de justice sociale. La fonction publique a été mobilisée comme principal levier pour absorber le chômage et répondre aux revendications populaires, mais elle a également fait l’objet de critiques croissantes au fil des années.
Selon une étude de l’Observatoire tunisien de l’économie, « 2008-2016 : Évolution de l’embauche dans la fonction publique », l’emploi public a connu trois phases distinctes : une moyenne de 7 500 recrutements annuels avant 2011, une forte hausse entre 2011 et 2013 avec environ 22 200 recrutements par an, suivie d’un net ralentissement depuis 2014, marqué par une quasi-suspension des embauches et une réduction des effectifs en 2015, dans un cadre de réajustements économiques et d’engagements avec les bailleurs internationaux.
Certaines analyses estiment qu’une partie des recrutements entre 2011 et 2013 a concerné des bénéficiaires de l’amnistie générale, avec près de 30 % des nouvelles recrues issues de cette catégorie, dont une proportion avait déjà des revenus stables, suscitant des critiques sur l’équité du processus. Simultanément, les nominations à des postes de responsabilité ont également été contestées, certaines fonctions sensibles ayant été confiées à des profils jugés insuffisamment expérimentés, fragilisant ainsi le fonctionnement de l’administration.
Attachement à la souveraineté nationale et aux objectifs de la révolution
Cependant, lorsque les critères de compétence sont balayés au profit de logiques d’allégeance politique, c’est l’ensemble de l’appareil étatique qui se trouve affaibli. Nous subissons encore les conséquences de cette déliquescence des institutions depuis 2011.
Face à cette situation, le Président de la République a réaffirmé lors de la réunion son attachement à la souveraineté nationale et aux objectifs de la révolution, en matière d’emploi, de liberté et de dignité nationale, soulignant que le peuple tunisien est pleinement conscient des manigances qui se trament dans les coulisses.
En conclusion, à travers les décisions annoncées, qui incluent la mise en œuvre des augmentations salariales prévues par la loi de finances 2026, l’accélération du recrutement des chômeurs de longue durée via une plateforme numérique fondée sur des critères de justice et d’équité, ainsi que le renforcement de la transparence dans la gestion des recrutements publics, le Chef de l’État vise à impulser un redressement social et administratif. Ces mesures symbolisent la volonté de répondre aux urgences liées au pouvoir d’achat tout en réaffirmant un modèle de gestion publique basé sur l’équité, la responsabilité et la rupture avec les pratiques du passé.

