Le gagnant du projet RTX Spark de Nvidia n’est pas prévu.
Nvidia et MediaTek ont signé en 2021 un partenariat pour coupler les processeurs ARM de MediaTek aux puces graphiques GeForce RTX de série 30 dans des Chromebook. MediaTek, bien que citée une fois dans l’annonce officielle de Nvidia, contribue à des éléments essentiels de l’architecture processeur, y compris la gestion de l’alimentation et la connectivité sans-fil.

L’annonce spectaculaire de Nvidia lors du Computex se nomme RTX Spark. Cette nouvelle architecture vise à rivaliser avec Apple et Qualcomm dans l’espoir de rendre l’architecture ARM accessible sur PC face à Intel et AMD. Ce projet, qui mûrit depuis longtemps, a vu Nvidia s’associer à MediaTek, une société bien connue.
Cependant, MediaTek semblait peu mise en avant lors des annonces, laissant majoritairement la visibilité à Microsoft dans le cadre de la présentation officielle de RTX Spark. L’entreprise taïwanaise, acteur historique du secteur, collabore pourtant avec de nombreux grands fabricants de smartphones, d’écrans, de télévisions, de liseuses, de PC et d’autres appareils.
Nvidia et MediaTek ont souligné que RTX Spark est le résultat de près de six ans de travail, un projet qui a pris racine à une époque totalement différente.
MediaTek, pionnier de l’architecture ARM mobile
Lorsque l’on évoque un fabricant de puces utilisant l’architecture ARM, surtout dans le domaine mobile, Qualcomm vient souvent à l’esprit. Cette entreprise américaine exerce une domination apparente sur le secteur des technologies mobiles, que ce soit avec ses processeurs, SoC ou puces de connectivité sans fil (4G, 5G, WiFi).
Cependant, pour une large gamme de produits, notamment ceux d’entrée et de milieu de gamme, MediaTek a réussi à s’imposer. La société détient entre 30 et 40 % des parts de marché mondiales en termes de volume, la plaçant comme le premier fournisseur devant Qualcomm et Apple. Bien que MediaTek ait été historiquement associée à des produits d’entrée de gamme, ses architectures Dimensity sont désormais présentes chez de nombreux clients emblématiques comme Xiaomi, Redmi et POCO.

Ces dernières années, MediaTek a élargi sa gamme pour inclure des architectures destinées aux segments milieu et haut de gamme chez des marques comme Vivo, Oppo, OnePlus et Realme. Les architectures récemment lancées, Dimensity 9500 et 7500, témoignent de sa volonté d’accompagner les flagships Android. De plus, MediaTek est un partenaire clé de Meta pour ses lunettes connectées, illustrant sa capacité d’innovation et son intérêt pour de nouveaux marchés émergents.
Tout comme Nvidia, MediaTek est une entreprise qualifiée de fabless, car elle conçoit ses architectures tout en dépendant de partenaires fondeurs pour leur production à grande échelle. En s’appropriant les plans d’ARM, notamment les cœurs Cortex ou plus récemment AC1, elle s’est progressivement affirmée comme un acteur incontournable dans l’architecture visant à remplacer l’hégémonie x86.
Elle peine encore à s’imposer dans le domaine des PC. Bien que l’entreprise ait été longtemps associée à la catégorie Chromebook, sa collaboration avec Nvidia lui a permis d’élargir son expertise.
Du Chromebook à RTX Spark : l’aboutissement d’un projet
En 2021, Nvidia et MediaTek établissent un partenariat surprenant pour associer les processeurs ARM de MediaTek aux puces graphiques GeForce RTX de la série 30 dans des Chromebook de nouvelle génération. L’objectif était de changer l’image de ces ordinateurs portables à bas prix pour les intégrer dans le marché de l’informatique personnelle, notamment pour la création et le jeu vidéo.
Bien que cette collaboration n’ait pas abouti à la conception de Chromebook co-développés par MediaTek et Nvidia, ce projet a toutefois été fondamental pour les années qui ont suivi. Deux ans plus tard, en 2023, une puce Nvidia a été intégrée à la plateforme Dimensity Auto pour le secteur des véhicules autonomes.

L’année suivante, Nvidia et MediaTek annoncent de nouveau leur collaboration, cette fois pour la technologie G-Sync Pulsar, qui ambitionne d’apporter une fluidité inédite sur les écrans de jeu LCD. La puce G-Sync sera directement intégrée au scaler de MediaTek, dans un module unique simplifiant la chaîne de production.
Pour aller plus loin
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Il devient rapidement évident que les deux entreprises travaillent sur un SoC commun, basé sur l’architecture ARM, destiné aux ordinateurs portables. Cette initiative marque le grand retour de Nvidia dans le domaine des GPU intégrés et la première incursion de MediaTek sur ce marché.
Pour le géant taïwanais, l’objectif est clair : diversifier son offre après avoir dominé l’entrée de gamme sur PC avec les Chromebook, en développant un processeur pour le segment Premium. MediaTek collabore intensivement avec Nvidia pour concevoir cette partie CPU « contribuant à son efficacité énergétique, ses performances et sa connectivité de premier ordre ».
Le partenaire discret
Dans l’article officiel d’annonce sur le site de Nvidia, MediaTek n’est mentionnée qu’une seule fois, contre 13 fois pour Microsoft. Pourtant, elle fournit le cœur de l’architecture processeur, la gestion de l’alimentation, le contrôleur mémoire et toute la connectivité sans fil (Wi-Fi, Bluetooth).
Nvidia a déjà de l’expérience dans le domaine des processeurs ARM, développant ses propres puces pour les centres de données et de calcul. Sa dernière architecture Vera pourrait même permettre à l’entreprise de devenir le premier fournisseur mondial de processeurs, surpassant Intel et AMD.

Cependant, concevoir une puce grand public représente un défi particulier, et un partenaire tel que MediaTek constitue un atout précieux pour Nvidia et l’artisan des possibles. Leur collaboration repose sur un manque partagé : Nvidia ne conçoit pas de processeurs pour le grand public, tandis que MediaTek s’appuie sur les architectures graphiques ARM (Immortalis, Mali) pour ses propres puces.
Ces six dernières années ont ainsi permis aux deux entreprises de combiner leurs expertises, de combler leurs lacunes et de proposer une solution qui pourrait considérablement faire évoluer l’informatique ARM vers le grand public. Le tant attendu « moment Apple Silicon » n’est pas encore arrivé.

