Tunisie – Union européenne : un partenariat déséquilibré et paradoxal !
Le partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne a été signé le 17 juillet 1995. La Tunisie a réitéré dans un mémorandum d’entente convenu le 16 juillet 2023 « sa position de ne pas être un pays d’installation de migrants en situation irrégulière (…) [et réaffirmé] également sa position de ne garder que ses propres frontières ».

Le partenariat entre la Tunisie et l’Union européenne, établi le 17 juillet 1995, fait face aujourd’hui à des difficultés d’évolution, mais il est toujours perçu comme essentiel dans un contexte international complexe, touchant au commerce, à la technologie, à la migration et à d’autres défis communs. Pour la Tunisie, l’UE demeure un marché clé, un prêteur et une source de transfert technologique. Pour l’Union européenne, la Tunisie reste un partenaire historique, fournissant non seulement des textiles « compétitifs » et des composants automobiles de qualité, mais aussi des talents, de la main-d’œuvre qualifiée et un potentiel de gestion des « frontières éloignées » pour contrer l’immigration illégale, bien que la Tunisie souhaite se focaliser sur la protection de ses propres frontières.
La Presse — Il est crucial de s’interroger sur les véritables raisons du refroidissement des relations, qui se manifeste par deux blocages principaux : d’une part, l’ajournement indéfini du Conseil d’association prévu en novembre dernier, et d’autre part, le refus de Tunis d’accepter le projet d’accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) incluant la libéralisation des services et de l’agriculture.
Un partenariat déséquilibré dès le départ
Lors de la signature de l’accord d’association en juillet 1995, à une époque où l’UE comptait 15 membres et où l’euro n’était pas encore en circulation, l’enthousiasme et la bonne volonté prédominaient, promettant un avenir meilleur grâce au démantèlement des barrières tarifaires sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce, peignant le libre-échange comme une chance majeure pour les pays en développement de s’ouvrir à des marchés autrefois protégés et de stimuler leur croissance économique. Cela restait une théorie, bien que beaucoup y aient adhéré et engagé des dépenses et des choix considérés comme irréversibles.
Cependant, ce libre-échange ne concernait principalement que les produits industriels et les services associés. Des produits emblématiques comme l’huile d’olive, un atout commercial majeur pour les exportations tunisiennes, étaient soumis à des quotas, les pays européens proposant le même produit sur le marché. Ces restrictions demeurent, conduisant la Tunisie à explorer de nouveaux marchés d’exportation en Asie et en Amérique latine.
Depuis le début du partenariat avec l’Europe, de nombreuses sommes ont été investies par cette dernière pour moderniser l’industrie tunisienne, ainsi que pour soutenir la coopération culturelle et la société civile.
Cependant, l’optimisme a progressivement diminué. Les investissements directs étrangers européens ont chuté dans les années 2000 après l’élargissement de l’UE aux pays d’Europe de l’Est et la suppression des accords multifibres qui ont accru la concurrence sur le marché textile en Europe, alors que la Tunisie était le fournisseur de textile proche de l’Europe. De plus, avec l’introduction de l’euro en 1999, la valeur du dinar tunisien a commencé à baisser, passant d’une parité presque égale au début des années 2000 à un taux défavorable de 3,4 % actuellement.
Cette dépréciation a contraint les industries tunisiennes à travailler toujours plus et mieux sans pour autant atteindre les objectifs de développement et de prospérité promis. L’ancienne administration sous Ben Ali a également été critiquée pour son insuffisance à promouvoir les libertés publiques et les droits humains, un argument souvent cité pour expliquer la méfiance des investisseurs européens et la diminution des engagements financiers.
Un autre problème a pesé sur les exportations tunisiennes : le durcissement des conditions d’accès au marché, sous prétexte de non-respect des normes, même si les opérateurs tunisiens s’efforcent de s’y conformer. Des cargaisons entières ont été refusées pour non-conformité aux normes européennes.
Face à cela, que peut faire un pays comme la Tunisie, avec ses 12 millions d’habitants et une économie fragile, confrontée à des défis cycliques comme l’embauche de ses diplômés, l’instabilité climatique touchant son agriculture, et les événements mondiaux et régionaux tels que les guerres et le terrorisme, face à un géant européen de plus de 400 millions d’habitants, dont le marché est de plus en plus ouvert à d’autres économies émergentes à travers l’Asie et l’Amérique latine ?
Des attentes à satisfaire…
La Tunisie, conscient de l’importance du marché européen et des défis communs à relever ensemble, n’a jamais eu l’intention de rompre ses liens avec le nord. En réalité, les deux parties continuent de collaborer sur plusieurs projets, incluant la transition numérique, l’économie verte et la lutte contre l’immigration clandestine.
Toutefois, l’enthousiasme d’il y a plus de 30 ans ne se compare plus à la situation socioéconomique actuelle, qui a évolué depuis la signature du premier accord d’association. La Tunisie désire coopérer avec l’Europe, mais ne souhaite pas que la pression soit exercée pour la contraindre à accepter un accord qui ne soit pas bénéfique pour les deux parties. De son côté, l’Europe, face aux tensions mondiales et incertitudes, cherche à renforcer ses relations de confiance avec ses partenaires voisins, notamment la Tunisie.
La Tunisie, qui refuse toute ingérence dans ses affaires internes, a déjà réaffirmé à l’UE, dans le mémorandum d’entente du 16 juillet 2023, qu’elle ne souhaite pas devenir un pays d’accueil pour des migrants en situation irrégulière et a réitéré sa volonté de ne garder que ses propres frontières. Ce document établit également les grandes lignes d’une coopération stratégique entre les deux parties dans divers domaines, tels que le commerce, l’agriculture, la transition numérique et énergétique, le transport aérien, et les investissements, entre autres.

