
Tribune – Afrique du Nord : redéfinition des puissances, quelle place pour la Tunisie ?
Observer les événements en Afrique du Nord comme des incidents isolés serait une grave méprise. La Libye, l’Algérie, la Tunisie et l’Égypte ne peuvent être considérées séparément des dynamiques qui redessinent la région. Ce vaste espace géographique est désormais au centre d’une reconfiguration internationale qui s’étend de la mer Rouge et du canal de Suez à l’Atlantique, englobant le Sahel africain au sud et l’Europe au nord.
Il serait simpliste de croire qu’une « chambre noire » regroupe les grandes puissances pour décider du sort de ces pays. Les relations internationales sont d’une complexité bien plus grande. Chaque puissance défend ses propres intérêts, élaborant des stratégies à long terme, tandis que les pays de la région se concentrent souvent sur la gestion de crises quotidiennes. Ce décalage crée un risque majeur : celui d’être entraînés dans les projets des autres sans avoir défini notre propre voie.
La situation en Égypte illustre cette réalité. Le rapprochement entre Pékin et Le Caire ne se limite pas à des échanges diplomatiques, mais s’inscrit dans un contexte où l’Afrique, la Méditerranée et la mer Rouge deviennent des terrains de compétition économique et stratégique. La Chine voit en l’Égypte non seulement un marché, mais aussi un point névralgique reliant plusieurs routes commerciales cruciales.
La Tunisie doit prendre conscience que sa géographie représente un atout stratégique. Bien que ce pays ne possède pas les mêmes réserves énergétiques que ses voisins, sa position géographique peut devenir un levier d’influence s’il est exploité intelligemment. La Tunisie doit viser à devenir un hub, plutôt qu’un simple corridor, en attirant des investissements qui favorisent la création d’emplois et de technologies.
Dans ce contexte, la Libye représente une opportunité économique majeure pour la Tunisie. Si la Libye parvient à stabiliser ses institutions, elle pourrait offrir un marché immense pour divers secteurs où la Tunisie excelle, tels que la construction, la santé et les technologies. Il est impératif de considérer la Libye non seulement comme une question de sécurité, mais comme un partenaire économique stratégique.
Les défis du XXIe siècle ne se limitent pas aux conflits armés. La compétition mondiale se joue sur des terrains tels que le contrôle des ressources, des infrastructures et des technologies. La stabilité en Libye et en Algérie est directement liée à la sécurité nationale tunisienne, ce qui impose à la Tunisie de maintenir des relations stratégiques solides avec ses voisins.
La question centrale demeure : quel est le projet de la Tunisie face à ces dynamiques ? Le véritable danger réside dans l’inaction, alors que le monde redessine les routes de l’énergie et du commerce. La Tunisie doit définir ses objectifs et bâtir une stratégie solide pour ne pas devenir un simple spectateur des évolutions qui l’entourent.
La souveraineté, au XXIe siècle, ne se limite pas à un slogan. Elle implique des capacités concrètes : produire son énergie, garantir sa sécurité alimentaire, et développer des infrastructures modernes. La Tunisie doit attirer des industries et construire une économie suffisamment forte pour être un partenaire de choix sur la scène internationale.
Il est crucial que la Tunisie ne se laisse pas enfermer dans un alignement automatique sur des puissances extérieures. Les relations doivent être basées sur des intérêts mutuels, et chaque partenariat doit être évalué selon ce que la Tunisie peut en tirer.
Enfin, il est temps d’envisager une véritable intégration économique entre la Tunisie, l’Algérie et la Libye. Plutôt que de multiplier les structures bureaucratiques, il s’agit de créer des synergies concrètes dans des domaines tels que l’énergie, le commerce et la sécurité. La Tunisie doit se projeter vers l’avenir et définir clairement son rôle dans un monde en mutation rapide.
La Tunisie a toutes les cartes en main pour devenir un acteur clé dans la région, mais cela nécessite une vision audacieuse et la volonté d’agir. Le monde n’attendra pas, et il est impératif que la Tunisie prenne les devants pour ne pas se retrouver marginalisée dans les nouveaux équilibres internationaux.
