Transition verte : La Tunisie présente la feuille de route « CDN 3.0 »
La Tunisie a dévoilé à la fin de la semaine dernière la troisième version de sa Contribution Déterminée au Niveau National (CDN), baptisée « CDN 3.0 », qui vise à mobiliser des financements estimés à 55 milliards de dollars sur la période 2026-2035. Ce cadre stratégique inclut des objectifs en matière de ressources en eau, avec un plan qui prévoit de porter la capacité de dessalement de l’eau de mer à 265 millions de mètres cubes par an d’ici 2035.
La Tunisie a présenté à la fin de la semaine dernière la troisième version de sa Contribution Déterminée au Niveau National (CDN), un nouveau plan pour réduire les émissions et s’adapter aux effets des changements climatiques.
Ce cadre stratégique, dénommé « CDN 3.0 », a pour objectif de mobiliser des financements estimés à 55 milliards de dollars, soit environ 161,3 milliards de dinars tunisiens, sur la période 2026-2035 pour financer des projets et programmes nécessaires face aux défis climatiques croissants.
Consciente de la vulnérabilité de son économie face aux crises environnementales, la Tunisie a placé la sécurisation des ressources en eau et la protection du secteur agricole parmi ses priorités, les considérant comme deux piliers essentiels pour assurer la stabilité économique et sociale.
Le document, qui a été discuté lors d’un séminaire organisé à Gammarth les 16 et 17 mai 2026, met en garde que l’économie tunisienne pourrait connaître une récession de 3,4 % d’ici 2030 si des mesures urgentes ne sont pas mises en place, notamment à cause de la crise de l’eau et des risques d’inondations.
En outre, le secteur agricole, un des fondements de la stabilité sociale, pourrait voir sa valeur ajoutée diminuer de jusqu’à 15 % d’ici 2030 si les méthodes actuelles ne sont pas modernisées.
Pour faire face à ces risques, la Tunisie s’est fixée des objectifs ambitieux concernant les ressources en eau, le principal étant le recours aux eaux non conventionnelles. Le plan prévoit d’augmenter la capacité de dessalement de l’eau de mer à 265 millions de mètres cubes par an d’ici 2035.
L’État vise également à porter à 50 % le taux de réutilisation des eaux usées traitées dans l’agriculture, contre seulement 6 % en 2022. En ce qui concerne l’agriculture, la Tunisie entend construire un système agricole résilient garantissant la sécurité alimentaire, malgré une baisse prévue des précipitations de 9 % à 12 % d’ici 2050.
Cela inclut la réhabilitation de 1,2 million d’hectares de terres dégradées et l’adoption de variétés d’arbres résistantes à la sécheresse pour environ 40 % des nouvelles plantations.
La mise en œuvre du plan climatique de la Tunisie nécessitera des investissements considérables évalués à environ 161,3 milliards de dinars, avec une répartition entre projets d’adaptation aux changements climatiques (53 %) et projets d’atténuation des émissions (47 %).
Dans le domaine de l’adaptation, le plan prévoit environ 29 milliards de dollars (environ 85 milliards de dinars), en mettant l’accent sur le secteur de l’eau et de l’assainissement (10,7 milliards de dollars / 31,31 milliards de dinars), suivi du secteur de l’agriculture et de la sécurité alimentaire (8 milliards de dollars / 23,4 milliards de dinars).
Concernant les projets d’atténuation des émissions, leur coût est estimé à environ 25 milliards de dollars, dont 87 % sont consacrés au secteur de l’énergie pour favoriser la transition vers une économie à faible carbone.
La Tunisie s’engage à financer 26 % de ces besoins par des ressources nationales, tandis que 74 % du plan dépendra du soutien et des financements internationaux.
Pour mobiliser ces ressources, les autorités envisagent d’adopter des outils économiques innovants, tels que la « Taxonomie climatique » lancée en 2025 pour identifier les activités éligibles aux financements verts et orienter les investissements publics et privés.
La Tunisie prévoit aussi de bénéficier des mécanismes de l’Article 6 de l’Accord de Paris sur le climat, notamment en commercialisant les réductions d’émissions de carbone et en attirant des investissements dans les énergies propres. Ce mécanisme permet l’échange de crédits carbone entre pays et le financement de projets environnementaux conjoints.
De surcroît, le gouvernement projette une réforme budgétaire et l’intégration directe de la dimension climatique dans le budget de l’État et le plan de développement 2026-2030.
Bien que la Tunisie ne soit responsable que de 0,07 % des émissions mondiales, elle s’efforce de démontrer qu’il est possible de construire un modèle de développement bas carbone et résilient, tout en lançant un appel urgent à la communauté internationale pour soutenir les populations les plus vulnérables face au changement climatique.
Il est à rappeler que les « Contributions Déterminées au Niveau National » sont l’outil fondamental adopté par les pays dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques pour définir leurs engagements de réduction des émissions et leurs plans d’adaptation.
Cette troisième version, « CDN 3.0 », s’inscrit dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris, en réponse aux recommandations du premier bilan mondial de l’action climatique, qui a demandé une révision urgente à la hausse des ambitions pour maintenir le réchauffement climatique sous 1,5 degré d’ici la fin du siècle.

