
Retour de Jakarta : L’Indonésie, un « continent harmonieux » (1ère partie)
Vous cherchez une échappatoire à l’atmosphère morose qui règne parfois chez nous ? L’Indonésie pourrait bien être la destination idéale pour vous ressourcer. Cependant, préparez-vous à un long voyage : il vous faudra parcourir près de 12 000 kilomètres depuis Tunis, soit environ seize heures de vol. Un temps qui peut sembler long, mais qui vous permettra de rêver à votre retour, qui ne durera que quinze heures. Et il faut aussi considérer le coût d’une telle aventure, surtout en ces temps de restrictions budgétaires. Pour ma part, je n’ai pas eu à débourser un centime, étant en Indonésie pour le tournage d’un film dont j’ai écrit le scénario. La production a pris en charge mes frais, un avantage non négligeable pour un scénariste et journaliste.
Pourquoi choisir l’Indonésie ? Ce pays offre un remède efficace contre la morosité ambiante, surtout lorsque les services de base, comme l’eau et l’électricité, font défaut. La culture indonésienne, axée sur la quête d’harmonie sociale, est un véritable antidote à nos préoccupations quotidiennes. Ici, la courtoisie est omniprésente, et le respect des hiérarchies est une valeur fondamentale. Ce principe, connu sous le nom de Rukun, est enseigné dès le plus jeune âge et vise à éviter les conflits.
On pourrait se demander si le Rukun ressemble à notre Rakcha. La comparaison est complexe. Si notre Rakcha peut parfois être espiègle, le Rukun est toujours empreint de politesse et de retenue, favorisant l’harmonie. En général, les Indonésiens préfèrent éviter la vérité brutale, qu’ils jugent susceptible de blesser. Ainsi, ils optent pour le silence ou un sourire, même dans des situations inconfortables, pour préserver la face de leur interlocuteur.
Avec ses 288 millions d’habitants, l’Indonésie est le quatrième pays le plus peuplé au monde, juste derrière la Chine, l’Inde et les États-Unis. Le pays abrite plus de 600 groupes ethniques et 300 langues, répartis sur un archipel de près de 17 000 îles. L’islam y est majoritaire, représentant environ 87 % de la population, mais d’autres religions comme le catholicisme, le protestantisme, l’hindouisme, le bouddhisme et le confucianisme coexistent également.
La maîtrise de soi est une valeur essentielle dans la vie quotidienne indonésienne. Les démonstrations de colère ou d’impatience sont rares, tant la culture valorise la sérénité.
L’Indonésie, avec ses besoins économiques colossaux, se positionne comme la première économie d’Asie du Sud-Est. Le pays, fortement dépendant des importations de pétrole, a été durement touché par la flambée des prix du brut, exacerbée par le conflit américano-israélien en Iran. Malgré cela, le gouvernement a maintenu des subventions sur le carburant et mis en place un programme de repas scolaires gratuits, initié par le président Prabowo Subianto, pour lutter contre la malnutrition, touchant plus de 80 millions d’écoliers et de femmes enceintes.
Des restrictions sur les exportations de matières premières, notamment l’huile de palme et le charbon, ont été instaurées, impactant la valeur de la roupie, qui s’échange actuellement à près de 18 100 pour un dollar américain. La Banque centrale a récemment augmenté son taux directeur à 5,50 %. Malgré ces défis, le gouvernement espère atteindre un taux de croissance de 5,4 % pour 2026, bien que la Banque mondiale prévoie une croissance inférieure à 5 % cette année en raison des dépenses publiques.
L’Indonésie vise une croissance de 8 % d’ici 2029. Juda Agung, un haut responsable financier, a récemment déclaré : « Nous devons atteindre un niveau de croissance plus élevé pour devenir un pays riche d’ici 2045. » Il a également souligné l’importance de ne pas vieillir avant de s’enrichir, car le vieillissement de la population pourrait réduire la productivité.
Le gouvernement a récemment créé Danantara Sumberdaya Indonesia (DSI), un organisme chargé de superviser les exportations de ressources naturelles, afin de lutter contre la corruption qui a coûté au pays près de 900 milliards de dollars au cours des vingt dernières années. Après la hausse des taux d’intérêt, des flux d’investissement importants ont été observés vers les obligations d’État, ainsi qu’un regain de confiance dans le marché boursier. Cependant, certains critiques, y compris des partisans du libre-échange, accusent le gouvernement d’adopter des politiques populistes.
En me promenant dans les rues animées de Jakarta, qui abrite 42 millions d’habitants, je ressens une sérénité et une dignité qui caractérisent les Indonésiens. Ici, l’authenticité ne nécessite ni ostentation ni flamboyance. Les habitants semblent porter un héritage spirituel et humain riche, tissé de manière harmonieuse. L’Indonésie, loin d’être un simple pays, est véritablement un continent à part entière.
S.B.F
La suite de cet article sera publiée demain : « Le retour de l’esprit de Bandung ».
