Tunisie

Prix littéraires Zoubeida Béchir : Les femmes écrivains mises en avant

La 31e édition des Prix littéraires Zoubeida Béchir a eu lieu le 12 août au Credif, honorant des œuvres féminines en présence de Mme Asma Jebri, ministre de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées, ainsi que de nombreux acteurs du monde culturel et médiatique.

Institué en 1995 par le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme, ce prix annuel vise à mettre en lumière les contributions des écrivaines et chercheuses à la culture tunisienne. Il rend hommage à Zoubeida Béchir, poétesse pionnière et figure emblématique de la poésie féminine moderne en Tunisie, dont le parcours autodidacte a inspiré de nombreuses générations d’écrivaines. La date de la cérémonie, qui précède la Journée nationale de la femme, accentue son importance symbolique.

Pour introduire l’événement, une vidéo utilisant l’intelligence artificielle a fait revivre Zoubeida Béchir. Dans son discours d’ouverture, Mme Sonia Ben Jemia, directrice du Credif, a souligné l’importance de cette distinction qui célèbre trois décennies de créativité féminine. Elle a également évoqué les nouvelles conventions signées par le centre. La ministre Asma Jebri a, quant à elle, mis en avant le rôle crucial de la créativité féminine dans la transmission des valeurs morales et de la citoyenneté.

Un moment marquant de la cérémonie a été l’annonce de la publication d’une version braille du recueil posthume « L’Oiseau Phénix » (Ta’ir al Finik) de Zoubeida Béchir, réalisée en collaboration avec l’association Ibsar. Deux étudiantes malvoyantes ont eu l’honneur de lire des extraits de l’ouvrage devant l’auditoire, et des exemplaires seront distribués dans les universités.

Avant la remise des prix, la chanteuse et professeure universitaire Mongia Sfexi a enchanté le public avec un mini-concert intitulé « Wa tachdou al tounisiett », rendant hommage aux grandes figures de la musique tunisienne. Sa performance a apporté une dimension artistique à l’événement, tout en mettant en avant la place des femmes dans divers domaines.

Les Prix Zoubeida Béchir se déclinent en six catégories. Cette année, les jurys pour la création littéraire en arabe et en français étaient présidés respectivement par Mme Najoua Riahi et M. Mansour Mhenni. Pour la recherche scientifique sur la femme tunisienne, le jury était dirigé par Mme Amel Grami, tandis que M. Tarak Ben Chaâbane a présidé le jury du meilleur scénario de court métrage. Malheureusement, aucune candidature n’a été jugée éligible pour les prix de recherche scientifique dans les deux langues.

Les jurys ont salué la qualité et la diversité des œuvres soumises. Pour le prix de créativité littéraire en arabe, six recueils, dix-sept romans, quatre nouvelles et trois textes hybrides étaient en compétition. La décision a été difficile, entraînant l’attribution du prix à deux livres ex aequo. Concernant les œuvres en français, M. Mhenni a noté la présence de deux recueils de poésie, un récit et cinq romans d’une grande variété de longueurs. Il a suggéré d’introduire de nouvelles catégories de récompenses, en raison de la diversité des genres et des formats.

M. Mhenni a également exprimé des préoccupations concernant certaines incorrections éditoriales et linguistiques, soulignant l’importance d’un contrôle rigoureux avant la publication. Le prix de créativité en langue arabe a été décerné ex aequo à Fethia Hechmi pour son roman « Termini » et à Cherifa Badri pour son recueil de poésie « Ab’aad men ghiab » (Au-delà de l’absence), tous deux salués pour leur originalité et leur style fluide.

Le prix de créativité en langue française a été attribué à Besma Omrani pour son premier roman « Sursis à volonté », décrit par le jury comme un texte réussi, offrant des réflexions profondes sur l’existence, en écho à des œuvres classiques comme « L’Étranger » de Camus et « La Métamorphose » de Kafka.

Ahlem Hakimi a remporté le prix du meilleur scénario de court métrage pour « Hkeyet Gamra », qui raconte l’histoire d’une jeune mère cherchant à offrir une vie digne à son enfant abandonné par son père, tout en luttant contre les tabous sociaux.

Enfin, un hommage a été rendu à quatre femmes remarquables dans des domaines variés : Hamida Megdiche Turki, médecin, Azia Seddik, experte en aviation civile, Najet Bouabid, entrepreneure, et Zeineb Melki, actrice et journaliste, récemment primée Meilleure actrice au Festival du film arabe à Casablanca.