Tunisie

Plan 2026-2030 : Transition de la vision à l’action

Le Plan de développement 2026-2030 entre dans une phase décisive, celle de sa mise en œuvre, après une période de conception. Ce plan, conçu pour transformer des orientations stratégiques en actions concrètes, se déploie dans un contexte où les contraintes financières et les incertitudes sur la scène internationale pèsent lourdement.

Le moment est venu pour le gouvernement de passer des discours à l’action. Validé en 2026, ce plan ambitieux doit désormais se concrétiser à travers des projets tangibles, financés et réalisés. Un enjeu crucial se pose : la Tunisie possède-t-elle les ressources et les mécanismes nécessaires pour respecter les délais prévus par cette feuille de route ?

Cette nouvelle étape fait suite à une réunion tenue le 21 juillet au palais de Carthage, réunissant le président Kaïs Saïed, la Cheffe du gouvernement Sarra Zaâfrani Zenzri, le ministre de l’Économie Samir Abdelhafidh, ainsi que le gouverneur de la Banque centrale, Fethi Zouhair Nouri. Lors de cette rencontre, le Chef de l’État a évoqué la question de la dette publique, soulignant qu’elle avait été accumulée sans bénéfice réel pour les Tunisiens, tout en affirmant que la Tunisie avait respecté ses engagements. Il a appelé à transformer cette dette en un levier d’investissement pour revitaliser les services publics et répondre aux attentes de la population.

Dans cette dynamique, Sarra Zaâfrani Zenzri a récemment dirigé un Conseil ministériel restreint axé sur les grandes lignes du budget 2027. Ce conseil est essentiel, car le gouvernement doit aligner ses choix budgétaires sur les priorités du plan quinquennal et mobiliser les ressources nécessaires à sa réalisation.

Le défi est immense. Le Plan de développement 2026-2030 prévoit la réalisation de plus de 21 000 projets et programmes publics, nécessitant un investissement total de plus de 101,8 milliards de dinars. Ce volume d’investissement soulève des questions sur la capacité d’absorption de l’administration, le financement des projets et le rythme de leur exécution. En effet, la concrétisation d’un projet nécessite de passer par plusieurs étapes, incluant études, financement, procédures administratives, appels d’offres, réalisation et suivi.

La question des ressources devient alors centrale. Le gouvernement vise à valoriser les ressources nationales, à développer des secteurs à forte valeur ajoutée et à réduire la dépendance aux financements extérieurs, conformément au principe de l’autonomie. Cependant, cette approche doit être confrontée aux réalités budgétaires, à la pression de la dette et aux besoins d’investissement dans les infrastructures et les services publics.

Une méthodologie renouvelée est également mise en avant. Le plan a été conçu selon une approche participative, remontant des conseils locaux et régionaux jusqu’au niveau national. L’enjeu est de maintenir cette logique durant l’exécution, afin que les priorités régionales se traduisent effectivement en investissements publics.

Un dispositif de suivi efficace sera indispensable pour identifier rapidement les retards et les obstacles. La réussite du plan dépendra non seulement des financements mobilisés, mais aussi de la capacité des administrations et des entreprises publiques à mener à bien les projets, à respecter les délais et à évaluer régulièrement les résultats.

Par ailleurs, l’environnement international reste incertain. Les conflits, les tensions au Moyen-Orient et les perturbations des chaînes d’approvisionnement continuent d’affecter les économies, les prix et les équilibres financiers. Dans ce contexte, la Tunisie devra avancer avec prudence, chaque investissement devant répondre à des priorités clairement établies.

Ainsi, le véritable défi débute maintenant. Après avoir élaboré une vision et identifié les projets, le gouvernement doit prouver sa capacité à financer, piloter et réaliser cette feuille de route. L’enjeu du Plan 2026-2030 ne se limite pas à définir ce qui doit être fait, mais à démontrer ce qui peut réellement être accompli, à quel rythme et avec quels moyens.