
Mayada El Hennawy et Mohamed Khairy à Carthage : Le tarab unit les générations
Le 6 août, le Festival international de Carthage a offert une soirée mémorable, réunissant sur la scène du théâtre antique deux artistes emblématiques issus de générations différentes. La célèbre Mayada El Hennawy, figure incontournable de la musique arabe, a partagé l’affiche avec le talentueux Mohamed Khairy, pour un concert dédié aux multiples facettes du tarab.
Un public varié, rassemblant des spectateurs de tous âges, s’est massé pour applaudir Mayada El Hennawy, mais a également été charmé par la performance de son compatriote. Mohamed Khairy, déjà connu en Tunisie pour ses collaborations avec des légendes de la musique arabe, a débuté sa carrière en tant que choriste aux côtés de Sabah Fakhri, dont il se considère comme le disciple. Il a su faire découvrir au public les qudud d’Alep tout en intégrant des compositions modernes à son répertoire. Lors de son passage d’une heure, il a interprété des classiques de la musique syrienne tels que « Sibouni bi hali », « Ah ye hilou » et « Hayamatni », entraînant le public dans une danse collective.
Sa prestation, marquée par une maîtrise technique et une présence scénique naturelle, a su séduire les spectateurs. En plus de ses propres titres, il a également rendu hommage à Oum Kalthoum et à Warda en reprenant des extraits de « Biid anak » et « Wehyatak ye Habibi ». Khairy a su établir un lien chaleureux avec le public, multipliant les remerciements et portant une djebba tunisienne, geste qui a été particulièrement apprécié. Il a annoncé son intention de continuer à jongler entre les classiques et les nouvelles créations, affirmant que ces deux dimensions sont essentielles à son identité artistique.
Mayada El Hennawy, quant à elle, a fait son retour sur scène après une longue absence de 21 ans, ayant été accueillie avec enthousiasme par le public tunisien. Bien qu’elle ait connu une transformation physique, des doutes subsistaient quant à ses capacités vocales. À 66 ans, elle reste une figure emblématique, ayant été soutenue par des artistes légendaires tels que Mohamed Abdelwahab. Sa voix, empreinte de tendresse et d’émotion, a toujours su toucher les cœurs. Sa récente série de concerts, dont une performance au festival Mawazine, témoigne de son désir de renouer avec son public.
Lors de son concert à Carthage, elle a interprété des morceaux mémorables tels que « Ana mokhlissalak » et « Ken ye makan ». Bien que certaines notes aient été difficiles à atteindre, et que le public ait parfois chanté avec elle, cette fragilité a ajouté une dimension émotive à sa performance. Les spectateurs, tout comme elle, ont vieilli, créant ainsi un lien de nostalgie et de complicité. Le tarab, au-delà de la virtuosité vocale, est avant tout une transmission d’émotions, et Mayada a su retrouver l’essence de son art.
Le Festival international de Carthage se poursuit jusqu’au 19 août, promettant d’autres retrouvailles avec des artistes tunisiens et arabes, et suscitant déjà de nombreux débats parmi les amateurs de musique.
