Tunisie

Littoral : Agence de Protection et d’Aménagement, sable d’abord, eaux ensuite ?

La campagne de nettoyage du littoral tunisien, orchestrée par l’Agence de protection et d’aménagement du littoral (Apal) en collaboration avec l’Agence nationale de gestion des déchets (Anged) et WWF Afrique du Nord, se déploie sur plusieurs sites, allant de Gammarth à Djerba, en passant par Nabeul, Bizerte, l’Ariana, Tunis et Zarzis. Cette initiative, qui allie actions mécaniques et manuelles, vise à sensibiliser la population tout en mobilisant les citoyens autour de la préservation de l’environnement.

Au-delà de l’urgence de nettoyer les plages, cette opération met en lumière un enjeu plus vaste : la qualité des eaux côtières. En effet, le littoral tunisien souffre encore de la pollution due aux eaux usées et aux rejets divers, ce qui nécessite des solutions durables. La propreté des plages est essentielle, mais elle ne peut être garantie sans un traitement adéquat des eaux usées.

Depuis le début de cette campagne, qui a pris son essor avec des interventions régulières, l’Apal et ses partenaires ont effectué des nettoyages sur plusieurs plages, y compris celles d’Hammamet, Kélibia et Soliman. Le programme inclut également des opérations de balayage et de tamisage du sable, ainsi que l’entretien des accès aux plages. En seulement quelques jours, plus de 6.000 m³ de déchets ont été collectés, ce qui représente environ 8 m³ par jour, illustrant la pression exercée sur les côtes.

Le 16 août, à Gammarth, une opération spéciale a été organisée sous le slogan « La plage nous appartient à tous… Nettoyons-la en une heure ! ». Cette initiative a combiné nettoyage, sensibilisation et activités culturelles, visant à responsabiliser les vacanciers sur l’importance de ne pas abandonner leurs déchets et de réduire leur consommation de plastique. Des équipes ont ainsi engagé les baigneurs sur les conséquences des déchets sur l’environnement marin et la santé humaine, en intégrant des activités éducatives pour les enfants.

La campagne ne s’arrête pas là. D’autres événements de sensibilisation sont prévus, notamment à Nabeul et Sousse, où le tri des déchets et la collecte de données seront au cœur des actions. La protection des tortues marines et des zones côtières protégées sera également abordée, soulignant l’importance de la biodiversité.

Cependant, il est crucial de reconnaître que le nettoyage à lui seul ne peut résoudre tous les problèmes. La qualité des eaux côtières reste un défi majeur, nécessitant des infrastructures adéquates et une stratégie à long terme pour traiter les eaux usées. Le bon état des plages ne garantit pas une mer propre si les rejets polluants persistent.

Cette campagne rappelle que la responsabilité de la propreté des plages est partagée. L’État, les collectivités, les associations et les citoyens doivent collaborer pour assurer la durabilité des efforts de nettoyage. La sensibilisation est essentielle, mais elle doit être accompagnée d’actions concrètes pour améliorer les infrastructures d’assainissement.

La Tunisie, avec son littoral exceptionnel mais fragile, doit continuer à renforcer ses campagnes de nettoyage tout en développant une culture de prévention. Le message de Gammarth, « La plage nous appartient à tous », souligne l’importance d’une responsabilité collective face à la protection de l’environnement. Pour garantir la qualité des eaux marines, il est impératif de s’attaquer aux pollutions invisibles et de moderniser les systèmes de traitement des eaux usées. Ce défi constitue le prochain grand enjeu environnemental pour le littoral tunisien.