Journée mondiale de la biodiversité : La santé humaine menacée.
À l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité célébrée chaque année le 22 mai, la Cité des sciences à Tunis a organisé une journée d’étude placée sous le thème : «Nature & santé : comprendre et protéger nos écosystèmes». Les chercheurs ont également mis en avant l’impact de la biodiversité sur la santé mentale, affirmant que le contact avec la nature contribue à réduire l’anxiété, améliorer la concentration et renforcer l’équilibre psychologique.
À Tunis, des scientifiques et des experts mettent en garde sur le lien direct entre la dégradation des écosystèmes et la santé humaine. À l’occasion de la Journée mondiale de la biodiversité, célébrée chaque année le 22 mai, la Cité des sciences à Tunis (CST) a organisé une journée d’étude sur le thème : «Nature & santé : comprendre et protéger nos écosystèmes».
Cet événement scientifique, qui s’est tenu à l’auditorium Al Khawarizmi, a rassemblé chercheurs, universitaires, experts en santé et représentants de la société civile autour d’un message commun : la biodiversité ne doit plus être vue uniquement comme une question environnementale, mais comme un enjeu central de santé publique.
Organisée en collaboration avec plusieurs entités engagées dans la protection de l’environnement, cette rencontre a mis en avant le concept de «One Health», une approche intégrant la santé humaine, animale et celle des écosystèmes. À travers des conférences, des ateliers et des projections, les intervenants ont souligné que l’équilibre des milieux naturels a un impact direct sur la qualité de vie, la stabilité sociale et sur la capacité des sociétés à affronter les crises sanitaires et climatiques.
Les experts ont abordé les conséquences sur la santé des perturbations environnementales causées par l’activité humaine. Dans une intervention sur le lien entre le climat et la biodiversité, Sami Dhouib, directeur de Natudev «Nature & Development», a appelé à une nouvelle vision des politiques environnementales, privilégiant une approche globale associant développement durable, préservation des ressources naturelles et santé humaine.
Le Dr Hechmi Louzir, ancien directeur de l’Institut Pasteur de Tunis, a évoqué l’évolution du concept «One Health» et son rôle croissant dans les stratégies sanitaires internationales. Le professeur Mohamed Aziz Darghouth, ancien directeur de l’École nationale de médecine vétérinaire, a alerté sur les dangers de la destruction des écosystèmes.
Il a souligné que la déforestation, l’urbanisation désordonnée et la fragmentation des habitats naturels altèrent les équilibres écologiques, favorisant l’émergence de nouvelles maladies infectieuses transmissibles entre les animaux et les humains.
Les spécialistes ont précisé que ces perturbations créent des conditions favorables à la circulation des agents pathogènes et augmentent les risques de zoonoses, un problème devenu particulièrement préoccupant au niveau mondial depuis les récentes crises sanitaires.
Au-delà des maladies infectieuses, les chercheurs ont aussi évoqué un aspect souvent négligé : l’impact de la biodiversité sur la santé mentale. Des études scientifiques récentes montrent que le contact avec la nature contribue à diminuer l’anxiété, à améliorer la concentration et à renforcer l’équilibre psychologique.
Les personnes vivant près d’espaces verts ou de milieux riches en biodiversité affichent généralement de meilleurs indicateurs de santé générale et de bien-être psychologique. Cette notion s’intègre dans ce que les scientifiques nomment le «déterminisme mixte de la santé humaine», qui considère les facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux.
Des recherches menées, notamment en Iran, démontrent ainsi que la qualité des écosystèmes influence directement la santé des populations, tant dans les zones rurales qu’urbaines.
Les experts présents à Tunis ont également rappelé que les bienfaits de la biodiversité vont bien au-delà du bien-être psychologique. La nature est essentielle pour améliorer la qualité de l’air, réguler les températures locales, protéger les ressources en eau et assurer la disponibilité de nombreuses ressources alimentaires et médicinales.
Actuellement, dans plusieurs villes à travers le monde, de nouveaux modèles d’urbanisme visent à réintroduire davantage d’espaces verts pour améliorer la vie des citoyens et atténuer les effets du réchauffement climatique.
Cette transition vers des villes durables apparaît aujourd’hui comme une nécessité tant environnementale que sanitaire.
La journée d’étude a également permis de présenter diverses initiatives menées en Tunisie pour préserver la biodiversité. Le chercheur Riadh Ghedira, représentant de l’association «Notre Grand Bleu», a exposé plusieurs actions de conservation marine visant à protéger les écosystèmes côtiers tunisiens et à sensibiliser le public à la vulnérabilité du milieu marin.
D’autres interventions ont concerné la biodiversité du parc du Belvédère, l’écologie trophique des lacs de barrage tunisiens, ainsi que le rôle de la médiation scientifique dans l’éducation environnementale.
En parallèle des conférences, plusieurs ateliers interactifs, dont «La fresque du climat», ont permis aux participants d’échanger sur les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes. Une exposition dédiée aux insectes ainsi qu’une projection du documentaire «Cobiom» ont également animé cette journée scientifique, centrée sur la compréhension du vivant.
Les intervenants ont également soulevé d’autres préoccupations, notamment l’impact de la pollution chimique et biologique sur les équilibres naturels. Les pesticides, les rejets industriels et les résidus médicamenteux présents dans les rivières altèrent la biodiversité microbienne et affaiblissent les mécanismes naturels de défense des organismes vivants.
Certaines recherches présentées durant les conférences ont évoqué le phénomène de «privation microbienne». Une exposition réduite à la biodiversité peut fragiliser le système immunitaire humain et favoriser l’apparition de maladies inflammatoires et allergiques.
À l’inverse, les milieux forestiers riches, en particulier les forêts de conifères, émettent des substances naturelles appelées phytoncides, reconnues pour leurs propriétés antimicrobiennes et immunostimulantes.
À travers cette journée scientifique, la Cité des sciences à Tunis a souhaité souligner une réalité désormais incontournable : la protection de la biodiversité n’est plus seulement un engagement écologique, mais une nécessité sanitaire, sociale et humaine. Préserver les écosystèmes revient aussi à sauvegarder l’équilibre psychologique, immunitaire et social des générations présentes et futures.

